Ou peut-être aux Acctulieus
~. Il est bien permis de se demander si tel passage de lAvesta n'impliquerait pas une vague réminisc-ence delà nature primitive de ces divinités. On lit, Yaslit. X. 15: « Mithra et Almra, les deux grands inii)érissaldes et saints, nous les adorons, et les étoiles, et la lune, et le soleil.» De même, Yasna, VII. 13.
3. .Sur ce contraste, voir plus haut, p. 158. — Qu'on lise par exemple, l'hymne accado-t)aljylonien au dieu-lune, cité par M. Sayce, Hihhert Leftun.':? , p. 160, et qu'on se demande si le ton n'en est pas presque exactement celui des hymnes à Varuna.
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sentation védique des phénomènes naturels et des rapports entre les lionnnes.
Dès l'époque indo-éranienne, les réflexions sur l'ordre qui régit l'univers, sur la puissance supérieure qui fait que ce qui doit arriver arrive par loi ou par contrainte, avaient abouti à cette entité du Rta (soit « mouvement »), qui domine déjà toute la conception du monde, telle que la crée la pensée sacerdotale, et que le Véda et l'Avesta s'accordent à mettre en relief '.
L'ordre des choses, par lequel se manifeste la puissance du Rta, est infiniment divers et embrasse le monde entier -. Pour nous, mais non pas, bien entendu, pour le poète védique, l'action du Rta que nous appellerions naturel tient une place à part : les phénomènes qui se reproduisent toujours de la même façon ou dont le retour régulier implique une notion d'ordre, appartiennent au Rta, leur retour est Rta. — « Les rivières coulent le Rta. » — « Suivant le Rta, l'aurore, fille du ciel, a lui. » — Les pères qui ont ordonné le monde (( ont, conformément au Rta, élevé jusqu'au ciel le soleil », qui lui-même est « la claire et visible face du Rta», tandis que Téclipse, qui viole l'ordre en voilant l'astre sous ses ténèbres, vit et agit « contrairement à la loi » (apacrata). — Autour du ciel roule la roue à douze rais, la roue du Rta, qui jamais ne vieillit : c'est l'année. — Mais le pouvoir du Rta éclate tout particulièrement, lorsqu'un phénomène étrange et d'apparence contradictoire se reproduit avec une
1. Sur le rta védique et son équivalent Yasha avestique, voir l'étude si pénétrante de .1. Darmesteter, Orinazd^ p. 7sqq. C'est lui, notamment, qui a fait ressortir la merveilleuse concordance d'expression «source du Rta», — A/uï /•?a.«f/a R. V. II. 28. 5 =: as/m/iê Lhâo Yasna X. 4, — qui montre jusqu'à quel degré "Véda et Avesta se laissent superposer à ce point de vue. — Le Rta, très certainement, reviendrait bien plus souvent encore dans les textes du A'éda, si son domaine n'était pas étranger k celui de l'invocation, du culte et du sacrifice.
2. De lu la tendance des poètes védiques, dans la glorification du Rta, k procéder par voie d'énumération et k y englober les phénomènes les plus divers.
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constance indéfinie : cemiracle réalisé en faveur de l'alimentation des hommes, le lait blanc sorti de la vache noire, le lait cuit — puisqu'il est chaud — produit par la vache crue, c'est, pour les poètes védiques, (( le lîta do la vache gouverné par le Rta » ; Aj^ni, le feu ([ui f;it caché dans les eaux et dans les plantes, (pii jaillit des bois de friction, est surnommé le rejeton du l>ta. celui qui est né dans le lîta. — Enfin, dans la conduite des hommes, le Rta intervient sous la forme de la loi morale, qui, selon les expressions les plus familières aux auteurs des Védas, se ramène à deux concepts : vérité, et voie droite. « Le rta et le vrai » est une courante alliance de mots ; le faux est souvent dit anrta « ce (jui n'est pas rta. ». A l'homme qui, par ruse ou noire magie, nuit à son semblable, on oppose Ihonnète homme « qui pratique le Rta ». A sa jumelle Yamî, qui linvite a l'inceste, Yama répond : « Ce que nous n'avons jamais fait, comment le ferions-nous aujourd'hui ? Comment, parlant Rta, pratiquerions-nous Anvta? » — « Qui suit le Rta, son chemin est aisé et sans ronces ».
Mais, de tous les domaines que les hymnes assignent au Rta, le plus important est celui du culte. Il me semble qu'on entend ce concept dans une acception trop étroite, lorsqu'on le restreint au rite, à la correcte observance des pratiques techniques. Le fond de l'idée, c'est que la marche du sacrifice est une application vivante des grandes lois de l'univers. De même qu'obéissant au Rta les rivières coulent et les aurores reviennent au temps marqué, c'est « attelé par le Rta » qu'Agni s'allume pour loblation, lui a le rejeton du Rta », lui « qui fait son œuvre par le Rta », lui qui « par le cheuiin du Rta » va porter aux dieux les offrandes. Et le caractère moral du Rta n'affecte pas moins le sacrifice, en ce sens que le bien et le vrai y prennent corps pour triompher des ruses malignes et mystérieuses de la sorcellerie démoniaque. C'est « en annonçant le Rta, en méditant ce qui est droit » (rji'), que les pères ont fondé l'ordonnance du sacrifice. « J'invoque les dieux, moi pur de magie; de parle
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Rta, j'accomplis mon (Puvre, je façonne ma pensée. » Si, dans ces tours de phrase, l'idée du Rta nous paraît presque se confondre avec celle de la liturgie régulière, nous ne devons point oublier qu"il s'agit ici de prêtres qui parlent de leur œuvre sacerdotale, qui y voient le centre normal de toute pensée et de toute activité : cela posé, la conception du Rta reste pour nous, dans son essence, ce qu'elle était pour eux, celle de l'ordre physique et moral de l'univers ; et la relation intime du Rta et du sacrifice repose sur l'idée qu'ils se font nécessairement de leur culte, qu'ils se figurent tout pénétré des vastes courants de l'ordre universel.
Ils n'ont pas personnifié le Rta. Les phénomènes qui emplissent la scène du monde et dont le Rta est la synthèse, se laissent ramener à l'unité de par leur similitude intrinsèque, mais n'imposent point à l'imagination l'idée de quelque être personnel dont l'action y soit perpétuellement visible : aussi a-t-on bien pu, comme nous allons le voir, les mettre en relation avec telle ou telle divinité déjà existante; mais, en eux-mêmes, ils ne suggéraient que l'idée d'une puissance impersonnelle. Ce n'est pas pourtant qu'il n'y ait quelque chose de concret dans la notion du Rta '. On constate une tendance, si vague soit-elle, à le localiser : les aurores, en s'éveillant, quittent le siège du Rta: l'emplacement du sacrifice est dit aussi « le siège du R ta » ; on parle volontiers des « chemins du Rta », image bien naturelle puisque le Rta précisément est le cours de l'ordre des choses: il y a les cochers du Rta. ses navires, ses vaches et son lait. Mais on n'a jamais ])riéleRta. on ne lui a jamais fait d'offrande '\ non plus que les Grecs dutemps d'Homère n'adressaient à leur Moira de supplications ni de sacrifices.
Comme la puissance de la Moira avec celle de Zeus, il était inévitable que l'idée du lîta s'identifiât, pour la croyance védique ou. plus exactement, pour celle des Indo-
1. C'est un point que Bergaigne a très bien mis en relief: op. fit., III. p. 220.