I.NDIIA ET VKSHAKAPl
.sanglier l'attrape par l'oreille'. Il a mis en pièces tous mes beaux effets que j'aimais tant. Je lui donnerai sur la tête. Le drôle ne s'en tirera pas à bon compte. » Mais, pour s'emparer de la bête prudente, qui flaire quelque châtiment, il faut user de ruse : la déesse feint de s'offrir à lui, et lui dépeint ses oliarmcs en termes si précis qu'ils en sont intraduisibles-. Il toiiilje dan> le piège : « Ah! la mignonne complaisante! do ce que je prévois, il me passe un spasme par le dos, la jambe et la tête. » Mais il est puni de sa folle confiance : à ])eine il s'est laissé prendre, elle l'accable de coups ; et, au même instant, — coïncidence préparée sans doute par la malicieuse déesse, — apparaît le dieu Indra en propre personne. — « O femme aux beaux bras, aux jolis doigts, à la tresse épaisse, aux reins opulents, pourquoi, épouse de héros, frappes tu ainsi notre Yrshàkapi?— Le scélérat veut me prendre par force, comme si j'étais sans protection. Mais j'ai un défenseur : Indra est mon époux ; les Maruts, mes amis. » Le singe tente de s'en tirer par flatterie : « L'épouse d'Indra, m'a t-on dit, est bénie entre les femmes : son époux restera jeune et vivra éternellement. » Mais ces belles paroles ne servent de rien : après une lourde correction, trop heureux encore d'échapper, il s'enfuit en ])ays étranger. Indra a perdu son singe chéri et ne peut s'en consoler : « Femme, depuis que l'ami Vishâkapi est parti, rien ne me fait plus plaisir. Quel bon temps que celui où son oblation imbibée d'eau allait vers les dieux !» — La fin de l'histoire est encore plus obscure que le début ; mais voici à peu près ce qu'on en peut conjecturer.
Indra se rend chez la femme de Vrshâkapi, espérant trouver chez elle la grasse repue accoutumée : « Pour moi, dit-il, on fait rôtir à la fois quinze, vingt taureaux: je mange la graisse ; on m'emplit toute la panse. » Son attente est déçue :
I- Ici, et à la lia d(; chaque staucc, le refrain « lïidra par dessu.s tout ».
2. Il .se peut bien aussi qu'elle fei^jne do dormir : car, un peu plus bas (^1), on — elle vraisemblablement — qualifie \'!.Nhakapi de « troubleur de sommeil ».
OLDE.NBERG. — Vt'chl. 10
la pauvre femme, dont le mari est exilé, ne peut servir à son divin hôte qu'une modeste bouillie ; mais, dit-elle, cela vaut bien un taureau mugissant aux cornes aiguës. Il semble que la guenon offre à Indra autre chose encore que ce frugal repas; car le texte insère ici de rudes obscénités. Mais voici que, — nous ne savons comment, — Vrsliâkapi revient d'exil. Il a couru beaucoup d'aventures et, notamment, fait maintes trouvailles ; peut-être sont-ce de celles dont la possession lui assure une puissance occulte quelconque et doit, par conséquent, le faire bien traiter d'autrui. (( 0 Indra, Vrshâkapi a trouvé l'onagre tué, le couteau, le travail à boucherie, le pot neuf et le chariot comblé de bois à brûler. » Indra est heureux de retrouver son ami. Il l'amène à sa femme, dont la rancune ne tient pas davantage : « Reviens, Vrshâkapi ; nous ferons la paix, lorsque toi qui troubles le sommeil ', tu prendras le chemin de rentrer au logis. » Tout est bien (jui finit bien.
Le caractère d'Iudm. — La farce du vilain singe et des sottises qu'il fait faire à M. et M""" Indra clora notre aperçu des principales légendes où ce dieu joue un rôle : mais il nous faut, en deux mots, envisager d'ensemble le type de l'indra védique. Il est le plus grand parmi les grands, le plus fort parmi les forts, pareil à un taureau, violent et bon garçon ; lorsqu'il est en humeur de donner, sa libéralité est inépuisable. Il boit, il frappe, il bruit, fait voler la poussière, met tout en pièces. Ami de ses amis, et ennemi de ses ennemis, il aime surtout les grands de ce monde, pourvu qu'ils ne lésinent pas sur les sacrifices. Indra n'est ni le maitre ni le serviteur de l'ordre i)hysique ou moral de l'univers -' ; ce n'est pas lui cjui a enseigné à l'humanité la règle, le bien ni les arts. Mais c'est son bras robuste qui a procuré aux hommes leurs plus chers trésors: l'eau fécondante, la