Dans le sôma
2. R. V. VIII. 48. :^. — On .se soucie, au surplus, de contenir dans des limites salubres l'excitation que procure le sôma : « ne nous inspire pas la terreur, ô Sôma, ni l'épouvante, ô roi ; ne boulevcr:<f point nos cœurs par ta violence fougueuse » (VIII. 79. 8).
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Mais lui -mêine.on ne l'invoque |)rcs(juc jamais directement, sauf dans les hymnes « ù celui qui se clarifie », chants maij;i(|U(>s ([ui accompagnent la liltration du liq\nde à travers le tamis de laine. On y chante les louanges des Ilots de sôma, qui se ruent comme des buffles dans la forêt des cuves de bois, (|ui s'y j)osent comme des oiseaux dans les arbres. Comme des che\au\ de course, désireux de gloire, volent dans la carrière, comme les rivières coulent -sur la pente, comme les torrents de pluie se déversent sur la terre, ainsi ils se précipitent vers Indra. Sôma se revêt de vaches. — ■ c'est le lait qu'on y mêle, — il s'enveloppe de l'éclat du soleil, et c'est sa vertu miraculeuse qui fait luire cet astre. Sur lui les chantres entonnent les hymnes à l)elle parure, comme mugissent vers le veau les vaches mères. Fouillis informe d'images et de mystiques divagations, combien cette poésie diffère de celle que la Grèce a consacrée à son Dionysos et à l'ivresse qu'il dispense! D'une part, l'ébriété lourde, magique, dévote, solennelle, de liturgistes qui se travaillent à la théosophie; de l'autre, l'âme inspirée par le vin et le dieu, qui, spontanément, irré^istil)lement, épanouit en l)eauté toutes ses ])rofondeurs.
Il nous reste à mentionner un concept qui ne se laisse constater avec certitude que dans les parties récentes du lîig-Véda: c'est celui de l'identité de S(3ma et de la lune'. Nous avons déjà dit qu'on a pu de temps immémorial se figurer la lune comme le siège du nectar divin ; mais ce n'est là qu'une possibilité, et les traces de cette croyance n'apparaissent point dans le Rig-Véda vu d'ensemble, ou du moins n'y sont qu'accessoires'. Sans doute, dans cette énorme masse
1. On sait que M. Hillehrandt a cnnsacro do lonirs ft intéressants df'vekippenients à ce thème (TV^/. Mjith., I), qn'il considère comme un fondement ossontiol de la religion primitive de l'Inde. — [M. O. renvoie ici, pour la réfutation détaillé^ de cette doctrine, à un ap])endice de son oiivra;;e, que, d'accord a\i-r lui, je n'ai i)as cru devoir comprendre dans ma traduction, puis(iue les travaux di' M. M. n'ont eux-mêmes pas été traduits en français. — \'. II.]
2. Le rituel du sacrifice de sôma. par exemi)le, ne ressemble on rien au type consacrëi d'une fête lunaire.
de jeux d'imagination, que les hymnes à Sôma accumulent autour de la liqueur divinisée, il s"en rencontre beaucoup qui peuvent, si Ton veut, signifier que Sôma ;i pris corps dans la lune; mais seulement si l'on veut, ce qui amoindrit la vraisemblance de l'interprétation. Ou je me trompe fort, ou ces allusions relèvent d'un tout autre principe, (""est à profusion que reviennent, à propos du sôma, les concepts de ciel, de lumière et de soleil : il a fait lever le soleil, il brille comme le soleil, se clarifie au ciel, regarde du haut du ciel; sa splendeur chasse les ténèbres; Ytuuria (ambroisie) se cache parmi les météores du troisième ciel' : l)ref, dès que se précisent un peu ces notions de ciel et de lumière céleste dont Sôma s'enveloppe, c'est spécialement avec le soleil qu'il entre en communion mystique. Rien n'est |)lus naturel : comme Indra. comme iVgni, Sôma est un champion de la lumière contre la nuit, et le soleil, de son côté, est la lumière par excellence; d'ailleurs, en donnant à Indra la force de conquérir le soleil, Sôma a pris part à ce grand exploit. Or il arrive très souvent aux poètes du Rig-Véda de ne rappeler qu'en style fort vague. soit ces rapports de Sôma et du soleil, soit encore la croyance traditionnelle à l'origine céleste de la boisson divine; et, chaque fois qu'il rencontre ces formules ambiguës, l'exégète prévenu, dominé par la conception postérieure de l'identiti' de Sôma et de la lune, est tenté de faire un choix entre les deux astres et penche vers celui de la nuit.
Toutefois, on l'a déjà dit. quelques passages de la dernière manière du Rig-Véda ne laissent plus prise à l'équivoque : l'identité de Sôma et de la lune y apparaît fort nettement. Tel est surtout le grand hymne nuptial fX. 85), où Sôuia est l'époux de la déesse Soleil' : quel peut être cet époux, sinon le dieu Lune? On y lit : « C'est au ciel que Sôma réside ;. . . au sein des constellations Sôma est déposé. On croit boire le sôma, lorsqu'on broie la plante ; mais le vrai sôma, celui que
1. R. V. VI. 11. 23, et cf. Mucaonell, Joiirn. R. Asiat. Snr., 1893 p. 483.