Taittir. Aran. I
2. C'est surtout Roth iZeitsr/ir. <■/. Mortf. (h'^., VI, p. 69 sq.) et J. Darraesteter [Orincud et Ahriinan) qui ont irréfragablement démontré ce parfait accord.
3. « Resplendissante suzeraineté » dit sans ambages le R. V. I. 136. 3).
158 VARUNA, MITKA ET LES ADITYAS
portent, non pas exclusivement, mais bien plus souvent que tout autre, les titres de roi (râjan) et de prince {ksJiritrii/a)\ royauté, belle royauté, suljlime royauté, sont à leur sujet des expressions courantes'. Leur nature se révèle surtout par le contraste avec Indra : on croit voir, en face d'un dieu barbare, les dieux dune civilisation supérieure; ici, le héros invincible qui nest pas sans ressembler à quelque condottiere divin, le buveur insatiable (^ui devient thème à facéties; la, la sublime et sereine splendeur d'une royauté sainte ({ui garde les lois organiques de l'univers. « L'un tue les ennemis dans les combats, l'autre garde les ordonnances de toute éternité », dit un poète qui oppose ainsi Indra à Varuna '.
Mais, avant de nous étendre sur les rapports de Varuna et des Àdityas avec l'ordre universel, il importe d'insister sur leurs attributs physiques, qu'on pourrait ramener à ces trois mots : ciel, lumière, soleil. Du haut du vaste ciel Mitra et Varuiui contemplent la terre. C'est au sommet du ciel qu'ils montent sur leur char. Ils s'asseoient sur leur trône, à l'heure où luit l'aurore, au lever du soleil. Le soleil est l'œil de \'aruna, ou l'd'il de Mitra et Varui}a. — « 11 se lève, le grand (cil de Mitra et de Varuna, le bien-aimé, l'infaillible. » — (( Hommage à r<cil de Mitra et Varuna,... à l'éclat divin qui rayonne au loin, au fils du ciel, au soleil, chantez [la louange].)) -- Mitra et Varuna font monter le soleilau ciel ; \"arana lui a
1. \'(iir, au lexi(|iio de Cirassmann, les mots râjan isurloMt au duel et au pluriel), l..<hatra. /.fi/iatriya, et les composés (\e /.s/iatra; et tenir compte, bien entendu, du petit nombre des hymnes adressés h Mitra-Varuna, en rejjard de ceux à Indra ou autres. iNotons aussi (jiie, dans le rituel ilu sacre royal et des cérémonies similaires, Varuna lient une place prépondérante.
2. Il a déjà été (|uestion ])lus haut (p. 78 s(|j du ténioif,Mia<:e direct apporté i>ar le Véda ii l'idée dune certaine rivalité (]ui aurait régné entre Indra et Varuna. Je me l)orne ici il ajouter une remanine déjà faite par Bergaigne H'/i. <-ii.. Ht, p. lOS, cl cl. ]>. 3(i7i: les traits caractéristiques si distincts dlndra cl de Varuna, ou des .Vdityas, se reflètent aussi dans la nature des faveurs ((u'on implore respectivement de l'un et de l'autre ; à Indra, le suppliant demande de combattre pour lui, de lui donner la victoire, de le combler de richesses; à Varuna, de lui faire franchir angoisse et danger, de lui ]iardonncr sou péché, de compatir à sa misère.
VARUNA. MITHA ET LES ÂDirVAS 159
frayé la route ; les hymnes aux Àdityas ont souvent affaire du lever du soleil'. Bien plus, le soleil, comme il le sera dans kl littérature moderne, est déjà parfois dans le Hig-Véda dénommé Aditya tout court". 11 semble que, dans un passage', il faille entendre par les yeux blancs à longue portée de Varuna la lune et le soleil. Une autre stance place la lune et les étoiles sous le commandement immédiat de Varuna : (( L'es ours' qui sont fixés là-haut et qu'on voit durant la nuit, 011 s'en vont-ils [)endant le jour? Infaillibles sont les lois de \'aruna. La lune circule, brillante, pendant la nuit. »
Mais, à cette relation, étaldie par la majorité des textes, entre le-^ Adityas et la lumière solaire, sans distinction aucune entre Mitra et N'aruiia. sO[)pose, vaguement esquissée, une conception qui sépare leurs domaines respectifs : Mitra règne sur le jour et le soleil ; Varuna, sur la nuit.
Pour TAvesta et tout lensemble de la religion des Perses, c'est un fait bien connu, (jue Mitlira représente le dieu solaire, ou, sporadi([uement et moins sommairement, un dieu lumineux en rapport spécial avec le soleil. Vu la merveilleuse concordance dont témoignent le Véda et TAvesta dans ce domaine de leur commune mythologie, ce seul trait suffit à faire entrevoir dans le Mitra ^■édique un dieu solaire. Que si l'on interroge sur ce point la documentation fournie par le Véda, on constate, ainsi que nous l'avons vu. que tous les Adityas ont des attaches solaires très marquées, mais que Mitra n'en a guère de plus marquées que les autres; car sa personnalité tout entière n'y apparaît que très effacée, comme une survivance de temps lointains. Mais enfin les traces de ses origines fi'ont pas entièrement disparu. Si le seul hymne ([ue le Kig-Véda lui consacre ' se tient dans les généralités, sans un soupçon des images concrètes qui sont familières
1. Voir les (locuineiiis dans Bei'gaigiie. iip. rU.^ III, p. 109 et 116 sqq.