‹ La religion du VédaChapitre 49 sur 380 · MULTIPLICITÉ DES DIEUX · texte numérisé non relu

MULTIPLICITÉ DES DIEUX

porta, il devint l'Ahura de l'Avesta, le seigneur de toute justice et do toute pureté, souverain légitime d'une terre où régnait la doctrine essentiellement morale de Zoroastre; dans le Véda, au contraire, c'est en somme Indra qui tient la tête. Certes les hymnes à Varuna sont remplis de formules qui l'exaltent au plus haut degré : on compare les deux divinités, on leur met dans la bouche une dispute de préséance, et tout indique enfin que, seul de tous les dieux, Varuna est capable de balancer la gloire d'Indra; mais c'est autour de cette dernière figure que se concentrent vraiment le culte et la poésie religieuse de l'Inde. Dans les sacrifices offerts par les rois guerriers de qui les chantres attendaient leurs salaires, on priait pour obtenir victoire et puissance, les dons d'Indra, beaucoup plus que pour la rémission des péchés par la grâce de Varuna. Puis, la poésie liturgique s'appliquait surtout au sacrifice de sôma, et le grand buveur de sôma, c'était Indra. Aussi la louange d'Indra n'est-elle qu'incidemment traversée d'une pensée pieuse pour la sublime majesté de Varuna, amenée par une méditation sur l'ordre divin qui préside à l'univers ou par la crainte de la colère du dieu qui châtie le pécheur'.

Le dialogue dans lequel chacun des deux réclame tour à tour la prééminence (R. V. IV. 42) commence par le plaidoyer de Varuna.

« A moi en vérité appartient la royauté, moi l'éternel souverain à qui de concert^ obéissent tous les immortels. Les dieux suivent le vouloir de Varuna; je règne sur le peuple de l'enveloppe suprême.

1. Quelques exégètes enseignent que Varuna et les Âdityas auraient été les dieux suprêmes d'un âge antérieur, plus tard supplantés par India ; mais cette opinion, à mon sens, ne s'appuie sur aucune preuve et liasse même la vraisemblance. Il est difficile de croire qu'à une époque quelconque, védique ou prévédique, le culte du dieu de l'orage l'ait de beaucoup cédé en importance à celui des Adityas; et en tout cas ce n'est pas aux données du culte avestique, où l'interversion postérieure est si nettement visible, qu'il est le moins du monde légitime de demander un essai de solution.

;.*. Je lis avec Grassmann yàtânûh au lieu de yàthà nah.

(( Je suis le roi Varuna; à moi le premier appartiennent les vertus miraculeuses. Les dieux suivent le vouloir de Varuna: je règne sur le peuple de l'enveloppe suprême.

« C'est moi, ô Indra', moi Varuna, qui ai ajusté et étayé le double espace-, large, profond, solide, le ciel et la terre, moi qui, comme Tvashtar, connais toutes les créatures.

« J'ai fait gonfler les eaux jaillissantes; j'ai affermi le ciel sur le siège de l'ordre divin. De par l'ordre, le fils d"Aditi, ami de Tordre, a étendu en tous sens le triple univers. »

Au tour d'Indra. « Cest moi qu'invoquent, dans leur course, les héros montés sur les chevaux rapides, et, dans la mêlée, ceux qu'ont cernés les ennemis. Moi, Indra, le généreux, j'ouvre la carrière, et, de par ma puissance invincible, je fais voler la poussière.

« C'est moi qui ai fait toutes ces choses, et nul ne met en échec ma force divine irrésistible. Quand les sômas et les louanges m'ont enivré, je fais trembler les deux espaces sans limites. »

Le récit dont ce dialogue était un épisode^ se terminait sans doute par une réconciliation. On lità l'avant-dernière stance : « O Indra et Varuna, l'épouse de Purukutsa vous a honorés par oblation et prière, et vous lui avez donné le roi Trasadasyu, le tueur d'ennemis, le demi-dieu. » Ainsi les deux dieux, unis par le culte, se sont mis d'accord pour combler les vœux de la reine *.

1. J'admets le vocatif, à l'exemple de M. Geldner (Slebenzig Lieder des R. V.).

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