‹ La religion du VédaChapitre 256 sur 380 · R. V. VI · texte numérisé non relu

R. V. VI

breuvage enivrant. — « Par leurs hymnes, ceux qui font obiation de soma accroissent la formidable vigueur d'Indra. » — « Si grand soit-il, il grandira encore, lui qu'exaltent les hymnes et les chants de louange. ))— « Les prêtres, en célébrant Indra par leurs chants, l'ont fait grandir au point qu'il tuât le serpent. » — « De par l'hymne, ils attellent au large char dont le joug est' large, les chevau.x bais du dieu rapide, les coursiers qui traînent Indra et qui s'attellent par la parole. » — Cette dernière citation dépasse notre point de vue : l'hymne ne va plus seulement à charmer l'oreille du divin auditeur et à se concilier par la flatterie ses bonnes grâces; il apparaît ici doué d'une vertu magique à lui propre et du prestige mystique de la parole sainte. Nous voici revenus par un autre chemin à cette confusion de la prière et de la formule magique, qui, nous l'avons déjà vu, s'est produite au même titre et dans la même mesure que celle du sacrifice et du charme de sorcellerie'.

Détail des sacrifice.s et fériés.

Oblations quotidiennes, raensuelles et annuelles. — A la tête des solennités du culte védique, dont nous abordons à présent le détail, nous placerons les fériés pério diques. En ce qui les concerne, à part quelques indices plus ou moins fuyants, le témoignage du Rig-Véda nous fait entièrement défaut, et nous ne nous en étonnerons pas, puisque l'antique poésie hymnique n'a presque point d'autre objet que le sacrifice de sôma. Mais la nature même de ces rites nous en garantit, quant au fond du moins, la très haute antiquité.

Les oblations périodiques sont quotidiennes, mensuelles ou annuelles. Des deux oblations diurnes, « sacrifice au feu » du matin et du soir, on peut douter, il est vrai, qu'elles aient eu, dans les intentions primitives des célébrants, le caractère

1. Sur la forme extérieure des incantations magiques et la façon dont elles sont censées opérer, voir la section de la magie.

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d"un sacrifice véritable : on y reconnaîtra bien plus volontiers l'expression des soins matériels nécessaires à lentretiendiifeu sacré'. Mais, outre le sacrifice au feu, on fait, matin et soir, des offrandes d'aliments à tous les êtres : on arrête sa pensée sur les dieux et les génies qui président à la demeure et à ses entours ; on dépose de la nourriture sur le seuil, dans le mortier, sur le lit, dans la tonne à eau; pour les défunts, on en ré[)and dans la direction du sud, qui est leur séjour; on jette pâture aux chiens et aux oiseaux; on donne à manger aux femmes enceintes, aux enfants, aux vieillards.

Le mois aies deux sacrifices de la nouvelle et de la pleine lune; l'année, principalement, les trois fériés, distantes de quatre mois, qui se célèbrent aux jours de la pleine lune, en coïncidence approximative avec le début du printemps, de la saison des pluies et de l'hiver-. Les deux syzygies, et particulièrement la pleine lune, puis à un moindre degré, le milieu de l'un des deux demi-mois lunaires, le 8- jour de la lune décroissante, telles sont, dans la simple ordonnance du Véda. les fériés mensuelles. D'un calendrier de fêtes pareil aux fastes de l'ancienne Rome, où la férié eût pu tomber sur un jour quelconque du mois, il n'a jamais été et il ne pouvait guère être question dans l'Inde; car le calendrier n'y eut jamais la fixité indispensable à cet effet, et il n'y avait pas non plus de centres de culte organisés et distincts, ni de collèges de prêtres, dont la concurrence pût se traduire par un semblable essai de fixation. Avec le temps, n'en doutons pas, le zèle religieux des prêtres prit de plus en plus nette conscience du droit égal de chacune de leurs nombreuses divinités à réclamer sa part d'offrande, et aussi s'ingénia-t-il à y satisfaire, mais non pas en créant des fêtes nouvelles : on se borna à convier aux anciennes une foule sans cesse grandis-

1. Il est probable que ce rite matinal et vespéral remonte à la première période védique, témoin R. V. IV. 2. 8, VII. 1.6, et similaires. — Sur l'attisement matinal en tant que charme pour faire lever le soleil, cf. supra p. 91.

2. [Dans le comput complet, l'Inde a six saisons : printemps, été, pluies, automne, hiver et avant-printemps. — V. H.]

santé de dieux nouveaux. Il n'y a pas, du moins au stade d'évolution auquel nous apparaît le rituel dans nos textes, un seul sacrifice périodique exclusivement destiné à un des dieux du panthéon védique'.

Aux syzygies on fait oblation de gâteaux : d'après les rituels, les déités les plus diverses participent à la fête; mais le principal invité parait bien être Indra, Ce n'est pas que sa na'ture mythique ait le moindre rapport avec les phases de la lune : l'astre n'est ici que le cadran où on lit l'heure des honneurs à rendre au plus puissant des dieux. Je ne suis pas éloigné de croire que ce sacrifice, en sa fréquente récurrence, fut vraiment la pierre d'assise de l'ordonnance du culte-. La nouvelle lune ou, plus généralement, la période de décroissance lunaire marquait aussi l'époque du repas funéraire pour les âmes des ancêtres .

Les fêtes diurnes et mensuelles demeurent essentiellement identiques, soit dans le rituel du feu unique ou celui des trois feux\ Au contraire, les fêtes annuelles, qui répondent à la division naturelle de l'année en saison chaude, humide et froide, n'appartiennent qu'à la liturgie solennelle. On a dû considérer que le fidèle qui n'entretenait qu'un seul feu n'avait point compétence ou dignité suffisante pour les célébrer. Bien qu'encombrées de rites de la dernière banalité, tels qu'en fabriquent à la grosse les liturgistes de la période récente, ces fêtes nous ont conservé des pratiques religieuses

1. Mais il en est tout autrement des sacrifices extraordinaires offerts en vue d'une grâce spéciale: ceux-ci, en iDrincipe, ne s'adressent qu'à une seule divinité, celle de qui on sollicite cette grâce.

2. Les textes rituels font alterner, respectivement, à la nouvelle et pleine lune, Indra-Agni et Agni-Sôma : Hillebrandt, op. cit., p. III et 112. Mais il n'est pas vraisemblable, d'après les données du R. V., que dès l'époque la plus ancienne l'un des principaux services du culte fut célébré en l'honneur d' Agni-Sôma : cf. supra p. 77 sq. Tout porte à croire que nous avons là une innovation des bas temps, due à la prédilection bien connue des théologiens pour ce couple divin. D'ailleurs, lidentilication postérieure de Sôma à la lune n'a pas du peu contribuer à lui assurer une place à la fête de la pleine lune.

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