REVENANTS ET FANTOMES
ble-t-il, liantent le voisinage des survivants. Un texte védique plus récent mêle à ce concept celui de faute et de punition : qui a répandu le sang d'un brahmane, autant ce sang a teint de grains de sable, autant d'années il sera exclu du monde des pères'.
Sur le sort de ces âmes exilées et errantes on chercherait en vain dans les textes védiques des détails précis-: lacune fort remarquable, sans doute, mais aussi fort concevable. Plus s'affirma la croyance à la migration des âmes, plus le ciel et l'enfer prirent d'importance prépondérante dans l'imagination des théologiens, d'ailleurs volontiers portée aux extrêmes : ces deux séjours se peuplèrent d'âmes, aux dépens de la terre, et le monde des revenants ne vécut plus que dans la croyance populaire, sans attache désormais avec les nouvelles voies où s'engageait la pensée religieuse ; « les vivants et les pères n'apparaissent point ensemble »' . Par la même raison, les êtres qui causent les maladies, les maux de toute sorte, et dont la littérature conjuratoire enseigne à se défendre, sont des démons, des esprits malins, mais non des esprits des morts. Ils le furent pourtant, très probablement, à l'origine : un bon nombre de ces ra/,sj/as, de ces j>/':«<"«s et autres doivent avoir été des revenants qui tourmentaient les hommes* ; mais c'est là, pour les poètes de l'Atharva-Véda, un rapport depuis longtemps obscurci, et le type démoniaque a pris corps en se détachant du monde spectral. La conséquence, c'est que la littérature magique, elle aussi, nous est d'un mince secours dans l'étude de la croyance aux revenants.
Celle du vieux bouddhisme est plus explicite sur ce point".
1. Taitt. Samh. 11.6. 10. '2. Cl. Lois de Manu, IV, 16S, et XI. 207.
2. .Te n'oserais ranger sous cette rubrique les passages du genre de A. V. V. 19. 3 (l'homme qui a offensé un brahmane, assis dans un fleuve de sang et mangeant des cheveux): damnés infernaux, ou spectres suppliciés sur terre? la seconde hypothèse est peut-être même plus plausible.