RE\"ENANTS ET FANTÔMES
les données du rituel concordent trop bien ici a\ ec la vraisemblance intrinsèque, pour que nous hésitions à reconnaître dans les textes plus récents un reste authentique de très vieux folklore ' .
Si la distinction du sacrifice mortuaire en provisoire et définitif implique un changement détat du mort, on remarquera qu'il en est exactement de même de la distinction des obsèques provisoires et des funérailles définitives. Cette dernière coutume est signalée chez nombre de peuples à l'état de nature- : elles se célèbrent parfois à des années d'intervalle, et les secondes donnent lieu à une grande fête, qui clôt la période de deuil ; car le deuil, c'est-à-dire, en se plaçant au point de vue des pures origines, la période pendant laquelle les proches survivants se doivent garder des embûches du mort, dure tout ce temps-là, bien que l'usage y admette souvent des tempéraments". Nous verrons plus tard que ces deux sortes de funérailles sont connues aussi du rituel védique: il n'en est question ici qu'entant qu'elles dérivent, selon toute apparence, de la croyance qui n'accorde pas au défunt droit de cité immédiat parmi ses congénères. Car enfin il tombe sous le sens qu'une solennité du genre des funérailles définitives a dû passer pour exercer quelque influence magique sur la destinée de l'àme qui y était intéressée ; et quelle en pouvait être l'efficacité, sinon de lui assurer un séjour désormais permanent, à distance du monde des vivants ? Aussi voyons-nous chez les sauvages pareil effet constamment attaché aux secondes obsèques.
Logiquement on s'attendrait dès lors à ce que la transition de l'état de mort isolé à la communion du culte mortuaire général, coïncidât avec le temps des secondes funérailles védiques. Rien de semblable dans nos textes rituels: les deux moments y sont entièrement indépendants l'un de l'autre.
1. Tel n'est pas l'avis de M. Kaegi, PhiloloQ. AbJi. fur Sc/nceùer- SicUer, p. 55, n. 19.
2. Cf. les faits coUigés par G. A. Wilken, Reçue colon, internat., III, p. 256 sqq.