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détail ; ce qu'il y a de certain, c'est que, sur le sol de l'Inde, elle continua son essor. Récits et légendes s'accumulèrent; car aucune figure divine n'avait pour le chantre védique un aussi puissant attrait que celle d'Indra, et forte était la tenta tion de lui attribuer tous les traits de vigueur invincible, tous les faits d'héroïsme tout-puissant'.
La-dèfailc de Vi-tra. — Le noyau central des mythes relatifs à Indra, c'est son exploit le plus éclatant, celui qui constitue, on peut le dire, son essence même : la victoire remportée sur Vrtra et la délivrance des eaux-.
Le nom de l'adversaire. \'!tra, signifie (( ennemi » : en nemi, en tant que cherchant à barrer la route à un élan fou gueux, au sens, enfin, où apparaît à des envahisseurs victorieux la résistance inégale d'aborigènes envahis \ Onl'appelle
1. Sans y insister, je constate qu'un Irait m\-thique que les peuplades les plus diverses du globe s'accordent bien curieusement à attribuer il leurs dieux ou héros les plus distingués, appartient aussi à la légende d'Indra: sa naissance n'est point normale: cf. les parallèles dans A. Lang, Mi/t/fs, Cultes et Helifjion, trad. Marillier, p. 168, 126 et 515. .\vant sa naissance, sa mère (? R. V. IV. 18. 1-2) dit: «Ceci est le chemin connu de tout temps, par lequel n.iissent les dieux : c'est par ce chemin qu'il doit passer pour naître; il ne faut point que par voie anormale il tue sa mère.» Et l'enfant répond: «Je ne veux pas sortir par ici: c'est un mauvais chemin; en travers par le liane je veux sortir. »
2. Ne pas dire «la victoire remportée sur un ennemi, nommé tour à tour Vrtra, Vala, les Pauis, etc., et la délivrance des eaux ou des vaches ». A la défaite de Vrtra répond la libération des eaux ; à celle des Panis, la délivrance des vaches: mythes aussi parfaitement distincts que respectivement parallèles dans le Rig-A'éda, et même, j'essayerai de le démontrer, relevant d'un symbolisme primitif tout différent. Qu'il se produise entre eux des confusions éventuelles, cette différence de fond n'en est jias entachée.
3. Le sens du mot n-tra me paraît se déduire de rem])loi du verl^e cr dans des phrases telles que na ta ôjô caranta [«on n'a point entravé ta puissance »], etc., etc. On a enseigné que le sens appellatif «ennemi» n'a été que la généralisation de l'emploi du nom propre, comme dans nos locutions «un Caton», etc. ; mais c'est à quoi le seul genre neutre de ci-tiri contredit expressément. Le sens « victoire », pour l'avestique ccrcthra, est secondaire et procède de celui de «défense». — Au surplus, dans la langue du Rig-Véda, rrtra au .sens général d' «ennemi» est h peine encore un mot vivant: je ne crois
LA DKFAITE DE VKTKA 113
aussi Ahi, « le serpent ». Quand le chantre védique exalte le triomphe d'Indra, le démon terrassé lui apparaît en formede dragon, et non en forme humaine'.
Citons, parmi les hymnes à ce dieu, celui quemporte le plus superbe élan-.
(( Je veux publier les ex|)loits d'Indra, les premiers (ju"il a accomplis armé du foudre : il a frappé le serpent, il a frayé la route aux eaux, il a fondu le ventre des montagnes.
(( Il a frappé le serpent qui gisait sur la montagne. Pour lui Tvashtar a forgé le foudre qui bruit. Comme des vaches mugissantes. les eaux se sont hâtées, tout droit elles sont descendues à la mer.
(( Comme un taureau assoiffé il a souhaité le sôma, et il a bu le pressurage aux trois cuves. Il a saisi le javelot, le foudre, lui qui dispense les trésors; il a frappé le premier-né des serpents.
« Quand tu le frappas, ô Indra, le premier-né des serpents, quand tu anéantis les artifices de l'artificieux, créant
l)as qu'on remploie jamais sans une allusion fugitive audémnn Vitra. Le cas ordinaire est celui-ci : le vain(|ueur de l'ennemi ou des ennemis, c'est Indra, ou éventuellement les hommes avec qui il a fait alliance; et alors il est censé tuer les ennemis comme jadis il a tué Vitra. Le verbe usuel pour ce dernier exploit est han, corrélatif à l'épithète courante rrtrahcw. cf. R. V. VL 7-). ?, où on lit fj/maii rrtrâni, jatjan i/iatrûn, ainitrân sâ/tan. Quaml ces allusions ne .sont pas en jeu, le terme ordinaire pour « ennemi n est dans le R. V. çatru ou amitra. Voir, par exemple, le choix des expressions dans VL 75: (lue dans un pareil hymne le mot entra serait déplacé, c'est une impression qui s'imposera à quiconque a le sens de la langue, védique.
1. En interprétant par l'orage le comhat contre ^'^tra, on ne prendra point le .souci de .se demander où et comment en fait se manifeste dans lorage le démon Vitra: dans un combat victorieux, il faut bien un ennemi, et il n'a pas d'autre réalité. «C'est», dit M. \. Lang (o/j. '•/'?., j). 39l, « une idée qui se retrouve dans presque toutes les niythologies, que les choses qui ont de la valeur pour l'homme, — le feu, le soleil, l'eau, — se sont trouvées en la possession de quelque pouvoir ennemi. » Ce type du gardien jaloux d'un trésor se prolonge à travers la littérature des contes plus modernes: les Râkshasas qui gardent la mangue céleste iJàtaka, vol. Il, i).397) en sont un exemple entre des centaines.
i.'. R. V. L 32. A la st. 6 je lis rujânah.
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le soleil, le ciel et l'aurore, alors, en vérité, tu ne trouvas point d"ennemi.
(( Vrtra. le malin Vrtra, le Vyanisa. Indra Ta frappé du foudre, arme formidable : comme des ramures coupées à la cognée, le serpent git étendu à terre.
« Comme un avorton ivre, Vrtra défiait au combat le grand héros, le guerrier robuste et fougueux. Il n'a pas tenu contre le choc de ses armes : il a été fracassé, il a été broyé, lui, l'ennemi d'Indra.
(( Sans pieds, sans mains, il avait osé combattre Indra. Le dieu lui lança le foudre dans les reins. Eunuque qui se mesurait au taureau, ^'rtra fut gisant sur place, brisé en mille pièces.
(( Il fut gisant comme roseaux broyés ; par dessus son corps passent les eaux, accomplissant leur vouloir'. Elles que Vrtra avait enveloppées de sa grandeur, voilà que le serpent gisait à leurs pieds.
« La vie la quitta aussi, celle qui avait enfanté Vitra ; du haut en bas Indra la frappa de son arme. Au-dessus gisait la mrre ; au-dessous, le tils : Dânu était couchée là, comme une vache avec son veau.
(( Au milieu des courants, qui ne connaissent trêve ni repos, son corps est étendu : les eaux traversent de Vrtra les organes les plus secrets ; il a plongé aux ténèbres éternello. lui, l'ennemi d'Indra.
(( Devenues les épouses du barbare, les eaux, gardées par le serpent, demeuraient enfermées dans leur prison, comme les vaches chez le Pani -. L'orifice des eaux, qui était obstrué, il l'ouvrit, celui qui frappa Vrtra.
« Tu fus là une queue de cheval, ù Indra, alors que le dieu unique te frappa sur l'arme'. Tu conquis les vache>.
1. Je ne donne nullement ma traduction pour sûre: mais la coujec ture de M. Pischel (Zeit.<chr. cl. Mor;j. Ces., XXV, p. 717 s(|.) m'est encore plus suspecte.