R. V. III. 33. 6-7, et cf. VII
2. Peut-être est-ce à cette constatation qu'il faut rattacher la remarque de M. Hillebrandt ( VW. Myt/ioL, I, p. 313): «les nuages no jouent qu'un rôle très secondaire dans le R. V. »
3. Il est superflu de pousser plus avant et de se demander si le concept du serpent céleste qui retient les eaux ne reposerait pas en définitive sur des mythes relatifs aux serpents terrestres, de ceux, par exemple, qui gîtent près dos sources ou des endroits où sont enfouis les trésors.
LA DlîrAlTK I)i:s PANIS KT 1. A ( OXQUKTE DES VACIIKS 119
[)ent des vastes étendues, du domaine de Tespace; il la banni du ciel et de la terre '. On ne sera point tenté de surfaire la valeur de ces allusions apparentes à la nature orageuse du combat contre Vitra, si l'on en considère la rareté en regard de la masse énorme des hymnes à Indra, et si l'on songe à la facilité avec laquelle, dans le Rig-Yéda, la puissance et les exploits d'un dieu revêtent des traits étrangers â sa véritable nature.
Au surplus, l'exégèse plus récente a su sans peine décou- \ rir le caractère atmosphéricjue de la lutte du dieu contre le dragon : plus tard, pour les commentateurs comme pour les poètes -, Indra est le dieu qui crée l'orage et répand la pluie ^; mais il n'en reste pas moins que. pour les auteurs du Rig- \'('da, il fut celui qui fendit les montagnes de la terre et délivra les rivières terrestres.
La dOpi'dc des Panis et la conquùio den vaches. — Après la conquête des eaux, le grand exploit védique d'Indra est celle des vaches.
On peut douter qu'elle lui ait été attribuée dès l'origine. C'est bien à lui qu'elle appartient, selon la version la plus commune du mythe dans le Rig-Véda ; mais ce recueil contient en outre un récit qui, suivant toute apparence, est une autre version, plus ancienne, de la même aventure, et là c'est Trita Âptya qui, à l'instigation d'Indra, combat le démon \'içvariipa (u ayant toutes les formes »), aux trois têtes et au corps de serpent, fils de Tvashtar, lui coupe les têtes, et « fait sortir les vaches' ». — « Pour Trita, dit Indra, j'ai amené
1. K. V. I. 52. 5 et 14, IV. 26. 2, X. 124. 9. — R. V. I. 80. 14, I. 52. 6, II. 13. 7 (et cf. R. V. X. 92. 8, A. V. XIII. 4. 41 sqq., Kauç. S. 21. 9,1, VIII. 3. 19-20, I. 80.4.
2. Même bouddhique.s. L'un d'eux nous dit que « le nuage tonitruant, dieu il la centuple sagesse » \ratal,ratu, épithète courante d'Indra) «couronné de l'éclair, emplit les vallées et les hauteurs en déversant la pluie sur la terre» (.Saniyutta-Nikàya, vol. I, p. 100).
3. Est-ce là ce que veut dire l'Atharva-Véda, et interprète-t-il déjà ^'!•tra par le nuage, lorsqu'il parle des feux (jui sont « en Vitra », ou <lu soleil qui «naît de Vitra » illl. 21. 1, IV. 10, 5)?
IX Dr. A
les vaches liors du serpent'. » — Il est Ijion clair qu'ici le protagoniste fut Trita : en sa qualité consacrée de héros victorieux, Indra se vit plus tard assigner aussi cet exploit-. On s'en convaincra davantage en comparant la forme avestique du mythe : Thraetaona, de la race d'Âthwya, tue le serpent aux trois gueules, aux trois tètes, aux six yeux, pour déli vrer, non point des vaches, mais deux femmes d'une merveilleuse beauté '. Que d'ailleurs ce fût bien de vaches qu'il s'agissait dans le conte primitif du monstre à trois têtes, c'est ce que nous atteste la mythologie classique : Géryon a trois têtes, Cacus aussi, et Héraclès ou Hercule tue le monstre et enlève les vaches, soit qu'elles appartiennent à Géryon, soit que Cacus les ait volées au dieu et enfermées dans sa caverne.
A cette forme indo-européenne du mythe, caractérisée par le monstre tricéphale, le Véda en oppose une autre, humanisée, contaminée d'éléments empruntés à la vie quotidienne, plus spécialement à la vie sacerdotale. Les traits en sont essentiellement hindous; mais il est assez probable qu'elle remonte, au moins par ses premiers linéaments, jusqu'à la phase indo-éranienne ^
1. Littéralement «engendré les vaches», R. V. X. 48. 2. Il semble ((ue le serpent ait dévoré les vaclies et qu'on les fasse ensuite sortir de son cadavre.
2. R. V. X. 8. 8, Indra incite Trita: II. II. 9, il capture Viyvarûpa en faveur de Trita, et la stance ci-dessus (X. 48. 2) est conçue dans un esprit analogue. Au contraire, dans la première moitié de la stance X. 99. 6, Indra est l'acteur unique ; dans la seconde, il est question d'un exploit qu'accomplit Trita incité par lui: mais est-ce le même?
3. Quant k la reprise des vaches ravies par un malin ennemi, on sait que l'Avesta en a fait honneur k Mithra. Vultactor l/Dian: Mi/iir Ynsht, 86: .1. Darmesteter, Études Irniiioiun's^ II. p. 191.
4. Il y a longtemps déjà que .1. Darmesteter \Onna;(l et Ahrhnan, p. 146) a relevé la reiuarquahle concordance d'expressions entre le passage de gâthà [Yamui, 51, ^], i/at/ià as/iàf lirvil i/din rîdat, et ceux où le Rig-Véda fait allusion k la conquête des vaches, III. 31. 5, IV. 3. 11, VI. 62. 2, etc. On ob.servera que la phrase avestique figure dans un morceau où les prêtres proclament leurs prétentions aux biens terrestres que les fidèles doivent leur départir. C'est ainsi que dans le Véda le mythe est devenu la glorification des droits du brahmane sur les vachps du laïque.