VARI'NA. MITRA ET I.RS ÂDITYAS
connaissent les l)rahinanes. nul n'en goûte jamais... O dieu', tout ce que de toi l'on consomme se regonfle à nouveau. Vâyu est le gardien de .*^ôma. Les lunes sont l'image des années. »
On observera que le concept de la nature lunaire du sùnia est donné pour un mystère connu des seuls brahmanes : estce une antique croyance qui reprend vie, ou une imagination nouvelle? Qui oserait en décider? Les motifs, du moins, qui l'ont déterminée, se laissent apercevoir. Comme la lune, Sôma est un être céleste, un être lumineux (|ui combat l'obscurité. La lune décroît et recroit; ainsi fait le sùma; car on en boit-, et, d"après les termes mêmes du rituel, « il se regonfle » comme la lune, c'est-à dire (jue la tige à demi pressurée s'imbibe de l'eau où on la fait macérer. La lune favorise la croissance des plantes, elle est la reine et la protectrice du règne végétal ; Sôma, plante noble et sacrée entre toutes, est le roi des plantes. La goutte de sôma, ardente, rougeâtre et claire, tombe dans l'eau, comme nage dans les eaux de la nuée la goutte de lumière claire et ardente de la lune'. On conçoit qu'ainsi la lune pût passer pour le sôma brillant dans les hauteurs du ciel : idée qui a fait fortune tout à la fois parmi les ritualistes et les poètes, inspirant aux uns des subtilités théologiques, aux autres quelques menus chefsd'uHivre, qu'il n'entre pas dans notre plan d'analyser.
VARr.NA, Mitra et les Àdityas.
Nous abordons maintenant un groupe de divinités aussi cohérent en lui-même que distinct de toutes les autres. Chez elles, ce qui domine, ce n'est point, comme chez Indra, la notion d'actions déterminées, de révolutions de l'univers dues à leur puissance ; c'est celle d'existence et d'action
1. Ou bien lire dHi-a^ «ce que de toi consomment les dieux... » ?
2. .Sur la lune aliment des dieux, voir : Chândôg. Upan. V. 10. 4: Deussen, Syrilem r/ofi Vedânta, p. 415 sq.
3. R. V. VIII. 82. 8, on lit textuellement : « le sôma qui dans les cuves a l'aspect de la lune au sein des eaux ».
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égale et continue, laquelle, au surplus, n'exclut pas l'idée que les grandes lois où se meut leur empire soient aussi leur propre ouvrage. A la tête des Àdityas marchent deux grands dieux étroitement unis, Mitra-Varuna'; le plus grand de tous est Varuna. Ils sont sept-; mais nulle partie Rig- Véda ne les énumère. En colligeant çà et là des noms propres, on parvient, il est vrai, à dresser une liste de sept Adityas; mais le simple fait qu'il faille recourir à un procédé aussi artifîcie.1 et incertain, suffit à caractériser l'indécision où flotte l'individualité des moindres d'entre eux; et cette impression se fortifie des vagues allégories que laissent transparaître tels de ces noms, comme Ança (( le Lot » ou Daksha(( l'Adresse »'. En fait, on ne nous apprend presque rien de chacun d'eux en particulier: ils présentent un type
1. Sur le nom de Varuna, cf. iafra, p. 16"3, n. 1. Quant à celui de Mitra, on l'explique généralement par le nom commun, qui signifie « ami n et qu'on aurait appliqué au dieu. L'inverse me paraît plus plausible : dès l'époque indo-éranienne, on invoqua le dieu Mitra dans la conclusion des conventions et traités d'alliance. Nous ne savons rien du rituel adapté à la circonstance. On peut induire de quelques passage.s du R. V. qu'un fétiche représentant iMitra était oint de beurre et apporté en cérémonie pour assister à l'accord : V. 3. 2, VI. 15. 2, Vill. 74. 2, et en général toutes les stances qui qualifient Mitra de sud/iita. Il se peut aussi que les contractants aient fait de concert sept pas: X. 8.4. Mitra se trouve être ainsi l'incarnation du traité et de l'amitié : «le Ik, initi-a, masculin sans aucun doute à l'origine, signifiant « alliance «dans le Védaetl'Avesta: puis, dans le Véda, initin, au sens d' « allié, ami ».
2. «Les sept divins Adityas, avec eux.ô.Soma, garde-nous» (R.V. IX. 111. 3). Pour enchaîner les Adityas, on enfonce sept IjIocs imi terre: Taitt. Samh. II. 3. 1. 5; rite d'autant plus significatif, qu'il nous est garanti par lui texte où, le noml)re des Adityas étant ])orté à douze, il n'était plus intelligible. — R.V. X.72. 8-9 (cf. A.V. VIII. 9. 21), il est question d'un 8' enfant d'Aditi, le « né de l'ieuf mort » {niûrtniula) : sa mère l'a repoussé, tandis qu' « avec les sept elle est montée aux dieux ». Quelque puisse être le sens de ce mythe, l'heptade est le nombre normal des Adityas vivants et agissants, et l'on va voir fiue l'éranisme s'y accorde pleinement. — Les textes védiques plus modernes comptent douze Adityas. Mais ce nombre ne repose que sur le parallélisme symbolique et mystique imaginé entre les groupes de dieux et les mètres : la stance jagatî, assignée anx Adityas, a 12 syllabes par vers.
3. Cf. dans le même sens: Bergaigne, BeL Véd., III, p. 99 ; Max
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commun, où ne font (jue se refléter les traits fortement mar(iués dans celui de Mitra-Varuna. On ne s'étonnera donc nullement de rencontrer, dans un texte védi(|ue plus moderne', une liste d'Adityas en contradiction absolue avec les données du Kii:;-Véda. Le nombre « sept », très certainement, ne résulte point ici de ce (|ue, additionnant ensemble tous les dieux individuellement donnés pour Adityas, on obtenait un total de sept: le total avait précédé Taddition, e^ le nombre « sept », posé d'avance, était un cadre fixe, qu'on remplissait vaille que vaille, ou qu'en général on n'es-^ayait même point de remplir.
En tous ces points l'Avesta concorde entièrement avec le Véda- : il faut donc que le concept essentiel remonte jusqu'à l'époque indo-éranienne. Deux grands dieux étroitement unis, Mithra-Ahura; le plus grand de tous, Aliura, commandant le groupe des Ameshaspentas; ceux-ci au nombre de sept; les moindres d'entre eux portant des noms abstraits, « Santé, Immortalité. Bonne-Pensée», etc., tout à fait différents de ceux des Adityas védiques, ce qui tout de suite évoque la pensée d'un cadre ancien artificiellement rempli de part et d'autre : on ne peut se défendre de présumer que, dès la période indo-éranienne, certains au moins de ces dieux avaient rompu tous les liens qui jadis les unissaient aux objets naturels dont le nombre déterminait encore leur concept septénaire.
Le caractère de Varuna, celui des Adityas dans leur ensemble, comme aussi celui des Ameshaspentas, se résume en une royauté céleste, qui gouverne l'ordre de l'univers, et dont la manifestation visible emprunte les attributs de la lumière, de la splendeur solaire en particulier'. Ces dieux
MûUer, Swred Books o/' thc East, XXII, p. 253; .1. Danuesteter, Ortnasil, p. 59 sq.