Cf. supra p. 418 et 449, n
moindre, entre cette même idée, et le concept d'Agni conduc^ teur des âmes, de la crémation, condition essentielle de l'accès au royaume des morts; mais il se concilie pour qui reconstitue d'ensemble l'évolution d'où il est issu. Il n'y eut, à l'origine, rien de commun entre le feu du bûcher et la fonction que lui assigne le rituel : l'incinération, simplesuccédané de l'inhumation dans l'Inde comme dans bien d'autres pays du monde, n'est au fond qu'un cas particulier de la pratique, si largement répandue dans toutes les partiesdu rituel, qui consiste à se débarrasser d'un objet dangereux ou de mauvais augure en le brûlant ou l'enfouissant'. Le cadavre est une souillure matérielle ; et puis, et surtout, l'âme rôde encore à proximité, il est imprégné du fluide de la mort, on peut s'en servir pouropérer des charmes funestes; voilà les mille risques qu'il convient d'écarter. Entendueainsi, la crémation est probablement plus ancienne que la croyance à la vie future et céleste des âmes. Qu'on lise, par exemple, dans Homère la description des funérailles de Patrocle, sans perdre de vue les rites de la crémation védique : on ne pourra guère se défendre de faire remonter la crémation elle-même et quelques-uns de ses détails caractéristiques, jusqu'à la période indo-européenne ou, si l'on veut, àryo-hellénique : or il est bien difficile de reculer jusque dans ce passé la croyance à la béatitude céleste. Bien plus, cette combustion, par laquelle le corps se trouvait virtuellement assimilé aux offrandes qu'on était dans l'usage de convoyer au ciel par l'intermédiaire du feu, n'a pas dû être sans influence sur le développement d'une semblable croyance : dans quelle mesure, c'est ce qu'on ne se hasardera point à apprécier ; toujours est-il que le rôle de psychopompe attribué à l'Agni du bûcher fut un élément adventice qui s'introduisit dans un système antérieur d'idées toutes faites sur les destinées de l'âme après la mort et au moment de l'incinération du cadavre. C'en est assez pourcomprendre que toutes ces notions venues de sources diverses n'aient pu former qu'un ensemble disparate.