LES DIVERSES NAISSANCES DAONI
premier plan. On rin\oque en compagnie des rivières : il fait resplendir au sein de l'eau son éclat divin; les jeunes filles aquatiques entourent le jeune homme'. Comme plus haut, pourtant, on constate ([u' <( il luit sans bûche dans les eaux, vêtu de la robe pompeuse du beurre- », et l'on ajoute. cette fois avec allusion précise à l'Agni né de la nuée tonnante : « L'enfant des eaux est monté, lui debout, sur le giron de celles qui se meu\ent transversalement', lui se revêtant de l'éclair )>. La fin du morceau s'adresse à Agni lui-même, qui dès lors ne peut guère être autre (jue l'enfant des eaux précédemment invoqué. Enfin, dans nombre d'hymnes k Agni, on le surnomme « enfant des eaux' », tandis que d'autres stances distinguent expressément les deux personnalités.
Le processus mythologique est facile à restituer. Méditation mystique sur Agni fils des eaux; tendance aux identifications divines, nulle part plus marquée que dans la splière propre à Agni : les deux éléments ont concouru, et un ondin du vieux folklore est devenu une incarnation du
1. Dans l'Avesta aussi renranl îles eaux est environné de femmes ilivines.
iî. Qu'est-ce que cette robe ? Nous a\ ons \u qu'on lait liljation lie l)eurre k l'enfant des eaux ( « le beurre est .son aliment » H. V. II. 32. 11), sans doute parce qu'à son tour il est censé nourrir de beurre les honunes. Car c'est des eaux « où boivent nos vaches » (I. iîlî. 16) que vient la nourriture qui pénètre dans les vaches et qu'ensuite celles-ci dispensent aux liomnies; cf. Çatap. Br. II. 3. 1. 10. On dit au dieu de la pluie : « Abreuve de beurre le ciel et la terre : que les vaches aient bonne boisson » (R. V. V. 83. 8). C'est pourquoi le beurre est censé issu de la mer, des eaux : IV. 5S. 1, X. oO. 13, etc.
3. Mêmes expressions, I. 95. 5. pour désigner r.\j:i)i qui réside dans les eaux.
1. Je citerai encore une stance des Védas postérieurs (\'aj. Samh. 8. J24, etc.), ((ui vise un autre rite relatif aux eaux dans le sacrifice de sOma, (.>t qui ;i v lilrc [n-iU être raiiiirocbê de R. V. X. 30. .\u bain de purilication qui clêt la cérémonie, on jette dans l'eau une biiche sur laijuelle on fait une libation de l)eurre, en récitant : « Le visage d'Agni a pénétré dans les eaux, l'enfant des eaux, gardien de la puissance miraculeuse: dans toutes les demeures offre la bûche, o Airni, et que ta langue s'élire vers le beurrCi »
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dieu du feu, sans toutefois abdiquer entièrement sa vraie nature.
L'Agni caché dans l'eau se glisse avec elle dans les plantes, puis se manifeste en jaillissant au frottement des pièces de bois : nouvelle forme des naissances d'Agni. (( Le beau rejeton des eaux et des plantes, aux formes diverses, a été enfanté par la forêt bénie ' . » Ce sont les dix sœurs qui l'ont fait naitre, les doigts de l'opérateur. La friction exige un effort considérable : c'est pourquoi il est dit (( fils de la force ».
Des autres origines, des autres manifestations d'Agni, nous ne parlerons que par manière d'acquit. Il habite les pierres, il naît de la pierre * : c'est l'étincelle qui sort du caillou. En tant que chaleur animale, peut-être aussi en tant que conscience pieuse, il réside dans les hommes, au cœur des hommes, — « du fond de nos cœurs il regarde, celui qui a beaucoup de naissances », — et aussi dans les bœ'ufs et les chevaux, dans les oiseaux et les fauves, dans tous les bipèdes et les quadrupèdes \ Il git dans la terre ; elle est grosse d'Agni '• : c'est peut-être que le feu amené j)ar l'eau dans les végétaux n'y pénètre pas directement, mais par l'intermédiaire du sol où ils enfoncent leurs racines. En dernière anah'se un dieu répandu en tant de lieux est conçu comme omniprésent : il est (( l'embryon du mobile et de l'immobile, l'embryon de tout ce qui est ^ )), le principe vital qui gite au ca^ur de toute créature.
La descente d'Af/ni. — On ne saurait séparer du concept des naissances d'Agni le mythe de sa descente ; car il a été apporté d'en haut. Ainsi, tantôt il est né en deux endroits,
1. R. V. III. 1. 13 : rand noiuinatii' fcminin ; c'est l'explicalioii qui se présente d'abord à l'esprit, et c'est la lionne.