‹ La religion du VédaChapitre 50 sur 380 · L'espace supérieur et l'espace inférieur · texte numérisé non relu

L'espace supérieur et l'espace inférieur

3. C'était une narration en prose, enchâssant les stances qui composaient presque exclusivement le dialogue, et approximativement restituable d'après elles.

4. Dans cet hymne du conflit de préséance entre Indra et "Varuna il m'est impossible de voir ce que d'autres y ont vu, à savoir, un document de première importance dune révolution dans l'ordre des divinités, qui se serait produite à l'époque védique {Siebens. Lieder, p. 27), et qui aurait substitué à Varuna, soi-disant dieu suprême des Àryas encore unis, le dieu national de l'Inde, Indra, promu au rang

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Alors même, toutefois, que le Véda magnifie un dieu au dehà de toute mesure et lui soumet tous les autres, il se borne à exprimer lidée comme un cliché et n'en tire point les conséquences logiciues : on n'y trouve nulle part de léircndes qui fussent de nature à assurer à un dieu la royauté sarsos semblables, (^t les prescriptions rituelles ne traliisscnt non i)lns rien de [)areil. L"idée d'un souverain ordonnateur de l'univers n'a évidemment fait qu'effleurer l'esprit des temps védiques; et, en fait, le génie hindou ne s'en est jamais entièrement pénétré.

Tout est fuyant, on le voit, dans le panthéon védique : le contour de chacun des dieux tend à se perdre dans l'uniformité amorphe de l'ensemble. L'Inde n'a pas eu d'Homère; elle n'a pas su le secret d'animer d'une vie éternelle les fantomes de sa brillante imagination. Qu'Indra ou Agni n'eût point d'individualité aux yeux de ses chantres, ce serait trop dire; mais enfin les traits qui lui sont propres menacent sans cesse de disparaître sous l'accumulation de ceux qui leur sont communs avec tous les autres dieux, puissance, éclat, bonté, sagesse, attributs dont la banalité partout semblable a elle-même défraie à bon compte la verve du poète védique. D'autres causes, d'ailleurs, ont contribué à cet effacement et à cette confusion.

de souverain. Sur la suprématie aryenne de Varuna, je renvoie à la 1». 79, n. 1. Qu'Indra, d'autre jiart, n'ait pas appartenu, au même titre que Varuna, h la croyance Aryenne, qu'il soit une création spéciale à l'Inde, c'est ce qu'il m'est imjjossible d'accorder. Par dessus tout, je cherche en vain dans l'hymne la trace de quelque révolution dans l'état religieux : tout ce qu'on y démêle, c'est que chacun d'eux vante son propre pouvoir, et que, sans doute à raison de la prière que les hommes leur adre.ssent en vue d'une grâce particulière, il s'établit entre eux une sorte d'association qui les place, semble-til, sur le même pied. — Pour le dire en passant, je ne crois pas non plus, quoi «ju'on en ait pensé, que l'hymne R. V. X. 124 ait rien à voir à un passage historique de la souveraineté de Varuna sur la tête d'Indra : le sujet en est, selon toute apparence, le combat mythique engagé entre les dieux, d'une part, et, de l'autre, les .\suras, envisagés ici, ainsi qu'ils le sontcourammcnt dans la littérature postérieure, comme les ennemis des dieux.

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D'abord, il arrive assez souvent que des dieux différents remplissent des fonctions identiques. Le fléau des esprits méchants, c'est le feu, qui les brûle; mais c'est aussi la foudre, qui les broie, et d'autres pouvoirs encore. Agni et Indra se trouvent ainsi avoir certains traits communs, et il n'en faut pas davantage pour que la facture poétique leur en assigne d'autres : un motif donné amène celui qu'il charrie habituellement à sa suite, et le poète se laisse entraîner plus ou moins loin sur cette voie digressive.

Il faut ensuite compter avec l'usage d'associer les dieux par couples. En louant de conserve Indra et Agni, on en venait tout naturellement à attribuer à tous deux ce qui en principe n'appartenait qu'à un seul : Agni, qui n'était point buveur de sôma, le devint en compagnie d'Indra; comme lui, il brandit le foudre, tua Vitra, conquit les vaches, les eaux, le soleil et l'aurore. Le mythe vague ainsi d'une personne divine à l'autre, et l'exégète doit se mettre en garde contre la tentation de lui assigner de part et d'autre une valeur égale : le départ entre le fond primitif et les variations adventices est ici de particulière importance.

Ajoutons que certaines fonctions mythologiques, qui sont, si l'on peut dire, des actes sans agent, favorisent singulièrement cette perpétuelle fluctuation. Qui a étendu les lointains de la terre et fermement étayé la voûte sublime du ciel ? Tantôt c'est Varuna, roi de l'ordre; tantôt, Indra, le héros vigoureux ; tantôt, Vishnu, puisqu'il a mesuré l'espace; et le poète, accoutumé à voir ce miracle indécis entre trois dieux, ne se fait pas faute d'en honorer incideiument encore un quatrième '.

Enfin, on observera (ju'un seul et même phénomène naturel peut entrer en contact avec plusieurs groupes fort distincts de représentations mythiques. L'eau, par exemple.

1. Un seul exemple pour montrer jusqu'où v;i ce trav(>rs: un poète védique de la dernière manière, composant ses stances ma<!:iques en l'honneur d'une amulette en herbe darbha, nous enseigne que cette hcrhe, «à peine née, a affermi la terre, étayé l'espace et le ciel» lA.'V. XIX. 3:1 9).

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