Cf. supra p
2. Si les idées de lumière et de béatitude étaient inséparables de la représentation du monde de Yama, on comprendrait ditiicilement ■qu'un poète, ou plutôt un sorcier, pût souhaiter à son ennemi de s'en aller « au siège de Yama » : A. V. II. 12. 7. Tenir compte aussi des nombreux passages (cités plus bas dans la description des funérailles) qui parlent du sous-sol en le désignant comme l'asile de Yama, la demeure qu'il a apprêtée aux morts, etc. On verra (p. 497) qu'un texte de Brâlunana imagine les morts vivant sur les racines des plantes.
3. Çat. Br. XIII. 8. 1. 5. La région propre des morts est le sud : cf. R. V. X. 15. 6, 17. 9, et supra, p. 286, n. 2, et 291, n. 3. Cette attribution, — selon M. Kern, Buddhisnms. I, p. 359, et j'y souscris pour ma part, — tient à ce que durant les jours les plus courts de l'année, lesquels sont consacrés aux morts, le soleil occupe sa déclinaison la plus méridionale.
■168 ANIMISME ET CILTE DES MOItTS
pays de merveilles dit Airyana Vaeja, ou bien encore, si Ton en croit un texte, sous terre : ceux qui l'habitent, ce ne sont pas — disons : ce ne sont plus — les morts, mais une race de mortels vouée à une longue ^ie bienlieureuse. Que jamais ceux-ci eussent été les défunts, on l'avait oublié, on n'avait pu faillir à l'oublier, puisque désormais les défunts occupaient le ciel lumineux d'Ahura.
L'inversion de point de vue qu'accusent d'un commun accord le Véda et l'Avesta s'explique, semble-t-il, assez simplement : aux pères comme aux dieux on rendait un culte; les dieux attirèrent dans leur sphère les pères qui devinrent dès lors des entités célestes. Les vœux qu'on formait pour la puissance, le bonheur et la gloire, soit de ses pères défunts, soit de sa propre âme après la mort, étaient devenus de plus en plus ambitieux, à mesure que l'imagination s'attachait davantage aux problèmes de l'au-delà. La croyance à la béatitude des dieux célestes orientait les espérances humaines dans le sens où la destinée future de l'âme leur devait offrir la plus complète satisfaction, et la pensée de la récompense due aux œuvres pies donnait au rêve de bonheur des vivants l'apparence d'un droit acquis. Enfin, si la coutume de l'inhumation avait inspiré l'idée du séjour souterrain, le rite de la crémation, qui tendait à s'y substituer, ouvrait à la pensée l'accès de la voie aérienne. C'estainsi que l'empire des morts remonta, du fond des enfers ou du sol d'une légendaire contrée terrestre, jusqu'aux hauteurs sublimes du ciel.
Le sacrifice aux jnorts. — Jusqu'ici, notre étude portait presque exclusivement sur les formules de prières, simples accessoires des rites dont l'antiquité védique environna la mort et les défunts. Il nous faut à présent envisager ces rites eux-mêmes, qui semblent, étonnamment vivaces, avoir survécu aux conceptions primitives dont ils étaient issus, et nous apporter ainsi l'écho fidèle des croyances de la première antiquité.
Voici comment Gôbhila' décrit les sacrifices mortuaires,