Sur ce nom, voir j
INDRA VAINQUEUR DKS nÂSAS 133
tous deux en votre demeure, semblables d'aspoci : l'épouse elle-même vous distinj>;uerait à peine Inn do Taiitre » (I\'. K». 10 . — Tue autre stancell"^) tlu uiriiic hymne décrit le combat (pu les a. unis : k INmii- Kntsa (u as terrass('' ( 'usliua le...'. Ku\a\"act les milliers, ([uand le jour s'avan(,:ait ;?). D'un seul oou[), broie et renverse les Dasyus avec le Kiitsya' ; arra(die la roue du soleil au moment décisif. » — Ailleurs, unestancede louange pour ce prodige de la vigueur d'Indra : (( alors que, pour les opprimés, jwur Kutsa le combattant, ô Indra, tu ravis sa roue an soleil » (IV. 'AO. 4). « L'unedes rouesdu soleil, tu l'arrachas; l'autre, tu la façonnas ])our Kutsa, de façon qu'il atteignit le libre espace. Tu broyas avec l'arme les Dasyus sans nez; dans la maison (?) tu terrasssas ceux qui proféraient des paroles hostiles » (V. 29. lO'). Sans méconnaître les incertitudes qui entourent tout essai d'interprétation de ces extraits-', il est permis de maintenir l'opinion énoncée plus haut: autour d'un noyau hist()ri(iue se sont agrégés des éléments légendaires; non pas nécessairement en ce sens, qu'un fait unique et précis ait donné naissance au récit; mais en ce que l'ensemble abstrait d'événements divers aurait fourni les matériaux dont se serait constitué cet exploit idéal, subsidiairement orné de prodiges divins. Même dans cette hypothèse, c'est encore, en définitiv e, sur le sol de l'iiistoire, c'est sur terre, que repose lefondemen t de la légende. Kutsa, fils d'Arjuna, est l'ancêtre, réel ou déal, de la famille des Kutsas. Prince guerrier'', certains
1. On traduit coniiminément af;à.s/trt//! ]jar « vorace n : M. (ieMiier juge ce sens douteux ; moi aussi.
2. Peut-être tout simplement «avec Kutsa»: la variante serait une cheville. Ou « avec [l'arme] de Kutsa».
.3. On trouvera les matériaux au complet dans Bergaigne, II, ]). 333 sq. Sur l'ensemble de la légende, voir Geldner, Vecl. Stud., II, p. 163 sqq. ; mais je ne .saurais le suivre sur tous les iwints.
1. C'est ce qu'impliquent tous les traits du conte, notamment ces détails : compagnon de char d'Indra, il lui i^essemble pres([ue à s'y méprendre (sujira p. lo2) : lors du massacre des Dasyus, Indra protège le nis de Kutsa (X. lOô. U). Ailleurs, il est vrai, Kutsa est surnommé Ivshi (1. 106. 6) ; mais il y avait aussi des Hshis de race royale. En fait, plus tard, le nom a passé à une famille de brahmanes.
passages nous le donnent, tout comme Divôdâsa Atithifrva, souvent nommé en sa compagnie, et ancêtre, lui aussi, d"une lignée princière du Véda, pour un ennemi vaincu par Indra^ : ce qui tend à confirmer l'impression qu'il nous fait d'un être réel ; car un héros lumineux serait constamment dit ami. un démon des ténèbres toujours traité d'ennemi, tandis que celui qui est tour à tour l'un et l'autre doit être un homme, ou tout au moins le représentant idéal d'une tribu, qui était en rapports d'alliance avec tel poète, d'hostilité avec tel autre, comme Divôdâsa Atithigva. Kutsa se bat contre dc'^ Dâsas, dont le chef réel ou le représentant idéal est Çushiia. Tout d'abord, les ennemis l'accablent. L'issue du conilxit dépend de la durée du jour: alors lndr;i. au moment où le crépuscule va tomber-, enRneau soleil une des roues de son char, et parla ralentit sa marche; l'autre roue, — et ce détail pourrait bien n'être que le produit de la fantaisie d'un seul poète, — il la donne à Kutsa, qui vole ainsi à la victoire. T'ushna succombe. Le mj-the d'Indra conquérant le soleil au profit de la race humaine peut avoir influé sur ce conte, mais il n'y a point parité entre eux; ici, le prodige solaire n'est que décor accessoire sur la scène où se joue le drame historique ou semi-historique de combats humains'.
1. Zeitschr.rl.Morf). rj/'s., XLII, p. 211: Bergaigne, R''I. V(v/., II, p. 337: Perry, Journ. Aiivr. Or. Soc, XI, p. 181.
2. CI. R. V. I. 121. 10 « avant que le soleil ne s'abhne dans les ténèbres ». On entrevoit le même événement 'au fond de la stance X. 138. 3 : « Au milieu du ciel le soleil détela son char, et l'Arya put balancer la force du Dâsa. »
3. Une seule fois il. 33. ;2l Çushna est ilit « cornu )), peut-être par contamination de sa légende avec un mythe démoniaque ; mais ce n'est pas une raison pour faire de lui un démon de pied en cap: d'ailleurs ce chef barbare pouvait bien porter une parure de guerr<». Le mélange d'éléments démoniaques serait plus caractérisé ilans la st. V. 32. 4; mais la correction ru-'=/iinnin pour cufhnam me paraît admissible, et alors dânaranija tiift/imntn ferait pendant au nrasantain r/dnaram de la stance assez voisine V. 29. I, l'abstrait rushninm équivalant à l'abstrait ô/a.< du passage parallèle VIII. 96.17. —Il semble bien que Çushna soit dénommé « bête sauvage » {mrfja) \'. 34. 2. — Enfin il se peut que l'obscure stance X. 138. 1 enchâsse Kutsa dans un oadre mythique.
LES ASURAS 135
Un autre Dâsa se nomme Namuci ; Indra le combat victorieusement en faveur de XamI Sâpya, en lui tordant le cou au moyen d'une arme dV'Cume. L'interprétation de ce trait bizarre est désespérée, non moins que celle d'un conte de beuverie é\2:alement associé au nom de Namuci: Indra souffre de suites d'orgie; pour le guérir, les Aç\ins se pro eurent « chez Namuci », ou extraient, on ne sait comment, du corps de Namuci, une boisson magique, qui parait se composer de sôma et de surâ, la liqueur divine et la boisson profane ; « par succion séparante » ils décomposent ce mélange et procurent ainsi à Indra le remède approprié'.
Dans ce conte, nous voyons le type primitivement humain et historique du Dâsa englouti par la brume des mythes qui l'ont peu à peu entouré. Inversement, quand le poète qualifie de Dâsa'. soit le serpent à qui Indra ravit les eaux, soit le monstre à six yeux et à trois têtes combattu par Trita, ou encore le démon Vyanisa qui a abattu à Indra les deux mâchoires, c'est un nouvel exemple, bien caractéristique, de la fusion qui s'est opérée entre la personnalité du Dâsa et celle de l'être démonia([ue. Sans se dissimuler l'importance de cette confusion, on peut penser qu'elle n'est pas de nature à é1)ranler notre doctrine : c'est essentiellement le souvenir de faits historiques, encore qu'idéalisé et orné d'accessoires surnaturels, (jui git à la base des récits de la défaite des Dasyus.
Les AsiirciH. — Quelquefois les Dâsas vaincus par Indra sont qualifiés « Asuras » ou (( fils de l'Asura ». Nous nous trouvons ainsi amenés à rechercher le sens exact de ce nom, qui, on le sait, offre à l'exégèse un difficile problème'. Dans la
1. Sur cette légende, voir : Bloomfield, Joiii-n. Atncr. Or. Sor.., XV, p. 14.3 sq. : Oldenberg, Nachi: d. GCtt. Gcs. d. ^\7^•.■.•., 1893, p. 342 sq. :; Henry, R'-r,. crititjW!, XXXII, p. 199. — \'. H.;