Cf. supra p. 74 et n
reconquiert. C'est encore sans doute le soleil, — (( l'escarpolette d'or qui se balance au ciel », comme l'appelle le Rig- Véda (VII. 87. 5), — que figure l'escarpolette où s'assied l'un des prêtres. De l'emi^an de sa main droite il touche le siège et la terre, en disant : (( le grand s'est uni à la grande, le dieu s'est uni à la divine » ; c'est-à dire, selon toute apparence, que le soleil a atteint sa position la plus basse, la plus' voisine de la terre. Suivent quelques pratiques qui n'ont avec le cours de l'astre aucun rapport direct : dans un enclos un couple fait œuvre de chair: on perce de flèches une peau de vache. Des jeunes filles dansent autour du feu, portant sur leurs épaules des urnes pleines d'eau, qu'elles finissent par y répandre, et chantant des refrains :
(( Bon sentent les vaches. Voici le doux suc!
Bon parfum sentent les vaches. Le doux suc !
Les vaches sont mères du beurre. Le doux sue !
Qu'elles se multiplient chez nous. Le doux suc !
Les petites vaches, nous allons les baigner. Le doux suc ! »
La pensée dominante, en tout cela, c'est celle de la fécondité de la nature et des hommes : l'œuvre charnelle n'a pas ■d'autre sens. Quant aux flèches, elles doivent sans doute percer la nuée, pour que tombent les lourdes pluies d'hiver ■et que les troupeaux de vaches se désaltèrent. La na'ive grossièreté des coutumes populaires apparaît ici intacte, en contraste avec les raffinements de technique sacerdotale qui l'encadrent.
Le cours de l'année appelle aussi la fête ou plutôt les fêtes des prémices, une pour chacun des fruits de la culture'. Le rituel s'est efforcé de les faire coïncider, en autant d'approximation du moins que le permettait leur nature, avec les fériés des syzygies, points de repère fixes de la périodicité liturgique^ .
1. Cf. supra p. 260, et Lindner, FesU/russ an BdldUngl,-, p. 79 sq.
2. Cf. Kaushît. Br. IV. 12, et la PacWAaïi sur Kâty à j-., éd. Weber, p. 346 sq. — Quand la fête en question tombe sur la nouvelle lune, on la célèbre après le .sacrifice de la néoménie ; elle précède, au con-
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Enfin, certaine.-^ époques ramènent des rites obligatoires, qui toutefois sont étrangers au rituel des trois feux et dont le seul feu domestique fait tous les frais : le sacrifice pour la prospérité des troupeaux, à la pleine lune du mois âçvayuja (commencement de l'automne)' ; les rites du culte des serpents, qui sont probablement d'introduction [lUitot récente', et qui se célèbrent au moment de l'année où les reptiles deviennent le plus dangereux (pleine lune des mois çrûvana, ou juillet-août, et mârgaçirsha, ou novembre-décembre); surtout les trois fêtes des Ashtakâs, pendant les mois d'hiver', au dernier quartier de la lune. Cette époque concorde bien avec la destination que les témoignages écrits, d'ailleurs vagues et contradictoires, autoriseraient à leur assigner : c'est certainement en l'honneur des Mânes que sont instituées les Ashtakâs: elles répondent, dans le culte domestique, à la ftte des morts qui dans le rituel des trois feux a été rattachée à la dernière des trois fêtes des saisons'. On y offre aux Mânes les boules de pâte du sacrifice funéraire ordinaire et une victime animale. « Si pauvre qu'il soit, (le sacrifiant) fêtera l'Ashtakâ en immolant un animal; à défaut, il apprêtera un gâteau d'offrande; à défaut, il jettera du fourrage à une vache; à défaut, il ira au bois et v allumera un feu de
traire, celui de la pleine lune, si elle coïncide avec lui. Le sens de la prescription est clair : ces fêtes doivent être célébrées, en tout état de cause, durant la période propice de la lune croissante.
1. Parmi les autres pratiques qui concernent le bétail, je mentionne ici le sacrifice du bœuf à Ptudra [çûlagaca) et le « lâchement du taureau » {c/:''h6t.-'ar;ja}. Sur ces rites et similaires, voir: les sources que j'ai réunies, Saered Books of the East, XXX, p. 304, n°26; Kauç. S. 19,21. 1 sqq., 24. 19 sqq., 51. Il ne m'est pas possible d'en traiter ici en détail, non plus que des usages agricoles.
2. Cf. supra p. 57, et l'ouvrage de M. Winterniîz dont on y trouvera la référence.
3. La plus récente étude sur ces fériés est celle de M. Caland, AltinrI. Ahnençult, p. 166 sqq.
4. Cf. supra p. 377. — Dans celle qui est dite cl.âshtaka et qui coïncide à peu près avec le solstice d'hiver et le nouvel an, le culte des morts se surcharge de traits empruntés au cours naturel et liturgique de l'année: A. V. IIL 10; Jnd. StucL, XV, p. 145 sq., XVH, p. 219 sq., etc.
brancles, en disant : ceci est mon Aslnakâ. Mais rien ne •^aurait le dispenser de faire quelque chose'. »
Le Pvavargya. — Au moment de passer du calendrier férial de l'Inde à la liturgie du sôma, nous nous arrêterons tout d'abord à une solennité que la tradition nous donne pour une partie intégrante et un rite introductif du sacrifice de sôma, mais qui très probablement en fat indépendante à l'origine : c'est l'oblation de lait chaud aux Açvins (pravargya, gharma-). On chauffe un vase haut d'un empan-', posé sur une plaque d'argent et recouvert d'une plaque d'or; on y verse le lait d'une vache et d'une chèvre' ; on en fait offrande aux Açvins, et le sacrifiant en boit sa part. Le rituel prescrit de renouveler cette cérémonie matin et soir, durant une série de jours qui précède le sacrifice principal, celui de sôma^; mais le Rig-Véda ne parait encore la connaître que comme rite matinal, conformément au caractère mythologique des Açvins. Un de ses hymnes (V. 76) débute en ces termes : a Agni a illuminé la face de l'Aurore ; vers les dieux s'est élevée la parole des hommes pieux : venez donc, ô Açvins, ô cochers, venez au breuvage bouillant qui se gonfle. » Ailleurs (VU. 33. 7) on nous parle des breuvages fervides qui accompagnent l'aurore.
Quel a pu être le sens primitif de cette pratique ? Pour moi, si j'osais hasarder cette hypothèse, j'y verrais volontiers un acte de magie à l'adresse du soleil". «C'est du soleil qu'ils
1. Gôbh. G. IV. 1. 18 sqq. Selon que ce feu brûle bien ou mal, il présage bonheur ou malheur: Taitt. Saiiih. III. 3. 8. 5. — Le feu est-il une survivance de pratique liée au solstice ? — On allume d'ailleurs aussi un feu de broussailles pour apaiser l'âme d'uu créancier défunt: Kauç. S. 46. 40.
2. Voir notamment : Garbe, Zeitschr. cl. Morg. Ges., XXXIV, p. 319 sqq.; Haug, Aitar. Br.,\l, p. 41 sqq.; Hillebrandt, Ved. Myth., I, p. 299, n. 4.
3. Çatap. Br. XIV. 1. 2. 17: Ivity. XXVI. 1. 16: Taitt. Âr. V. 3. 3 ; et cf. supra p. 74.
4. Sur d'autres oblations accessoires, cf. supra, p. 313, n. 1.