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Voir la formule du sacrificateur, p. 4-18, n

la pensée, la sensation, la volition ; tout au contraire, nous lisons dans les textes des formules telles que « ïasn vivant est venu à nous », « Agni, engendrant Vasii suprême, vivant, indestructible ' » ; et rien ne contredit, bien mieux, les textes védiques delà dernière manière' et la littérature postérieure confirment l'interprétation de cet asu par le souffle conçu comme support vivant de la vie. Le maiias. d'autre part, c'estTesprit en tant que siège de la pensée et du jugement, du désir et de la volonté, delà joie et de la crainte. Les plus anciens écrits du Véda paraissent déjà connaître la résidence que lui assignent avec tant de constance et de netteté les spéculations postérieures : le manas habite le cœur''. C'est peut-être à la même antiquité qu'il faut reporter Tidée que les Hindous se sont faite de sa taille : selon les Upanishads ', qui le nomment puruaha, le principe vital est grand comme le pouce et siège au cœur; la légende de Sâvitrï et de son mari nous apprend comment s'y prend le démon de la mort pour extraire ce poucet du corps de l'homme. Cette conception sent le folklore primitif: à défaut de documents di-

l.R. V. I. 113. IG, I. 140. 8.

2. Ainsi : A. V. VI. 101. 1, VaffU est associé au pràna et à l'apâna: Ait. Br. H. 6, celui qui abat la Aictime envoie son œil dans le soleil, son corps à la terre, son haleine (prâiia) dans le vent, son «•«?/ dans l'air. 'L'asu et le prâna sont donc étroitement connexes : l'un plutôt en repos, l'autre plutôt mobile, à ce qu'il semblerait. (R. V. X. 16. 3, c'est Yâtman qui prend la place occupée ici par le prâna : mais A. V. V. 9. 7, c'est à Yami qu'il se substitue.) Çat. Br. VI. 6. 2. 6 déclare sans ambages : « En vérité Yai^ii est haleine » (prâna), et cf. ib. II. 4. 2. 21. — Sur le sens du mot corrélatif ailhu dans la doctrine avesti(iue de l'âme, cf. Geiger, Ostiran. Kultur, p. 298.

3. R. V. VIII. 100. 5 « du fond de mon cceur mon manas a répondu », car la locution ///r/d à recèle un ablatif (cf. I. 24. 12, I. 60. 3, II. 35. 2, III. 39. 1). Nombre d'autres passages associent les mots ?na7ias et A/y/ ou hrdaya. J'en emprunte deux seulement au védisme plus récent: A. V. VI. 18. 3, « ce qui réside en ton cœur, la petite âme [mar.aslMin], la petite chose ailée »; Âçval. G. S. III. 6. 8, invocation à Agni, a qu'au fond de mon cœur il dirige mon manas ». — Cf. Windiscli, Ber. d. sârlts. Ges. d. Wiss., 1891, p. 163 sq.

4. Voir les passages cités au Dictionnaire de Saint-Pétersbourg, s. V. arirjushtha.

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rects, il y a du moins toute apparence que déjà les poètes du Rig-Véda se sont représenté leur manas comme un petit homme de la taille du pouce niché dans le cœur. Lorsqu'un malade git sans connaissance, c'est que le iminns l'a quitté: il erre, rapide comme la pensée ', visite au loin Yama le dieu des morts', le ciel et la terre, la mer et les montagnes, le soleil et l'aurore; mais la magie sacerdotale s'ingénie à le rappeler, à lui persuader de « résider ici pour que [cet homme] vive ' ».

1. « Rapide comme le manas: », dit-on couramment : c"est le parangon de la vitesse. Il se peut fort bien que l'expression vise avant tout la mobilité de la pensée humaine; mais il s'y juxtapose certainement l'idée du vol du manas, séparé du corps inconscient. Rapprocher la stance de l'hymne du sacrifice du cheval, R. V. I. 163. 11 : « Tes pensées (du cheval) sont comme le vent au vol fougueux.»

2. Exemple : Bhrgu tombé en syncope s'en va « dans l'autre .monde », où il assiste à diverses scènes infernales; voirie Jaiminîya- Br., étudié par H. Oertel, in Journ. of the Am. Or. Soc, XV, p. 23i.

3. R. V. X. 58, et cf. ce que dit Taitt. Samh. VI. 6. 7. 2 du ijatamanas « celui dont le manas est parti ». — Pour rappeler ses sens ou lui tend un miroir (cf. Hir. G. S. I. 11. 6) : c est sans doute parce (jue son image est censée contenir quelque chose de son être animique. Par la même raison, c'est un présage de mort, de ne pouvoir apercevoir son image: Taitt. Samh, VI. 6. 7.2, Lâtyày. III. 3. 6, et cf. Âçval. Çr. S. V. 19. 5, .\past. Çr. .S. XIII. 14. 3 .sq., etc.; de même dans la superstition allemande. Est-ce dans cet ordre d'idées qu'il faut faire rentrer l'exécration proférée A. V. XIII.l. 56 sq. ? « Puisses-tu désormais ne plus avoir d'ombre ! » — Beaucoup de peuples croient que, pendant le sommeil, l'âme, abandonnant le corps, voltige librement çà et là, et que telle est la cause des rêves : Tylor, Cicilisation priniitiix', trad. Barbier, I, p. 510 sqq. Cette croyance nous est attestée pour le védisme par Çat. Br.XIV. 7. 1. 12 sq., qui recommande de ne pas éveiller brusquement un dormeur, parce que son âme pourrait se tromper de route et ne pas revenir. Voir les parallèles étrangers à l'Inde dans Frazer, Joar/i. ofthe Anthropolo;/. Inst., XV, p. 70, n. 1. — Inversement, lorsqu'on rêve d'un défunt, c'est, je suppose, son âme qui se manifeste. Telle me paraît être, du moins, l'explication de l'usage de la plante apâmcirga « essuiement » au retour des funérailles: on s'en sert pour effacer les traces et on lui dit: « O apàmârga. bannis de nous le mauvais rêve » (Çat. Br. XIII. S. 4. 4, et cf. A. V. XIX. 56. 1). — Le bâillement, à ce point de vue, constitue aussi un danger : la bouche béante pourrait, semble-t-il, laisser échapper une partie de l'âme, si l'on n'y remédiait en prononçant la formule « en moi soit force et sagesse » (Taitt. Sanih. II. 5. 2. 4, d'où Hirany. G. S.I. 16. 2).

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Les passages ne se comptent pas, qui font dépendre la vie ou la mort du séjour ou du départ, soit de l'asit ou du manas, soit de l'un et de l'autre. Les hymnes de l'Atharva- Véda consacrés à la guérison d'un malade en danger de mort sont des plus explicites sur ce point \ — a Qu'il demeure ici, cet homme, avec son asu, dans le royaume du soleil, dans le monde de l'immortalité. » — « Que l'haleine et la vigueur ne t'abandonnent pas; nous rajîpelons ton asu. )> — « Que tes asu ne quittent pas ton corps. » — « Reste ici, ne t'en va point là-bas, ne va pas rejoindre les vieux pères ; je lie ton ara d'un ferme lien. )) — « Que ton masias ne s'en aille pas au loin, qu'il ne se cache pas ; ne te sépare pas des vivants, ne suis pas les pères. » (Ici c'est bien expressément le manas qu'on nous donne pour le principe qui émigré au pays des Mânes . ) — « Ce qui est ton manas, je le maintiens fixé en toi. » — « Ne détourne point ton manas de la place où tu te tiens, » — « Qu'ici soit ton asu, ici ton souffle {prâna), ici la continuation de ta vie, ici ton manas. » — Pour finir mentionnons les expressions asunîti et asunlia, exactement « conduite diasv » : elles désignent certainement le rôle d'Agni psychopompe, menant les âmes de ce monde à l'autre; mais aussi le voyage inverse que font les Mânes, sous la conduite du dieu, pour venir prendre part au banquet terrestre ^

Cette substitution incessante de Yasu au manas ou du principe intellectuel au principe matériel dans le rôle de la Psyché est quelque peu déconcertante : à force de n'envisager jamais que l'un ou l'autre des deux concepts, l'Inde

1. VIII. 1. 1 et 1>, VIII. 2. m, V.30. 1, VIII. \. 7, VIII. 2. 3. VIII. 1.9 et o. — D'autre source (Vâj. Samii. 3. 56): « Puissions-nous, ô Sôma, demeurer sous ton commandement, gardant le manas dans nos corps, riches en postérité ! » — Aux funérailles: prière pour les survivaut-S, « que leurs r/.«rt ne s"en aillent pas chez Yama », A. V. XVIII. 3. 62; prière pour le défunt, « qu'aux tiens aille ton manas, hâte-toi de rejoindre les pères », îb. 2. 23. — « [La Mort] a envoyé les asu chez les pères », ib. 2. 27.

2. Le contraste des deux directions où se meut Vasuncti est très nettement accusé dans deux passages du R. V. qui sont presque contigus: X. 15. 14; X. 16. 2.

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en a laissé échapper la synthèse. S'il nous était donné d'interroger les poètes védiques, ou de lire leur réponse dans quelque composition narrative du genre de la Nékyia homérique ', ils nous enseigneraient sans doute que, dans l'autre monde. Vasn et le 7/?rm«s du défunt se tiennent et ne font qu'un-. Au surplus, les longues et nombreuses invocations funéraires que nous ont conservées les ouvrages rituels ne s'adressent jamais à l'r/.s?? ni au nwnas de X. X.. mais toujours à X. X. lui-même, au père, à l'a'ieul, aux ancêtres, à Vasishiha. etc. La personnalité du défunt subsiste donc tout entière dans l'autre vie\ D'autre part, le rôle dévolu au jiutnas dans le vivant nous est garant d'une notable différence entre la conception védique et la conception homérique : il est impossible que la Psyché du Véda ait ressemblé à cette ombre légère, sans conscience, sans volonté, sans pensée, que nous dépeint Homère; puisque \einanas émigré, il faut bien que les a Pères » jouissent dans leur séjour de toutes les facultés intellectuelles qui les caractérisent icibas.

Le corps même participe à cette vie supra-terrestre. Il n'en faudrait d'autre preuve que le souci que montre le Rig- Véda (X. 16. 6) de le soustraire aux atteintes des oiseaux et

1. Le conte de la descente de Bhrgn aux Enfers [supra, p. 449; n. 2] esta cet égard dune pauvreté désespérante.

2. R. V. X. 15, 1, il est dit des pères qui habitent l'autre monde « ceuy qui sont allés k leur asu ». Cf. X. 12. 1, dont l'interprétation donnée supra p.39est à modifier d'après la présente note. L'asu, ici, selon toute apparence, précède dans la rie future le reste de l'individualité, qui l'y suit et va l'y rejoindre.

3. D'après l'Upanishad du Çat. Br. (Ç. B. XIV. 7. 2. 3), c'est Vâtmaii qui quitte le corpsà la mort. — .Selon les bouddhistes, le diable flotte autour du mort récent en nuage de fumée et cherche à s'emparer de son rinnâna, « récognition » : Oldenberg, Bouddlia, trad. Foucher, p. 271. — Dans le Râmlyana, éd. Bombay, VII, 55-57, les âmes (cêtas, cPtana) de Vasi.shtha et de Nimi, qu'une malédiction a détachées de leurs corps, voltigent sous une forme aérienne (câyûbhûta). — Toutes ces expressions, relativement modernes, des concepts de la substance que la mort détache du corps ne peuvent mériter ici qu'une fugitive mention.

des carnassiers'. Dans l'Atharva-Véda, on adresse aux Mânes, entre autres prières, celle de redresser les ossements qui viendraient à occuper une fausse posture (XVIII. 2. 26). On donne au mort des vêtements et des provisions à emporter dans son nouveau gite. Mais il ne faut pas se représenter ce corps animique dans sa grossièreté matérielle : Agni, son guide, l'a affiné ; cest déjà presque « le corps subtil » de la spéculation plus récente'.

Le ciel. — Maintenant où se passe cette existence mystérieuse, semi-spirituelle, semi-corporelle? Et quels en sont les éléments ?

Un fragment d'hymne bien connu (R. V. IX. 113. 7 sqq.) la prière adressée par un sacrifiant de sôma au breuvage divin, va nous initier aux espérances de l'homme pieux.

(( Le monde où luit l'inépuisable splendeur, où siège le soleil, fais m'y siéger, ô Sôma, dans le monde impérissable de l'immortalité. Que pour Indra coule goutte à goutte la liqueur ^

1. Sur les paroles adressées au défunt « unis-toi à ton corps » (R. V. X. 14. 8, X. 16. 5), voir la note suivante.

2. Bergaigne précise un peu trop en affirmant [Rd. Véc/., I, p. 81): et C'est naturellement ce même corps qui est appelé dans le ciel à une vie nouvelle. » Le corps, après tout, n'e.st qu'un élément, et non pas même le principal, de la vie supra-terrestre: cf. A. V. XVIII. 2. 24: « Que rien de ton majias, rien de ton asu, rien de tes membres, rien de ta sève vitale, rien de ton corps ne vienne ici à se perdre. » R. V. X. 14. 8 et 16. 5 « unis-toi à ton corps » implique précisément que le corps n'est pas le véritable « toi ». — R. V. X. 16. 3 (cf. Bergaigne, I, p. 80, n. 1) formule un concept absolument différent de ceux qui nous ont occupés jusqu'ici : « Que l'œil aille au soleil, l'haleine {âtnian) au vent; va au ciel et à la terre, ainsi qu'il est ordonné ; ou va dans les eaux, si tu t'y plais: parmi les plantes réside avec tes ossements. » Mais il faut se garder de trop prendre au sérieux cette idée de la dispersion de l'être à travers l'univers et l'antinomie qui s'ensuivrait : ce n'est là qu'une vue éphémère, un éclair d'un instant, qui ne fait que traverser le concept normal et constant d'un ensemble subsistant dans l'autre monde et comprenant à la fois l'œil, l'haleine et tous les autres éléments ci-dessus. Il n'j- a là de contradiction que pour nous autres Occidentaux, habitués à chercher des idées sous les mots et à peser sur les idées.

3. Le sôma qui sort du pressoir se clarifie lentement à travers le filtre de laine.

LE CIEL ir»3

(( OÙ est le roi fils de Vivasvant', où est la voûte solide du firmament, où sont les eaux courantes, en ce lieu fais que je sois immortel. Que pour Indra...

u Où l'on se meut à son loisir, au triple firmament, au triple ciel du ciel, où sont les mondes de lumière, en ce lieu fais que je sois immortel...

(( Où sont le désir et la complaisance, où la surface du ciel empourpré, où le banquet des âmes^ et l'abondance de nourriture, en ce lieu fais que je sois immortel...

(( Où régnent joies et délices, jouissance et comble de jouissance, où sont atteints les souhaits du désir, en ce lieu fais que je sois immortel. Que pour Indra coule goutte à goutte la liqueur. »

On a admiré dans ce morceau la conception spiritualiste de la vie future. Je crains que ce ne soit qu'une illusion gratuite. Lumière céleste et liberté d'allures ne s'y peuvent guère entendre qu'au sens matériel ; l'abondance, le banquet des âmes, ce sont tout simplement les mets que les morts attendent périodiquement de la piété des vivants. Quant aux « joies, délices et jouissances », le vague de ces termes leur prête l'apparence de la spiritualité, mais rien de plus : au fond, les délices en question sont des plus grossières '. Aucune trace non plus de cette forte et fougueuse ardeur guer-

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