‹ La religion du VédaChapitre 263 sur 380 · I.K SACRIKICK DK SoMA · texte numérisé non relu

I.K SACRIKICK DK SoMA

KigA'éda', louant Indra d'avoir « éveillé le cuit dans les crues » — le lait dans les vaches — et(( conduit le soleil au sommet du ciel », place sur la même ligne les deux exploits. Donc, en chauffant le lait, on infuse de la chaleur au soleil; et, lorsque plus tard, obéissant à une tendance que nous avons maintes fois eu l'occasion de constater, l'opération niagi([ue d'autrefois a revêtu l'apparence d'une oblation à la divinité, quels dieux y ont pu mieux prétendre que ces Açvins, rois du ciel matinal awant le lever du soleil?

Le Sacrifice de Sùnui. — Au dessus de tous les services divins, et sans comparaison, plane dans la littérature védique le Sacrifice de Sôma. On peut se demander toutefois si cette prédominance était aussi réelle dans la pratique qu'elle apparaît dans la théorie. La considération dont il jouit dans le cercle relativement étroit des écoles sacerdotales, qui avaient intérêt à l'exalter et se complaisaient à y déployer leurs talents poétiques ou leur fantaisie de mystiques raffinements, ne prouve rien quant à la vie religieuse des classes populaires, où il a pu n'avoir qu'une importance infiniment moindre. Peu de gens, à coup sur, étaient en mesure de faire les frais d'un sacrifice de sôma : là où on le célébrait, il ne devait tout au plus être, pour les masses, qu'un pompeux et inintelligible spectacle, auquel elles assistaient sans en saisir les phases. En fait, soit dans les descriptions anciennes qui touchent à la vie populaire de l'Inde, en tant du moins qu'elles ne sont pas spécialement védiques, soit encore dans la vieille littérature bouddhique, on ne voit pas que cettte cérémonie tienne une place importante.

Le sacrifice de sôma n'avait pas, dans le calendrier, de place fixe; aucune, en tout cas, qui approchât du type de fixité des fêtes jusqu'à présent décrites. Les textes modernes enseignent qu'on le célèbre au printemps, ou même qu'il est obligatoire tous les printemps-; mais on ne saurait dire si

1. VII] . 89. 7, qui contient en outre une allusion à réchauffement du gharma.

2. Les textes liturgiques pre.scrivent également un sacriOce animal

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cette règle relève d'une antique tradition; et, au surplus, elle semble signifier simplement que le printemps est la saison la plus favorable, sans le donner pour une époque en rien comparable à ce que sont les syzygies pour les sacrifices mensuels. Le sacrifice de sôma est, avant tout, une solennité extraordinaire, due à la libéralité toute gracieuse d'uïL riche et puissant personnage, et la prescription ci-dessus ne lui ôte rien de ce caractère.

Les gâteaux d'offrande et les victimes animales peuvent, suivant les circonstances, changer d'adresse dans le sacrifice. Il en est tout autrement du sôma : encadré dans la rigide liturgie des trois pressurages du matin, de midi et du soir', il doit être successivement offert à tel dieu, puis à tel autre, suivant un ordre qui dans le détail admet bien quelques additions, mais qui en principe est fixé une fois pour toutes. L'intention qui y préside est évidemment de festoyer toutes les divinités- : les principales y sont invitées chacune à part et nominalement -, pour la foule innombrable des autres, il y a une oblation à « Tous les Dieux ». Bref, le sacrifice de •sôma est le banquet solennel des dieux et des prêtres; mais, parmi ces convives, Indra à lui seul tient une place exceptionnelle. On a vu que les hymnes et les formules le distinguent de tous les autres dieux comme buveur émerite, que pour lui l'aigle a ravi le sôma et qu'à l'ivresse il a dû ses héroïques exploits' ; le rituel, de son côté, lui fait égale-

annuel {nliTaJhriparubandh(i), au sujet duquel les données d'époque sont flottantes et très incertaines: Schwab. Thu-rop/er, p. xiv.

1. Éventuellement, le triple service diurne pouvait se prolonger par une veillée nocturne [atirâtra], déjà instituée au temps du R. V. Il est probable que cette même époque connaissait déjà aussi, au moins dans leurs rudiments, les services de sôma plus complexes, s'étendant sur un grand nombre de journées. — Le rituel de l'Avesta paraît avoir comporté deux pressurages. C'est en ce sens, et avec raison, je crois, qu'on interprète Yasna X. 2: voir pourtant J. Darmesteter, le Zend-Acesta, I, p. 98, mais aussi I, p. lxxxii, et Haug, Aitar. Br., introd., p. 16, n. 11.

2. A la seule exception de tel dieu sinistre, comme Rudra; infra, p. 391, n. 2.

3. La proposition, pour ce qui concerne la poésie des hymnes du

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ment lu part du lion. Au pressurage du matin déjà, en concurrence avec d'autres dieux, et accouplé avec tel ou tel d'entre eux, il se voit à diverses reprises adresser des libations et des louanges. Le pressurage de midi, qui est comme Tapogée du sacrifice, lui appartient tout entier' : c'est là qu'on exécute les mélodies les plus solennelles du culte, le brliat et le rathanitara, sur des paroles qui ne glorifient qu'Indra: le rituel védique moderne prescrit pour cette phase quatre grandes litanies à Indra, une pour chacun des quatre prêtres récitants de la liturgie du sôma': tout concourt à exalter la majesté souveraine de ce dieu sans second. Enfin, au troisième pressurage, en commun avec d'autres dieux, Indra reçoit encore sa part'. « Le matin, ô maître des clievaux hais, tu as bu le suc; le pressurage de midi est ton lot exclusif : bois maintenant avec les Rbhus, les donneurs de trésors, que tu as faits tes amis, ô Indra, en considération de leurs beaux ouvrages » (R. V. I"V. 35. 7).

Dans l'Avesta comme dans le Véda, les libations de la liqueur enivrante vont à tous les dieux. La préséance que le Véda assure à Indra remonte-t-elle à un rituel préhistorique où elles auraient été le partage exclusif du dieu de l'orage ?

R. V., n'a presque pas besoin d'être justifiée: que l'on considère, p. ex., VIII. 2. 4, VIII. 3. 20, et, dans I. 139, le ton si caractéristique de la st. 6. Pour ce qui est de la teneur des formules liturgiques, j'en détache une du rituel relatif à l'achat du sôma: « [O Sôma,] descends dans la cuisse droite d'Indra; va volontiers à celui qui te reçoit volontiers, amical à l'amical » Vâj. Samh. 4. 27. En voici une autre, pour l'instant où l'on bénit le sôma en le touchant (cf. Ind. Stud.. X, p. 363) : « Tige à tige, ô dieu Sôma, fortifie-toi pour Indra le conquérant de trésors ! qu'Indra se fortifie pour toi ! fortifie-toi pour Indra! » Vâj. Samh. 5.7. Ailleurs encore, au cours des apprêts du sôma, on glorifie Indra comme le destinataire de l'oblation: Vâj. Samh. 6. 30 et 32.

1. A cela près seulement que la première partie du service sadresse à « Indra accompagné des Maruts »: ainsi les Maruts y ont part ; encore n'est-ce pas à titre indépendant, mais comme escorte d'Indra.

2. Plus, pour le hôtar, la litanie à « Indra accompagné des Maruts », qui ouvre la cérémonie: cf. la note ci-dessus.

3. Voir p. ex. la formule Kâtyày. X. 5. 9, qui met Indra au premier rang.

Il serait oiseux de discuter une question que rien ne permet de jamais espérer résoudre.

Sur les conviés secondaires, notre documentation n'est pas moins riclie. Nous avons d'abord la litanie qui au pressurage du matin tient la première place parmi les récitations prescrites au ijrincipal récitant, au liôtar' : c'est Xepraiigaçastra, ou (( litanie du timon ». On en restitue avec une entière certitude la forme antique et contemporaine du Uig-Véda; car ce recueil en offre même plusieurs variantes^ A quelques modifications près, l'ordre y est ainsi fixé: Vâyu, le Vent, sans doute parce qu'il est le plus rapide des dieux et que, arrivant le premier au sacrifice, il a de temps immémorial bu les prémices de la liqueur; puis, le couple Indra- Vâyu, le couple Mitra-Varuna, les deux Açvins, Indra derechef, Tous les Dieux, et enfin Sarasvatï. Cette énumération comprend en somme toutes les principales déités invitées au sôma. Le rituel postérieur y ajoute des litanies, récitées par les trois acolytes du hôtar, à Mitra- Varuna, à Indra et au couple Indra-Agni : il n'y a donc ici qu'Agni en jjlus des autres, et non pas même seul, mais en compagnie d'Indra; il ressort d'ailleurs de plusieurs hymnes duRig-Véda que ce couple divin, lui aussi, a du être dès une haute antiquité admis au festin de sôma-'.

1. C'est la seconde des deux grandes récitations (castra) du hôtar. La première s'adresse à Agni, mais dans un but tout différent de celui des litanies qui suivent : on ne l'invite pas, comme les autres dieux, à venir boire le sôma; on l'invoque à titre de dieu sacrificateur et célébrant.

2. Voir sur ce point les pénétrantes analyses de Bergaigne, Ri'rh. surl'hist. do la lit. cécL, p. Hl sq. —M. Hillebrandt, qui a coUigé quelques-unes de ces variantes {Ved. Myth., I, p. 258), pense qu'elles nous laisseraient entrevoir un peu de la préhistoire de l'institution ; pour moi, j'en doute fort. Si, par exemple, Vâj. Samh. 19. 26 « ne nomme que les Açvins» comme destinataires de la libation du matin, — l'assertion, au surplus, n'est pas exacte de tout point, — la comparaison du rituel de la sautrâmani, auquel appartient ladite stance, montre assez comment ils ont été promus à cette fonction, presque dénuée d'intérêt pour la question qui nous occupe.

3. L'ordre ci-dessus, induit de la teneur des récitations du hôtar, concorde parfaitement, en général, avec celui qui ressort des for-

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