‹ La religion du VédaChapitre 334 sur 380 · Taitt. Àrany. VI · texte numérisé non relu

Taitt. Àrany. VI

3. Il va de soi que les rois que l'on donne pour assesseurs à Yama [rcljanah sabhasadah A. V. III. 29. 1) peuvent parfaitement ne pas avoir été conçus comme juges des morts : tout ce qu'on en dit, c'est qu'ils lèvent un tribut sur le salaire des bonnes œuvres qui suit le défunt dans l'autre vie. — On a vu dans R. V. X. 14. 11 une allusion aune sentence prononcée par Yama: Scherman, Ind. VisionsUtt., p. 152 sq. ; j'avoue ne pas comprendre comment.

VIE FUTLltE

Essayons maintenant d'envisager et de caractériser d'ensemble cette croyance védique à l'immortalité, de nous rendre compte de l'influence qu'ont pu exercer sur le culte et la vie usuelle l'espoir de gagner le ciel et la terreur de

l'enfer.

On ne connaît d'autres grâces que les biens matériels : santé, jouissances, richesse, puissance de l'individu ou du clan. La vie future ne peut donc, elle non plus, apporter que des joies ou des souffrances matérielles à une âme que la mort n'affranchit point de tout lien corporel, et qui conserve dès lors tous les besoins, toutes les habitudes de la vie d'icibas. L'imagination, il est vrai, s'est jouée librement dans ce vaste et vague domaine de l'au-delà: dans l'enfer, et surtout dans le ciel, dont la pensée parait l'avoir occupée bien davantage, elle s'est complu à accumuler les maux et les biens portés à leur plus haute puissance; mais encore son rêve ne dépasse-t-il guère, dans l'idéal céleste duRig-Véda, le niveau d'une débauche perpétuelle dans un monde lumineux où coulent d'inépuisables ruisseaux de lait et de miel, où les délices du harem n'usent jamais la vigueur. Le mort a quitté toute imperfection : entendez que son corps n'est désormais sujet à aucune infirmité de nature à atténuer ses pleines facultés de jouissance. 11 s'unit aux dieux : entendez qu'il se délecte, en leur compagnie, de musique et d'amples rasades. Ces joies et ces espérances, reléguées en un lointain et pâle avenir, s'éclipsaient natui^llement devant les jouissances palpables, les souhaits puissants de la vie d'ici-bas. En dehors des sections consacrées au rituel des funérailles ou au culte des morts, le Véda mentionne bien rarement la vie future ; et, détail essentiellement suspect, c'est surtout au généreux bienfaiteur des prêtres qu'il promet les récompenses célestes, l'ennemi des prêtres qu'il menace de la damnation. Dans les prières, on ne songe presque jamais à la mort, que pour la souhaiter à son rival, ou pour implorer la longue vie, la vie de cent automnes. Dans le culte, abstraction faite du chapitre des honoraires à payer aux prêtres officiants, l'idée du salut éternel n'apparait guère en dehors de l'instant

même des funérailles. Mais là elle saccompagne d'un minutieux souci du détail : qu'Agni n'endommage point le cadavre ; qu'Agni et Sôma lui restituent les chairs qu'aurait rongées la fourmi ou le corbeau ; que la scrupuleuse observation de chaque rite permette à l'âme d'atteindre le séjour qui lui est destiné. Pour que, de ce terre-à-terre, on s'élève au spiritualisme dont déborderont les âmes au temps du monachisme bouddhique, à qui la vie n'est qu'une préparation à la mort, il faudra que l'intelligence se pénètre du triomphe de l'éternité sur la durée périssable.

Survivances de formes plus anciennes de la croyance AUX âmes

Il est assez probable que la croyance védique à un séjour jcéleste, à un abîme infernal, telle que nous venons de l'exposer, et déjà fortement nuancée de spéculation sacerdotale et théologique, remonte, pour ses traits généraux, aussi haut que la période indo-éranienne, à laquelle cet esprit ne fut pas étranger. De la reculer plus haut encore et jusqu'à la communauté indo-européenne, nous n'avons aucune raison plausible. En fait, si enfantine qu'elle nous apparaisse quand nous la comparons aux conceptions nées plus tard de l'évolution de l'idée religieuse, elle ne laisse pas de répondre à une notion de la vie future qui doit passer pour relativement tardive dans la pensée de l'humanité. Or, en matière de religion, et plus particulièrement en tout ce qui concerne la mort et la vie future, il ne s'est presque jamais ni nulle part produit .d'innovations si radicales, qu'elles ne laissent à travers leur voile transparaître en bien des points le fond primitif. C'est ce dont une récente étude' a, pour les croyances de la Grèce homérique, apporté l'irréfragable démonstration ; et je crois que la loi ne se vérifie pas moins solidement pour les croyances védiques.

Parmi les survivances de ce genre, je placerais au premier

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