Le soleil conçu comme être mâle
4. Dans le .soleil lui-même, en tant qu'il repose dans le feu sacré.
5. Cf. surtout Bergaigne {op. cit., I, p. 140 sq.), qui toutefois a noyé le sens spécial de ce rite dans la catégorie de I'h action du sacrifice terrestre sur les phénomènes célestes». Le sacrifice en tant que tel n'exerce point d'action magique sur les phénomènes célestes: semblable action n'appartient qu'à certains rites en particulier, tels que celui dont s'agit ou encore les diverses formes du charme de pluie.
— « OdieuAgni, puissions-nous t'alluraer, toi Tétincelant, toujours jeune, afin qu"au ciel luise ton tison ^ plus merveilleux !))—(( O Agni, c'est toi qui guides au ciel le soleil, l'astre éternellement jeune, créant la lumière pour les mor tels-. » — Dans cette dernière stance, suivant un procédé fréquent, le phénomène quotidien tourne à la spéculation cosmogonique. Nous verrons de même ces idées s'enchâsser dans' le mythe fameux de la conquête du soleil par Indra : au moment où les A Agiras fendirent le rocher et unirent leur voix au mugissement des ^ aches, « alors le soleil devint visible, lorsque Agni fut né ' ».
De TAgni-soleil passons à celui ([ui liabite les eaux. La prédilection que l'exégèse mythologique a longtemps affichée pour le concept de Torage Ta disposée à n'y guère voir que l'éclair '' : conjecture inexacte, au moins pour l'âge védique. On ne contestera point que le poète védique ne songe çà et là à la nature ignée de l'éclair, à l'affinité de la foudre et du feu : une fois même il va jusqu'à surnommer Agni (( le tonnerre étincelant qui réside dans l'espace' »; mais ce ne sont là qu'épithètes accidentelles d'ornement''. D'habitude, lorsque
1. Exactement « ta bûche ». Le feu terrestre a pour suppport le bois H briller : il faut donc que le feu céleste ait une bûche; cf. R. V. III. -2. 9.
3. R. V. IV. 3. 11. Cf. au.ssi Taitt. .Samli. IV. 7. 13. 3. où il est dit des anciens Rshis, « allumant le feu, amenant le soleil ».
4. Bergaif^ne (I, p. 10). dont le système ne s'accommode pas du sexe féminin prêté à l'éclair par le genre grammatical du mot ridi/ut, et qui d'ailleurs juge étrange la rareté de ce mot même dans le Véda, va si loin que de soutenir que la propre désignation de l'éclair n'est autre que le nom d'Agni. Rien de moins exact : s'il est rarement question de l'éclair, c'est précisément qu'on s'en souciait beaucoup moins que l'exégèse moderne ne se l'imagine : et, quant à ce schématisme d'entités mâles et femelles, suivant lequel rigoureusement l'éclair devrait être masculin, ce n'est pas la libre fantaisie des poètes védiques, mais un lit de Procruste où on prétend la coucher.
5. R,. V. VI. G. 2. \'nir aussi Bergaigne, op. rit., I, jj. 15.
6. Parmi les relations établies par le rituel entre Agni et la foudre, je mentionnerai : l'emploi, pour l'allumage du feu, d'un morceau du bois d'un arbre foudroyé (Âpast. Çr. S. V. 2. 4i : l'expiation près-
LES DIVKKSDS NAISSANCES DAGNI 93
Agni s'oppoï^e à lêchiir, on les compare et, par là méine, on les sépare. L'observation a déjà été faite \ et elle est assez juste, (jue les conditions du phénomène de la foudre ne se prêtent pas aisément ;i la divinisation : la foudre est bien plutôt une arme, un outil aux mains dune divinité. Ce n'est pas le mythe d'Agni, c'est celui dlndra armé du raji-d, ((ui nous en donne la représentation la plus adéquate.
A (juoi répond donc cette conception, qui pénètre tout le \'éda, d'Ajrni qui réside dans les eaux, « se revêt de la mer, anime le i^ermc de-- ondes»? On a \u plus liant \'arui ia créer « dans le cœur le vouloir. Agni dans l'eau, lo soleil au ciel )i ; ainsi, leau est la propre demeure d'Agni, au même titre (|ue le ciel est celle du soleil-. Cette façon de parler accuse nettement chez le poète une idée vivante, un concept objectif, et non l'expression figée d'un mythe désormais incompris. On ne peut croire qu'il mette la foudre au premier plan de sa pensée. lors(pril [)arle de la patrie aquati([ue d'Agni.
La voie par la([uelle on a abouti à cette conception, c'est. si je ne me trompe, la connexion primitive, indo-éranienne même '. admise entre les eaux et les plantes. Celles-ci aussi, les bois de friction, passent pour une des demeures d'Agni, et, lorsque le Véda énuraère les lieux où le dieu réside, il se plait à associer comme tels l'eau et les végétaux, ou l'eau et les forêts '. Ailleurs, il est plus explicite encore sur cette
crite, par voie dune oblation à « Agni dans les eaux », pour le cas où le feu du sacrilice se serait contaminé de feu du ciel (Çatap. Br. XII. 4. 4. 4, Kâtyây. XXV. 4. 33, Ait. Dr. VII. 7, Çânkh. Çr. S. III. 4. 7). Sur une autre olilation k « Agni dans les eaux ». voir plus bas, p. 9ô, n. 1.