‹ La religion du VédaChapitre 327 sur 380 · LE CIEL 1'J · texte numérisé non relu

LE CIEL 1'J

mort, ni la froidure ni la chaleur torride, ni le besoin ni la passion. Le Véda, il est vrai, ne nous en dit rien' ; mais l'Avesta en sait plus long que lui sur Yinia, filsde Vivanhvant; et, de même que, dans la légende des cinq âges hésiodéens, les hommes de l'âge d'or deviennent après leur mort des génies doués d'un pouvoir surnaturel, ainsi [le récit avestique fait durer, en une contrée lointaine et merveilleuse, le royaume où Yima gouverne son peuple de sages bienheureux. Nous effleurons l'indémontrable, mais sans sortir des limites de la conjecture légitime, en restituant d'après ces données une croyance aryenne : les âmes des contemporains terrestres de Yama au temps de l'âge d'or l'entoureraient encore dans sa royauté de l'au-delà, noblesse privilégiée parmi la plèbe des morts -.

On vient de voir que, déjà pour le Rig-Véda, la vie bienheureuse des sujets de Yama se passe au ciel. On apprendra plus loin que tous les Mânes nliabitent point ce séjour réservé à une élite. Les désignations en sont très variées : régions lumineuses suprêmes ; voûte suprême du ciel ; milieu du ciel ; giron des rouges aurores ; monde suprême ; troisième firmament ; échine du firmament ; monde de la splendeur-'. L'Atharva-Véda en précise même la topographie XVIII. 2. 48) : «Richeen eaux, c'est le ciel d'en bas : riche en myrtes, c'est celui du milieu : le troisième, c'est le ciel suprême, où siègent les pères. )) Dans ce monde céleste il y a des places d'honneur pour récompenser les mérites extraordinaires : la plus élevée est le soleil ' . (( Au haut du ciel

1. Peut-être ïut-ce le trait scabreux de l'inceste qui, dans leR. V., fit reléiïuer Yama à sa l'onction de dieu des morts et amena à lui substituer Manu comme premier ancêtre de l'humanité.

2. Cf. ce qui est dit plus haut, p. ;»35. n. 1, des Angiras, escorte de Yama. — A l'hymne mortuaire, R. V. X. 14. 15, on invoque avec Yama les anciens Rshis défunts « qui ontapprêtéles chemins »: n'est-ce pas à dire que, comme Yama (X. 11. 1) et de concert avec lui ils ont fravé aux hommes les voies de l'au-delà ?

3. R. V. X. 14. 8, 15. 14, 15. 7; A. V. XI. 4. 11, IX. 5. 1 et 8, XVIII. 4. 3, XVIII. 2. 47, IV. 34. S: etc.

4. Cf. Ber'^aigne, I, p. 82 sq. L'idée me paraît s'expliquer d'elle-

se tiennent ceux qui ont donné de riches salaires aux prêtres du sacrifice ; ceux qui ont donné des chevaux habitent le soleil» (R. V. X. 107.2) « Ceux qui, par l'ascétisme, ont

atteint le soleil les sages ^ui connaissent mille voies et

veillent sur le soleil » (X.154. 2 et 5).

Les stances à Sôma citées un peu plus haut nous ont déjà donné un avant-goût de la béatitude céleste. Les autres informations tirées du Rig-Véda et de l'Atharva-Véda s'y accordent de tout point. C'en est fait de l'imperfection terrestre : n'entendons point par là que les âmes atteignent un haut idéal moral, mais simplement que les corps se sont délivrés de toutes leurs infirmités ; les bienheureux « ont laissé derrière eux la maladie qui affligeait leurs corps ; leurs membres ne sont plus tordus ni perclus' ». Ce n'est pas avec Yama seul qu'ils cohabitent dans leur nouveau séjour ; ils s'y rencontrent avec tous les dieux célestes. « Tu verras les deux rois qui font leurs délices du banquet des âmes, Yama et le dieu Varuna », dit-on au défunt dont on accomplit les obsèques iR. V. X. 14. 7): Varuna, sans doute, à titre de souverain des dieux qui président aux espaces lumineux ; peut-être aussi, parce que sa fonction auguste est de connaître l'innocent du pécheur. Ailleurs (X. 15. 10) il est dit que les bienheureux sont compagnons de char d'Indra et des dieux. Sous un arbre au feuillage touffu, Yama banquette avec les dieux : là retentissent les chants et les accords des flûtes (X. 135. 1 et 7), et il n'est pas douteux que les défunts ne prennent part à la fête ; les uns boivent le sôma, les autres le miel ou le beurre fondu (X. 154. 1).

La principale source de leurs délices, ce sont les offrandes que les vivants leur donnent à emporter lors des funérailles ou leur envoient aux fêtes périodiques des morts : mets et breuvages, vêtements et onguents'-. Non moins importants

même, et je trouve aussi inutile que hasardeux d'y rattacher celle de l'union d'Agni et du soleil.

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