‹ La religion du VédaChapitre 342 sur 380 · REVENANTS ET FANTOMES · texte numérisé non relu

REVENANTS ET FANTOMES

selon d'autres autorités liturgiques', les Ijaiiiiit en termes encore plus catégoriques: « Allez-vous-en, û pères, amis du sôma, par vos antiques et profonds chemins; mais revenez à notre maison dans un mois, pour manger l'oblation, riches en postérité, en mâles. » Il est également prescrit de secouer le pan de son habit- : ce ne peut être que pour en faire tomber les âmes qui s'y suspendent.

Toutes ces notions, il est vrai, procèdent pour nous de sources moins anciennes ou même beaucoup plus récentes que le llig-Véda; mais ce n'est pas de quoi projeter le moindre doute sur la haute antiquité des rites mortuaires. Le fastueux décor d'hymnes aux dieux suprêmes et de chants alternés, qui se déployait aux fêtes du sôma, n'avait que faire dans ces grossières oblations de bols de pâte aux défunts: il est donc bien naturel que le Livre des hymnes ignore une pareille cérémonie; mais elle serait une véritable énigme, si elle n'avait pris naissance qu'à l'époque tardive des documents qui nous en témoignent. Elle ne répond nullement à la pensée religieuse du temps qui nous l'a transmise : elle reflète les pratiques et l'état d'âme d'un âge de civilisation où la plupart des déités du Rig-Véda — toutes peut-être — gisaient encore dans les limbes d'un lointain avenir.

Revenants et fantômes. — L'âme défunte, semble-t-il, ne va point incontinent rejoindre la foule des Mânes. C'est du moins ce que supposent certaines coutumes intéressantes pour notre étude. Elle demeure plus ou moins longtemps isolée parmi les vivants, et c'est alors, naturellement, qu'elle les menace des plus graves dangers.

Et d'abord, bien que le çrciddha périodique ou sacrifice mortuaire mensuel soit dû en principe au père, à l'aïeul et au bisaïeul du sacrifiant, on s'abstient, pendant un certain

1. Ilir. G. S. II. 13. 2; Kaii^. 88. 28. L;i formule de bannissement est la contre-partie de celle dévocation citée p. 169.

2. Kauç. S. 88. 'Àl. — Il y a aussi un rite pour rappeler à soi sa propre âme (nianas). que le sacrifice mortuaire a fait entrer dans la compagnie des âmes des défunts: Vâj. Samh. 3. 53 sqq.; Katy. V. 9.

temps, de Toffrir à un mort récent : on célèbre en son honneur un sacrifice à part, et ce n"est, en règle générale, qu'au bout d'un an, qu'on le fait entrer en communion avec les pères qui l'ont précédé- L'usage accuse nettement la croyance sur laquelle il repose : ce n'est pas immédiatement après la mort que l'àme défunte prend rang parmi ses ancêtres: elle demeure quelque temps dans une situation transitoire. Aussi l'oblation isolée qu'on lui adresse diffère-t-elle, par quelques détails rituels, de l'oblation mortuaire ordinaire : on n'évoque point le mort; à la fin, au lieu de le congédier comme les autres Mânes, — (( allez-vous-en, ô pères >), — on se borne à dire « qu"on repose en paix » ' ; la prière « pour que l'offrande faite aux pères n'ait point de fin » est remplacée par une prière « pour que l'offrande faite au défunt ait lieu - )). Ces variantes accusent évidemment la croyance à la présence réelle, permanente, et toutefois provisoire, du mort dans le voisinage immédiat des vivants. La littérature postérieure''distingue expressément le prêta, — littéralement (( celui qui est parti », et le mot signifie aussi « revenant », — à qui l'on rend des honneurs isolés, et les pitaras ou (( pères », qui sont les véritables esprits des ancêtres, honorés en commun. Il est vrai que la conception opposée, celle du feu du bûcher amenant tout droit le défunt parmi ses pères, s'est fait jour jusque dans les hymnes du Rig-Véda ; mais

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