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LE SACRIFICE AUX MORTS

disant: Hommage, ô pères, à votre repas mortuaire! hommage, 6 pères, à votre colère ! Puis, les mains jointes, il dit tout bas : Hommage à vous, ô pères ! o pères, hommage à vousl II regarde les bols en disant: Puissions-nous, ô pères, avoir de ce dont nous vous offrons' ! »

Pour finir, on offre, en même cérémonie que les bols, des pièces d'étoffe et, selon d'autres textes, des poils du corps du sacrifiant, qui doivent servir à vêtir les morts'. Son épouse doit manger l'un des bols, si elle désire enfanter des fils: danscecas, on adresse aux pères une stance par laquelle on implore d'eux une postérité mâle. Les deux autres, on les jette à l'eau ou dans le feu sacré, ou bien on les donne à manger à un brahmane ou à une vache.

Que cette liturgie mortuaire soit entachée de mainte nouveauté, c'est l'évidence même : c'en est une que la double oblation à Sôma et à Agni, dont l'intervention simultanée, à titre de patrons du sacrifice, est si fréquente dans les textes védiques récents, alors qu'on a de sérieuses raisons de la croire étrangère au vieux fonds du Rig-Véda''; la présence

1. Au lieu de -^adô, Vâj. Saqih. 2. 32 a ^atO, qui est sans contredit la bonne leçon.

2. « A titre de vêtement, il donnera une frange ou un flocon de laine, tant qu'il n'a pas atteint làge de 50 ans; plus tard, des poils de son propre corps, en disant: Voici un vêtement pour vous, ô pères ! ne nous enlevez rien autre pour votre usage, ô pères ! » Açval. Çr. S. II. 7. 6. — Je crois que ce rite implique la fusion de deux autres tout différents: dune part, le don d'étoffes, pour habiller les Mânes : de l'autre, l'oblation proprement dite de poils et cheveux aux âmes défuntes, si largement répandue (cf. G. A. Wilken, Rec. colon, intui-nat., III, p. 225 sqq., et IV, p. 345 sqq.), oblation qui consiste, de la part du vivant, à leur abandonner quelque chose de son. être afin qu'elles épargnent le reste- Il se peut, d'ailleurs, que cette fusion ait trouvé un adjuvant dans les représentations de défunts qui n'avaient que leurs cheveux pour vêtements : cf. Pêtacatthu, I, 10, 2, etc. Observer que l'oblation de poils n'est prescrite que pour un homme d'âge déjà avancé, et, par suite, plus exposé à la mort, dont cette offrande doit le racheter : « à ce moment il est plus voisin des Pères », dit Taitt. Br. I. 3. 10. 7, en commentant cette pratique.

3. Cf. supra, p 77, n. 2. Observer en outre qu'ici l'ordre constant, Agni, puis Sôma, se trouve interverti : ce n'est évidemment autre chose qu'une des nombreuses applications du principe inversif.

obligatoire des brahmanes, à qui l'on offre un repas et des présents, ne me parait pas non plus un détail de haute antiquité'. Mais, le départ fait de ces innovations, nous restons en présence d'un tableau dont tous les traits nous reportent à l'âge de la primitive humanité: c'est bien là le festin des morts, tel qu'on le leur sert sur toute la surface du globe, chez toutes les peuplades qui n'ont pas dépassé le niveau le plus' infime des pratiques de la religion naturelle. Pas l'ombre, ici, d'une allusion à quelque demeure céleste des âmes, et ce n'est pas le feu sacré qui leur convoie les offrandes des vivants: on les leur sert en les déversant dans un trou. C'est sous terre ou sur terre, dans le voisinage des habitations humaines, que réside l'âme-, attendant que les hommes apaisent sa faim et couvrent sa nudité. Elle vient au repas, s'assied à la place qu'on lui a préparée', ou se glisse dans l'aiguière*; du mets qu'on lui a servi, elle absorbe la chaleur, et laisse les restes refroidis". Une fois repu l'hôte de mauvais augure, on prend soin qu'il ne prolonge pas son séjour : les sauvages le chassent en donnant des coups de massue dans l'espace, cérémonie que la politesse athénienne a réduite à la formule, Q'-^o-xlt Kr,pîî, o>/. ï-z' \\'ibt--/,z:'x; et c'est une survivance de même ordre que nous a conservée le rite hindou. Le sacrifiant qui a invité les Mânes, — « ô pères, éjouissez-vous », — dit ensuite (( les pères se sont éjouis », ou,

qui régit le culte des Mânes en contraste avec celui des dieux (p. ex., mouvements de gauche adroite pour ceux-ci, de droite à gauche pour ceux-là, etc.); cf. le passage topique Açval. Çr. S. II. 6. 1:2-13.

1. Ce détail est absent du pindapitryajna, qui est la forme du sacrifice mortuaire propre au rituel çrauta: cf. Caland, Ahnencult, p. 17.

2. Peut-être croit-on, comme chez d'autres peuplades, que les Mânes habitent sous le seuil de la maison ; c'est du moins ce que paraissent impliquer certains usages hindous : cf. Winternitz, Hochseitsrit., p. 12,.

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