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LA PRIÈRE

éperdue au\ fins suprêmes de la destinée, sont étrangers à cette prière tout extérieure, dont l'exacte contrepartie nous est fournie par le monologue du dieu à qui on l'a adressée : il revient du sacrifice, il rentre chez soi, satisfait et de bonne humeur. « Voici », dit-il, « ce que vais faire; non, voici : je vais lui donner une vache, ou un cheval. La prière est venue à moi, comme la vache mugissante à son veau. Comme le charpentier [tourne] le siège du char, je tourne en mon cœur la prière. Ai-je donc bu du sôma' ? »

Pour les poètes védiques-, la prière, « mets d'offrande façonné par le cœur » ■', est un procédé qui apporte aux dieux joie et réconfort, et dont l'efficacité à cet égard est à peine inférieure à celle du sacrifice lui-même. Évidemment c'est à l'élément louange qu'elle doit la meilleure part de sa vertu : le dieu s'y complaît ; le souvenir évoqué de ses anciens exploits lui donne force et vaillance pour les renouveler. Mais elle peut aussi se prévaloir auprès de lui d'autres qualités plus individuelles : tantôt le poète recommande sa prière à titre d'antique tradition léguée par ses pères ; tantôt il exalte son « bel hymne tout fraîchement composé qui jaillit de son cœur » ; « voici », dit-il, « je t'apporte ma parole nouvelle qui vient de naitre ». Mais, par dessus tout, le poème doit être d'un art impeccable : le chantre l'a charpenté « comme un habile artisan [fabrique] le char de guerre » ; il l'a purgé de tout défaut, (( comme on vanne le blé », « comme du beurre clarifié » ; <■< à Agni Vaiçvânara l'on apprête une prière neuve, brillante et belle, comme on filtre le sôma. » Ces prières, «nées de la pensée comme la pluie du nuage », courent vers le dieu comme les rivières coulent à la mer, comme les vaches se pressent à l'étable ; comme les vaches mères leur veau, elles le lèchent et mugissent à sa rencontre; elles le caressent, elles l'étreignent, comme les épouses l'époux, comme les amantes l'amant ; elles le fortifient comme le

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