‹ La religion du VédaChapitre 36 sur 380 · V. supra, p. 3t-..r · texte numérisé non relu

V. supra, p. 3t-..r

2. Cf. Winternltz, <li'r Sdijialxili (Vienne. 1888), et ans.si l'article cùnl'ns de M. 0\(\hi\m, Journal ol' l/tc /»'. A.-'iatic Sorirt y. new ser. XXIII, p. 361 su.

en peuple toutes les parties de l'univers ; mais enfin ce sont toujours des serpents, et Ton n'oublie pas la pensée initiale, le désir de sen préserver'.

Les fourmis, elles aussi, deviennent des démons ubiquistes : dans une conjuration contre elles, on fait oblation (( au roi des fourmis blanches au levant, au roi des fourmis noires au midi », etc.- La tortue, en sa qualité d'animal aquatique, est censée apporter la pluie : on l'emmure dans l'autel de briques, et là, dans les profondeurs sombres, à l'abri de l'ardeur du feu et du soleil, elle ira «rejoindre ceux qui sont partis avant elle », les Mânes, les dieux, les démons, auxquels l'assimile son titre de «Roi des eaux»'. Le célèbre hymne des grenouilles (R. V. VIL 103) est peut-être une invocation à ces bestioles qu'éveille la saison des pluies : puisqu'elles observent, tout comme les prêtres, l'alternance des saisons, elles doivent avoir quelque part à leurs pouvoirs ma<,Mques\ Quant aux vertus mystiques de la vache, peu de mots suffiront : vivant symbole de l'abondance, incarnation des déesses Idâet Aditi% il n'en fallait pas davantage pour

1. Il se peut que ce culte des serpents, si bien en accord avec la lauue reptilienne de l'Inde, ait été emprunté par les immigrants aux aborigènes. 11 n'y en a point trace dans le Rig-Véda ; car je ne puis croire avec M. Winternitz ip. 20 sq.) que le mythe de Vitra y ait le moindre rapport. Et, d'autre part, il est fort répandu parmi les peuplades anâryennesdel'Indelibid., p. 36 .S(i.). Ces raisons, sans être décisives, ne manquent pas de poids ; mais, après tout, les Aryens eux-mêmes ne laissent pas de manifester des tendances à un pareil culte .

2. Kauçika-Siitra, 116. On traite de même les vers intestinaux de la vache qui fournit le lait ))our l'oblation du gharma : Taittiriya- Araiiyaka, IV. 36.

3. Indi.<'c/,e Stta/irn. XIII, p. -^bO: Vajasanèyi-Saiiihita, 13. 31.

4. Que cette composition soit humoristique, c'est ce (ju'il .sera difficile de faire croire à qui connaît lesprit des auteurs du Véda. —

Cf. depuis : Bloomfleld, ProccediiKjs of tlie Amer. Or. Soc, XVII, p. 173 sq. ; V. Henry, Rec. de Liiu/'., XXXI, p. 86. — V. H.]

5. Cf. infra, p. 60. — Dès le temps du Rig-Véda, la vache en chair et en os s'est incorporé la divinité sous- j acente qu'elle symbolise. Qu'on en juge : VIII. 101. 15-16. « Mère des Rudras, fille des Vasus, sœur des Adityas, nombril de l'immortalité : à celui qui comprend je dis : Ne tuez pas l'innocente vache [qui est] Aditi. Elle

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l'entourer, dès les temps les plus reculés, dun car:ictèro sacré; quel 11 fut exactement, c'est ce que les textes ne nous mettent pas en mesure de définir ; mais à coup sûr il n'avait prcs(|ue rien de conimuu avec les extravagances que le culte de la \ache dé\eloppa par la suite. Le cheval Dadhikrâvan, enlin, apparaît divinisé dans la poésie védique : c'est un cheval en chair et en os', que Mitra et \'aruna ont donné à Trasadasyu, roi des Pûrus, et ceux-ci le voient avec entliousiasme se ruer comme un aigle, comme le vent, dépasser tous les chars. Or, ce même Dadhikrâvan, on l'invoque, dans certains passages, en compagnie des déités du matin : M a, dit-on, « engendré le suc, la force et le soleil »; « celui qui loue Dadhikrâvan (juand le feu s'allume et que l'aurore luit, daigne Aditi, daignent Mitra. Varuna et lui- le rendre sans péché » .

Les temps védiques ont donc connu des animaux qui, individuellement ou en espèce, se prêtaient à la divinisation. Mais ce n'est pas tout : les dieux de premier plan, tous plus ou moins faits à l'image de l'homme, s'entourent néanmoins d'une sorte de faune divine ; et les dieux inférieurs, surtout les êtres qui s'opposent aux dieux, démons des maladies et autres, revêtent des corps d'animaux'. On rencontre souvent, mentionnés surtout dans de longues litanies où figurent suc cessivement tous les dieux, deux types trop effacés, semblet-il, pour pouvoir prétendre à une théophanie indépendante, survivances probables d'une mythologie plus grossière : le «Serpent du fond» {ahi hurUmija), et \e ((Bouc k un seul

([ui sait la parole, qui élève la voix, qui apporte son hommage avec prières de toute sorte, qui est venue des dieux, la déesse vache, que le mortel aveugle ne la tire point à soi. » Au Yajur-Véda, on dit à la vache qui sert à acheter le sôma : « Tu es Aditi ;... déesse, va au dieu » (à Sôma) : Vàjasanêyi-Samhita. -1. 19-20.

1. La preuve en a été faite, notamment par M. Pischel, Vi'd.Stiul., I, p. 124. Cf. aussi : Ludwig, R. V., IV^ p. 79; von Bradke, Zt'it.^rhr. d. Morrj. Ges., XLVI, p. 447.

2. «Lui », c'est très probablement Dadhikrâvan lui-même. — R. V. IV. 39. 3.

3. D'autres encore sont hybrides: le demi-dieu Dadhyanc a une tête de cheval.

pied)) («y« êÂY//;«f/i'. On ne nous renseigne guère sur leur nature. Le Serpent habite au fond de iabime des eaux : or les mythologies des peuplades les plus diverses connaissent de ces serpents aquatiques, et la littérature postérieure de rinde considère l'eau comme le séjour accoutumé des démons-serpcnt-^. Quant au Bouc, on nous dit (pi'il est le support de tous les êtres et 1 etai du ciel et de la terre : il nous apparaît sur son pied uni([ue, comme une colonne monstrueuse qui soutient l'univers-.

Beaucou[) de déesses sont vaches, ou hésitent entre les deux formes de la vache et de la femme. La nourriture que prodigue la vache, idéal de bénédiction terrestre pour un peuple pasteur, se personnifie dans la déesse Ida : le Rig- Yéda l'appelle une fois «celle qui a les mains pleines de beurre », ce qui suppose la forme humaine ; et. dans une légende du temps des Brâhmanas, elle est une femme, fille de Manu, qui laisse une flaque de beurre dans la trace de chacun de ses pas ; mais, d'autre part, le Rig-Védala représente comme une vache, la mère du troupeau, et la liturgie invoque la vache du sacrifice par la formule « viens, Ida ! viens, Aditi'! « Ce dernier nom désigne également une déité-

1. De ce qu'ils prenueut tous deux part k loblatiou daus un rite du culte domestique (Pâraskara-Grhja-Sùtra, II. 15. 2), on ne conclura pas qu'a l'époque de la fixation du rituel de ce culte ils appartinssent encore au monde des dieux vivants: ils n"j- figurent qu'en tant qu'ils répondent à la double constellation qui préside à ce rite en vertu de son schéma astrologique.

2. « Pourquoi le ciel ne tombc-t-il pas sur la terre? — Parce qu'un grand l)ouc à une seule patte lui sert de pilier. » N'est-ce pas là une solution tout à fait dans le goût de la cosmologie enfantine des premiers âges? Pourquoi l'on a i^ensé au bouc plutôt qu'à tout autre animal, c'est ce que sans doute il nous sera difficile de démêler. Mais nous n'avons pas de raison non plus pour reconnaître dans ce Ijouc un être symbolique, .soit par exemple une entité solaire. Que la stance A. V. XIII. 1. 6 suffise à étayer cette interprétation (V. Henry, h-^ Hymncri Rv/iitn.-', p. 25), c'est à mes yeux illusion pure.

3. Les passages du Rig-Véda sont colligés dans Bergaigne, Roi. Ved., I, p. 325. Voir aussi Çatap. Brâhm. 1. 8. 1. 7, et plus bas mes remarques dans la description du culte, au ])aragraphe où je traite do la part de nourriture du sacrifiant.

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vache: Aditi, iiicre de sept grands dieux lumiiicux, Aditi dont le nom signifie « Liberté' ». et ([ui, dans une foule de passages védiques, implicpie en effet le concept d'affranchissciHcnt du péché et de toute affliction, nest |)ourtant i[u'une simple vaclie; ses divins fils sont les «enfants de la \achc». \'oilà donc un système fort complet d'idées morales profondes et éle\ées. travei'sé par un ui\ the de demi-sauvages (pii attril)ue à une vache divine la naissance des astres-. Une autre A'aehe, la Tachetée y>/v///). a donné le jour aux Mariits : ici Ton peut croire que le mot de l'énigme relève d'un j>hénomène naturel ; la mère des dieux de l'orage serait la nuée mouchetée'.

Enfin, quand nous \ovons Saraiivû se changer en jument' et enfanter les Açvins, les deux ((Cavaliers», serait-il téméraire de penser — la conjecture date de loin — que ces deux grands dieux ont du subir une transformation à laquelle leur mère, étant moins en vue, a échappé, et que les Cavaliers nés de la jument furent jadis tout uniment des dieuxchevaux"'?

Que dhommes-dieux nés de femelles d'animaux! Mais aussi ([ue d'animaux monstrueux en\eloppant de leurs replis hostiles le monde des dieux! Tels les démons vaincus par Indra: le serpent Vrtra, la (( Béte fauve » {turf/a), le (( Petit de l'Araignée » {auriuirâh/in)''. Les démons inférieurs qui

1. Voir plus bas la section consacrée à Varuna et aux Adityas.

i. Les relations historiques du cycle des Adityas au reste de la mythologie autorisent à penser qu'à l'époque indo-éranienne ce mythe a été importé de l'étranger.

3. Vajas. Sanili. 2. 16: «Changée en vache mouchetée, monte au ciel, et de là fais descendre sur "nous la pluie, n

1. Il est vrai que cette métamorphose ne ressort point du texte du 11. V. IX. 17. 2i, mais seulement des commentaires (pii s'y rattachent.

5. .Si, comme nous essaierons de \c démontrer, les deux Açvins représentent l'étoile du matin et l'étoile du soir, le cheval solaire (infra p. 68) fournit un bon parallèle h cette incarnation. Mais, en tout cas, les .Vçvins se seraient anthropomorphisés dès la période indo-européenne.

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