‹ La religion du VédaChapitre 90 sur 380 · Cf. supra, p. 1 1j, n · texte numérisé non relu

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2. On reviendra plus bas sur le contraste de sa nature avec celle de Varuna dans cet ordre d'idées. Voir la section qui traite des dieux et du monde moral.

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lumière, le bétail et l'abondance (jui le suit. On liinplore en vue de la puissance et de la victoire, et il occupe le centre du culte somptueux que célèbrent devant leurs feux sacrés les princes ses dévots. Le culte |)'us modeste de la vie doraes tiijue, dans ses i)rati(iues pour la prospérité du foyer- et des descendants, des troupeaux et des champs, mentionne, lui aussi, fort souvent Indra; et comment en serait il autrement? Mais ce n'est point là qu'a pris naissance l'adoration du dieu ij;ncrrier : son élément, c'c-^t la lutte, la* victoire éclatante, et l'ivresse du soma. (jue lui [)résentent en pompe de longues iiles de prêtres, récitant, chantant, ofticiant, et récompensés de leur /éle par un rirlic salaire en chevaux et chars, en or et en bestiaux.

Sônui, 1(1 I)(,is>itin tliriif'. — La boisson qui donne à Indra la force d'accomplir >es hauts faits, c'est le suc extrait par pressurage de la plante à sôma.

L'idée d'une l)oisson enivrante, appartenant aux dieux, parait remonter jusqu'à l'époque indo européenne. La li(jucur ([ui verse à l'homme une \ igueur mystérieuse et une excitation extatique, doit être de nature divine, être la propriété exclusive des dieux, ("est ainsi (jne, chez les indigènes d'Améri(iue. le tabac, qui leur cause une sorte d inspiration surnatuiellc. est tlit k herbe sacrée » % et ils pensent que les dieux aussi fument pour se livrer à cette extase. Les Indo- Européens donc semblent avoir déjà placé au ciel la patrie de la boisson divine ; car le mot « dieu » lui-même ne signifie autre chose que *' céleste » (rZ-î/po), et implique, dès ee temps, la localisation au ciel pour toutes les entités divines. Mais, de la cachette céleste où la garde un vigilant démon. ]a li({ueur est emportée par un oiseau, l'oiseau du dieu, ou le dieu lui même changé en. oiseau, aigle d'Indra, aigle de Zeus apportant le nectar, Odin en forme d'aigle ravissan^ l'hydromel, l'eut être, — mais ici la conjecture est plus péril .

1. Coniiiarer ce (jui sera ilii du sôina dans la dcscri|itioii du

CUlltJ.

'^. Tylor, CtciliiUtion piimilicu, irad. Barbiur-Biuuet, II, p. 53G.

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leuse, — la boisson des dieux était-elle, dés avant la séparation ethnique, devenue plus spécialement la boisson d'un certain dieu, du irrand buveur et ivrogne divin, du violent et fougueux dieu de l'orage. En tout cas, il est probable que le concept de l'immortalité divine s'associait, pour les Indo- Européens, au nom de la boisson des dieux [dwi-ta, am^ broisie) : si la nourriture soutient la vie de l'homme, si la potion médicinale retarde du moins la mort, l'existence des dieux doit, par une conséquence logique, reposer sur l'usage d'une boisson dont la vertu leur confère l'immortalité '.

Ce concept d'une boisson réservée aux dieux et plus tard conquise au profit des hommes, serait-il un mythe naturaliste, en ce sens du moins qu'il en fallut rapporter l'inspiration décisive à quelque phénomène céleste? Il est difficile de le croire-. Le point de départ, ici, est terrestre : c'est la boisson enivrante : puisqu'elle avait des propriétés mystérieuses, elle passa pour boisson divine ; et, puisqu'elle venait du ciel, il fallait bien qu'un oiseau l'en eût apportée, depréfé rence le plus rapide et le plus fort de tous. Alors le rapt se compliqua du trait accessoire si fréquent en mythologie •' : comme tous les biens précieux, ce trésor avait été enlevé à un personnage chargé de le garder ; dans ce gardien, non plus que dans l'oiseau ravisseur, je ne vois aucun prétexte à chercher une entité empruntée à la nature.

Je ne veux point dire par là que cet ensemble de conceptions n'ait pu se contaminer d'éléments naturels, qui, rattachés au cycle de la substance enivrante, lui ont servi de point d'appui secondaire. La boisson divine des Indo-Euro-

1. Oïl voit qu'à coté du breuvage enivrant il y a place aussi pour un breuvage ou un mets nourricier; mais nous nous abstiendrons d'insister sur cette dualité.

2. Avec M. Hillebrandt ( VV(/. 3///iA., I, p. 313), j'écarterais tout particulièrement l'identilication proposée du breuvage divin à l'humidité des nuages : la conquête de cette eau divine, c'est, dans son acception primitive, le mythe du combat contre Vrtra; or le butin de ce combat n'a rien à faire avec le sôma.

3. Cf. supra p. 113, n. 1. — [Cf. aussi p. 15, n. 1. — V. H.]

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péens a dû rtre une sorte d'hydromel : dès lors, la croyance à l'origine céleste du miel ou de la rosée ' n'a probablement pas été sans influence sur le mythe de la boisson des dieux : et, d'autre part la lune, dispensatrice de la rosée céleste '. — la lune, qui, lorsqu'elle décroît, est censée servir au festin de certains êtres divins, — a fort bien pu, de temps immémorial, passer pour le siège ou le récipient de la suljstance céleste '.

Quittons ce terrain qui manque sous nos pas, et passons à la période indoéranienne. Nous y trouvons l'hydromel remplacé par le suc de la plante à sôma. Le pressurage et l'obla tion de cette liqueur, désormais entourés de rites compliqués et solennels, constituent l'une des principales fêtes, la prin cipale même, sans doute, du culte des grands dieux. Alors, à l'ancienne patrie de la liqueur céleste, vient s'en ajouter une nouvelle : c'est sur les montagnes que croît le sôma. La liturgie avestique glorifie les nuées et les pluies, qui font gonfler le corps du liaoma (sômai sur la cime des monts : un dieu sage l'a créé et déposé sur la grande montagne llaraithî (l'Elbourz) : de là, les oiseaux marqués de signe? sacrés l'ont porté en tous ^ens. Mais ce n'est pas tout encore : à l'instar du feu du sacrifice, le liquide du sacrifice, imprégné d'une vertu divine, est lui même devenu un dieu puissant : trait caractéristique du milieu nouveau de raffinement technique et sacerdotal où se meut déjà la mythologie indo-éranienne. Car c'est bien à cette phase que nous reporte la minutieuse concordance des louanges que prodiguent au dieu tutélaire le \'éda et l'Avesta : il donne les chevaux rapides et les enfants robustes ; roi des plantes, il dispense les remèdes, écarte la mort, déjoue toutes les embûches des méchants.

Telle est, dans ses grandes lignes, la préhistoire du sôma

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