‹ La religion en Chine, exposé des trois religions des chinoisChapitre 15 sur 33 · NOTIONS SUR LE PÉCHÉ ET LA RÉDEMPTION · texte numérisé non relu

NOTIONS SUR LE PÉCHÉ ET LA RÉDEMPTION

II est important, quand on étudie rintroductioii du cliristianisnie dans un pays, de savoir quelles opinions ont ses habitants sur le péché et les moyens de l’efiacer. Indubitablement la conscience du péché et le besoin de rédemption existent dans les hommes, même quand ils n’ont, en fait de connaissanc<' religieuse, que ce que leur donne la lumière naturelle. Nous allons mainte liant donner quelques éclaircissements sur la manière de voir et de parler des Chinois sur ces sujets.

Quelquefois les réponses faites par les Chinois aux questions des étrangers sont de nature à faire douter qu’ils aient aucune idée du péché. On entendra des personnes respectables dire : « Je n’ai point de péchés, et qu’ai-je f( besoin d’un sauveur ? Votre doctrine est bonne, mais je n’ai pas intérêt à la (( suivre. Qu’ai-je besoin de penser à la vio future ? Elle nous est inconnue. « Je remplis mes devoirs ; je suis un dis pieux, un citoyen loyal ; j’adore le « ciel et la terre le premier et le quinze, de chaque mois; je n'ai rien à « me reprocher. »

M’entretenant un jour avec un vieillard de soixante dix ans, je lui demandai : « Voulez-vous vous convertir à notre religion ? — Non, répon- « dit-il, je suis trop vieux. Voici mon tils; il est jeune et peut gagner del’ar- « geiit ; moi, je ne puis rien faire et je no vous servirais à rien. — Vous vous « méprenez grandement, lui répondis-je, en supposant que croire en notre (( religion ait quelque chose à voir avec de l’argent à gagner. C’est pour ob-

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« tenir le pardon de vos péchés que nous vous conseillons de croire en Jésus. » 11 répliqua : « Je n’ai point de péchés. Je ne voudrais pas en commettre. Je U donne à chacun l’argent que je lui dois ; si je vois tomber l’enfant d’un voi- (( sin je cours le relever. » Je lui observai : « Tous les hommes sont des pé- (( cheurs ; êtes-vous donc une exception ? » A cela il répondit : « Quand ma (( petite tille n’avait rien à manger et que je ne possédais que quinze cash <i (c’est-à-dire un penny), je les ai dépensés à acheter de quoi nourrir mon « père. »

Cette manière d’en appeler aux actes de bonté et de piété filiale précédemment accomplis paraitrait naturelle et parfaitement satisfaisante à beaucoup des coin])atriotes de cet homme. La religion de Confucius aune tendance à empêcher ceux qui la suivent de confesser que le })éché soit un élément journalier de leurs actions.

11 ne serait pas juste de dire que le confucianisme nie l’existence du mal moi'al dans la conduite de tous les liommes, car le sage chinois a dit une fois : « Qu’il n’avait jamais vu un homme vraiment vertueux. » Mais il pensait que les hommes avaient en eux le pouvoir d’être vertueux et que leur nature les portait à la vertu. 11 enseigne que « ])ar leur nature ils approchent de la vertu, mais que l’habitude les en éloigne ». Par nature, sing, il entend le sens moral que Dieu a accordé à tous les hommes; c’est ce que nous appelons conscience. Cependant un auteur confucianiste l’expliquerait plutôt comme un penchant à la vertu. Mencius, dont l’autorité n’est que seconde à celle de Confucius même, essaya de donner plus de précision à la doctrine de son prédécesseur en faisant précéder la sentence ci -dessus de ces mots : « Les hommes ont originellement une bonne nature. »

Dans le code de morale de la religion do Confucius on ne fait guère mention des devoirs envers Dieu, tandis qu’on insiste sur ceux envers les princes et les parents. Cette circonstance ne pouvait moins faire que d’affecter matériellement l’extension et la force de la conception populaire du péché en Chine. Je me souviens d’un malade que j’ai vu dans un hôpital de mission à Shanghaï ; il demeura pendant plusieurs mois dans une des salles pour une blessure au pied. 11 ne savait pas lire, mais il racontait beaucoup de longues histoires sur des apparitions merveilleuses du Bouddha et d’autres divinités. Quand il entendit parler de la nature divine du Christ, il fit la

remarque que Jésus devait avoir été un Bouddha vivant, désignation qui est appliquée au Grand Lama du Tibet que l’on adore comme une incarnation de Bouddha. Souvent il exprimait l'inquiétude de son es})rit de n’avoir pas pu remplir son devoir filial envers son père mort ; il avait oublié de faire ses provisions pour les rites accoutumés. C’est sur ce point que se concentrait sa conception du péché. La sphère d’idées religieuses dans laquelle s’agitait la pensée de cet homme était celle du bouddhisme ; mais, quoiqu’il parlât souvent du pouvoir divin et de b providence du Bouddha, il ne semblait pas croire qu’il fût un [)écheur à son égard. L’adorateur de Bouddha s’adresse à lui pour être protégé et instruit ; mais il ne le prie pas pour obtenir son pardon ou lui confesser ses péchés. 11 considère Bouddlia comme un instituteur et un sauveur, mais non comme un directeur ou un juge L Pour cet homme, la blessure de son pied était la preuve d’un péché; mais, si on lui demandait de quel péché il se sentait coupable, ses pensées se rapportaient au code de morale de Confucius. 11 faisait ce que beaucoup de ses compatriotes eussent fait en semblable circonstance ; au lieu de penser qu’il avait transgressé la loi de Dieu, il s’accusait d’avoir négligé son devoir envers ses parents. Dans son pays natal, la piété filiale ostia plus obligatoire de toutes les vertus; elle a éclipsé le devoir de piété envers Dieu, et la conscience nationale est devenue, en conséquence, relativement inconsciente du péché commis contre le Maître >Suprême du monde.

Toutes les calamités, qu’elles soient individuelles ou nationales, sont pour les Chinois des preuves de péchés, surtout celles qui sont soudaines et accablantes. Un homme frappé de la foudre est immédiatement condamné à l’imanimité des voix de tous ceux qui apprennent la catastrophe. Il doit avuii' empoisonné qiieh|u’un ou avoir eu l’intentionde le faire, ou ])ien il doit avoir commis quelque autre grand crime. Si la foudre frappe un arbre, le peuple se communique la remarque que quelque serpent venimeux devait être caché dans ses racines et que c’est pour cela que l’arbre a été seul victime de la punition céleste. La cécité et les autres accidents corporels sont aussi attribués à l’action d’un jugement rétributif, à l’exécution duquel préside la puis-

1 II semble ici que l'auteur fait erreur, ou du moins généralise trop une idee peut-être particulière à ceriaines sectes bouddhiques. Voir, sur le pardon des péchés, Bouddhisme au Tibet, p. 77 et 154; Anrmles, tome III.

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sauce qui règne dans les cieiix. Pourtant l’accusation de faute personnelle est souvent reportée à une vie imaginaire qui a précédé l’existence actuelle. La doctrine bouddhique de la métempsycose est utilement employée pour préserver le malade frappé de quelque accident d’unç accusation trop directe pour ne pas être désagréable à une conscience troublée. 11 se dit : « Je dois avoir commis quelque crime dans une existence antérieure. » Son malheur ne lui permet pas de nier le péché, c’est une preuve qui ne souffre pas de contradiction ; mais il trouve dans la doctrine d’une existence précédente le moyen de se disculper en ce qui regarde le monde actuel.

La notion de devoir dans le système de Confucius est le lien moral qui unit riiomme à l’homme, au lieu d’ètre celui qui unit riiomme à Dieu; aussi en arrive-t-il à ressembler au sentiment de riionneur. L’homme vertueux est appelé Kiun-tszé, homme honorable ; le pervers reçoit le nom de seaujin, petit homme. Au dernier, on prête toutes les actions basses et déshonorantes; au premier, on attribue tous les -actes qui impliquent le respect de soi-même et le sentiment d’honneur. La loi de veriu se rapproche bien plus de la loi de riionneur qu’elle ne le pourrait dans le code moral chrétien, parce que Confucius ne dit presque rien des devoirs de l’iiomme envers Dieu. Ne pouvant enqdoyer, pour inspirer la vertu, aucune révélation sur la condition future le système chinois, enseigné par les auteurs indigènes de la plus grande réputation, est forcément conduit à insister sur le sens naturel du bien et du mal inné dans l’homme; ne pouvant donner aux devoirs qu’il impose l’autorité inspirée de messages célestes spéciaux, il s’appuie sur le sentiment de respect personnel que possèdent les hommes. L’homme qui agit toujours d’après ce principe est l’idéal de la vertu. Celui qui réfrène ses passions et ses sens par la raison et la droiture, dit un auteur confucéen, est un homme honorable. Celui qui permet aux passions et aux sens de l’emporter sur la raison et le devoir est un petit homme, c’est-à-dire un méchant.

Etant donnée cette base de morale, le péché devient l’acte qui fait pci Ire à l’homme le respect de lui- même et blesse ses sentiments de bien, au lieu d’être la transgression de la loi de Dieu.

11 y a encore chez les Chinois une autre conception du péché qui a pris ur.e grande extension par suite de l’influence du bouddhisme. Détruire la Aie

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animale pour une cause quelconque, se nourrir de ce qui a vie, profaner les caractères d’écriture, imprimés ou manuscrits, sur papier, sur porcelaine ou gravés dans le bois est considéré péché au plus haut degré. On regarde ces actes comme de grands crimes et on croit qu’ils doivent infailliblement provoquer les châtiments sévères de l’invisible destin qui veille aux actions des hommes. De semblables opinions ôtent beaucoup de la valeur morale qui s’attache au moi pêché, en chinois tsuy. On emploie aussi ce mot dans la conversation courante de façon à lui enlever de sa force. La phrase : j'ai péché contre vous, dans laquelle se trouve le mot tsuy, s’emploie à tout moment dansle sens ào je vo us demande pardon ou vous rnohlir/ec infmiment , Après ces données sur les restrictions et les fausses applications de la notion de péché dans la religion de Confucius on n’a pas à songer à en obtenir une idée un peu claire d’un moyen ({uelconque de racheter le péché. Le confucianiste dit, comme le mahométan, que le péché sera racheté par la moralisation et que la moralisation est le fait propre du pécheur. « Faire le mal et ne pas se corriger, c’est mal faire, » est une de leurs citations favorites tirée des classiques chinois. « Si nous agissons vertueusement, » disent les disciples de Confucius, « toutes nos fautes passées seront pardonnées. » La moralisation de soi-même est l’œuvre de riiomme lui-mènie. Que ceux qui ont péché contre le ciel n’implorent pas leur jiardon, qu’ils n’oflrent pas de sacrifices pour détourner un châtiment mérité ; mais qu’ils prouvent, par leur ferme volonté d’être vertueux, la sincérité de leur repentir. Confucius a dit : « Quand un homme a péché contre le ciel, il n’est point besoin de prières. » Il veut dire par là qu’il n’y a rien à attendre des prières et des sacrifices offerts, comme on le faisait de son temps, à l’esprit qui préside à la partie nord-ouest du ciel. Une autre fois il a dit aussi : « Ma }>rière a été longue. » Ceci se rapportait à la disposition à faire le bien qu’il avait montrée dans sa conduite de ce jour. Si un homme est vertueux et loyal le ciel l’aime autant que celui qui prie. Aussi, l’homme qui s’efforce de faire le bien n’a [las besoin d" prier pour obtenir le pardon de ses fautes, il sera pardonné pour la sincérité de son repentir. Telle est l’explication ordinaire de ce [lassage. Elle est acceptée par Choofoo-tsze ; mais quelques savants recommandables comprennent l’expression employée par Confucius dans le sens qu’il priait réellement et que c’était son habitude de chaque jour.

Ann. g. — IV 2'>

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La notion bouddhique de péché est telle qu’on doit l’attendre d’un système où la présence et l’autorité d’un dieu personnel ne se font pas sentir et qui ne comprend pas que la loi qui règle les actions des hommes émane immédiatement de ce dieu. Les idées de péché et de malheur se confondent très souvent ; ainsi le malade dit de son mal : « C’est mon péché, » au lieu de dire : « C’est la punition de mon péché. » Le caractère donné au Bouddha est celui de sauveur, mais il sauve du malheur plutôt que du péché. Quand les bouddhistes disent, comme cela leur arrive souvent: « De grandes choses peuvent être transformées en de petites, et de petites en rien, » ils entendent ou les péchés ou les malheurs qui en découlent et ils supposent que cette transformation s’opérera par les aumônes et les sacrifices aux idoles.

La compassion que Bouddha ressent pour les hommes est excitée par les illusions et les souffrances aux(|uelles il les voit en butte, plutôt que par leur culpabilité II voit la vie humaine en noir ; il la considère sous son aspect le plus triste. Vivre, c’est être misérable; mourir, c’est encore la misère, parce que la mort n’est que le prélude d’une vie semblable où la même âme occupe un autre corps. Il voudrait sauver riiumanité tout à la fois de la vie et de la mort ; le chemin qui aboutit à Nirvana est le remède proposé par le Bouddhisme et le Nirvana lui-nième est son avenir.

On emploie les expressions les plus séduisantes, les plus brillantes pour décrire l’excellence du Nirvana et ce|)endant, quand on va au fond, on trouve que ce n’est qu’une abstraction philosophique que la pensée spéculative s’est trouvée incapable de dépasser. C’est un état beaucoup trop élevé pour que la masse des prêtres bouddhistes caressent l’espoir d’y atteindre. On demandait une fois à l’un d’eux s'il espérait être bientôt délivré de la métempsycose et atteindre le Nirvana. Il répondit: c ùdvant dans ce pauvre temple, comment a le pourrais-je? Pour atteindre à ce bonheur je dois vivre sur une montagne (( et méditer dans la solitude sur la loi du Bouddha. » Interrogé sur ce qui l’empêchait de tenter ce genre de vie : « Il me manque la racine^ » répondit il. Il entendait par là le germe intellectuel, puissance ou capacité morale de laquelle pouvait [>rocéder le développement moral bouddhique. Son interlocuteur lui demanda encore : « Si vous n’atteignez pas Nirvana, ù quelle dis- « tance sur le themin pouvez -vous espérer d’arriver ? » c Tout ce que je puis « espérer, dit-il, c’est de redevenir homme. «

Le bouddhiste ordinaire a un sentiment très humble de sa condition, si on s’en rapporte à ses expressions. Il se voit, lui et tout le reste de riiumanité, dans un état déplorable de dégradation, d’où bien peu seulement peuvent sortir. Il définit la vie une « mer immense ». Les hommes sont perpétuellement ballottés sur les vagues de cette mer. Il y a un rivage que l’âme, battue parla tempête, peut atteindre avec l’aide du Bouddha. Sur les rochers qui avoisinent les grands temples on lit des instructions gravées qui s’adressent au visiteur en ces termes : « Voici le port! Vous n’avez qu’à vous retourner et vous serez en sûreté dans ce port. » Les hommes sont ballottés çà et là sur les vagues de la passion et bien peu en échappent, bien peu atteignent àNirvâna. La possibilité d’y arriver est un don bien rare, aussi rare que le don de grand génie. Mais on croit que la discipline de la vie monastique ou ascétique peut grandement améliorer la condition, dans l’existence future, de ceux qui adoptent ce genre de vie. Des femmes et des enfants s’enferment quelquefois pour un temps déterminé dans une salle d’un temple ; tout le jour, ils répètent des invocations au Bouddha. C’est Amitabha Bouddha, le sauveur des hommes dans le ciel occidental, que l’on implore dans ces circonstances. Les fidèles espèrent qu’après avoir passé deux ou trois jours à réciter des prières ils se seront assurés une position meilleure dans le monde à venir, ou autrement dit qu’ils entreront dans le Paradis de l'ouesf L Le plus grand nombre des adorateurs du Bouddha espèrent seulement monter d’un ou deux degrés dans l’échelle de l’existence ; ils n’osent pas prétendre à l’absorption dans le Nirvana, où la nature humaine est enfin délivrée de ses misères. Ils ont à attendre pendant une longue succession de siècles avant d’arriver à cet anéantissement.

D’après leurs croyances, la vie disciplinée du bouddhiste, qu’elle soit solitaire ou monastique, est utile pour les hommes par le frein salutaire qu’elle met aux passions. Les }»assions sont les ennemies de riiomme. L’âme trouve le bonheur suprême dans la tranquillité, et l’agitation des sens est la cause d’une diminution de notre bonheur. Nous devons donc aspirer au repos parfait et c’est là le but des institutions monastiques fondées par le Bouddha.

Tel qu’il sortit des mains de Shakyamouni ce système était plus positivement moral et moins métaphysique qu’il ne le devint plus tard. Le Bouddha

* Soukhavâti.

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et ses premiers apôtres se sont beaucoup occupés des vertus et des vices. Ils parlent de dix vices: trois vices corporels, soit le meurtre, le vol et l’adul’ tère; quatre vices des lèvres, soit calomnies, injures, mensonges et paroles })i’oférées avec une intention coupable; enfin trois vices de l’esprit, jalousie, haine et sottise. Ces dix vices constituent donc ce qui s’exprime par le mot péché ; mais cette expression perd beaucoup de sa valeur quand on la voit appliquée à la profanation du papier imprimé ou écrit, à l’action d’écraser un insecte ou de perdre des grains de riz. L’usage erroné de ce mot est des plus fréquents dans les rangs inférieurs de la population bouddhiste. Dans les premiers temps de l’histoire de cette religion on comprenait mieux que maintenant l’importance des devoirs moraux. Actuellement encore, au point de vue des distinctions morales, on affirme la supériorité d’un esprit sain sur l’observation des lois positives. Un missionnaire insistait une fois sur ce que la morale était supérieure aux formes et que l’observation de ces dernières, telle que l'ordonne le bouddhisme, ne pouvait pas assurer le salut , un de ses auditeurs chinois exprima son entier assentiment à cette proposition en appuyant son opinion par l’histoire d’un boucher. Cet homme, tout engagé qu’il était dans un commerce infamant qu’il est criminel d’entreprendre, était honnête dans ses actions, aimait à lire les livres bouddhiques, à brûler de l’encens et à réciter des prières. Il fut enlevé dans les deux par le dieu Kouan-yin, qui vint lui-même, à un moment donné, le chercher pour lui servir de guide. D’un autre côté, un prêtre dont le cœur n’était pas pur fut abandonné par la même divinité en proie à un tigre.

Selon l’idée bouddhique on obtient la rémission des péchés en chantant les livres de prières et en menant la vie d’un ascète. Le sectateur vulgaire de cette religion prétend que le but de ses invocations et des prières au Bouddha est d’écarter le malheur, d’obtenir le pardon de ses péchés et de prolonger son existence. Mais ces idées sont celles de la basse classe des bouddhistes; l’idée de pardon ne peut avoir d’importance sérieuse là où il n’y a pas de Dieu à qui on puisse le demander. Dans le bouddhisme l’idée de rédemption signifie moins procurer le pardon que dompter la nature sensuelle et obtenir le repos parfait. C’est, dans son ensemble, un procédé subjectif. Pour le faciliter le Bouddha institua les vœux monastiques et ordonna une série d’occupations. Nous allons montrer de quelle façon elles agissent maintenant en

Chine, par les citations suivantes d’une conversation sérieuse. Je demandais une fois à un vieux prêtre, chef d’un monastère, s’il avait obtenu le vrai fruit (on appelle fruit le résultat de la méditation et de la discipline). Il me répondit que non. Je lui demandai encore : « Croyez vous, selon le Livre de diamant « de sagesse transcendante, que toutes les choses qui ont couleur et forme sont « vides et illusoires, de telle sorte que tous les objets qui nous entourent « n’existent que dans votre imagination ? » Sa réponse fut : « C’est difficile à « dire. Ceux qui ont obtenu le vrai fruit voient que tout n’est qu’illusion ; mais « les autres ne le peuvent pas. » C’était une confession honnête de la part de ce vieux moine. Il ne croyait pas que la matière fut imaginaire, ainsi que sa religion l’enseigne, et que nos sens nous trompassent toujours, mais il pensait que ceux qui sont élevés à un état d’extase peuvent saisir la vérité de ces propositions. Je l’interrogeai do nouveau : « Valez -vous mieux pour vous être soumis « à la tonsure et avoir quitté le monde ? — Non, » dit-il, « il est bien d’être « moine, mais il est bon aussi d’être un homme ordinaire. — - Pourquoi « donc, lui demandai-je, vous êtes-vous fait moine ? — Pour garder le repos « du cœur, atîn qu’il ne soit j)oint agité [>ar les affaires vulgaires. — Et (( êtes- vous arrivé à cet état priviligié? — Non, répondit-il, mais il y a ici un « prêtre qui a fait plus que moi. » lime conduisit vers lui. Je vis un homme revêtu du costume des moines, assis sur un banc en plein soleil, la face tournée contre un mur. On m’a[)prit qu’il ne parlait jamais; il n’avait pas prononcé un mot depuis six ou sept ans et avait fait vœu de ne pas rompre le silence })endant tout le reste de sa vie. Il ne changeait jamais de vêtement; son seul luxe était de se laver la ligure et de peigner ses longs cheveux que ne touchent jamais ni le rasoir ni les ciseaux. Sa nourriture était celle des autres prêtres, mais il ne quittait presque jamais sa chambre. Il savait lire, mais ne prenaitjamais un livre ; sa seule occupation était de marmotter à voix basse les prières de sa religion. J’écrivis sur un morceau de papier : « Votre vœu de silence ne peut vous servir à rien. » Il regarde le papier, le lut et sourit imperceptiblement. Il refusa d’écrire aucune réponse. Je dis au }»rêtre septuagénaire qui nous conduisait : « Vous, du moins, vous pouvez exhorter les hommes au repentir, lui ne le peut pas. » — « Ah ! s’écria-t-il, il vaut bien mieux que moi! » L’année dernière (1858) on me raconta que le prêtre muet fut arrêté dans la rue par un des magistrats de la ville, qui passait par hasard avec des drai)eaux, ses

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gong’s et sa suite. Eu ce teni})s, la ville de Suug-keang, où l’évènement eut lieu, était surexcitée par la nouvelle de l’approche d’un corps d’insurgés; les longs cheveux de cet homme, tombant en désordre de sa tête non rasée, lui donnaient l’apparance d’un rebelle. Il eut été mis à mort comme rebelle à longue cheveluï'e si les voisins qui le connaissaient n’avaient fait comprendre au mandarin son vrai caractère. Peu de temps après on le trouva mort, assis sur son banc, en plein soleil. Ce pauvre imbécile était considéré par ses frères, les bouddhistes chinois, comme ayant adopté un moyen efficace de se délivrer de l’intluence corruptrice et trompeuse du monde, comme ayant trouvé un court cliemin pour arriver à un point élevé sur la voie du progrès bouddhique. Son vœu de silence est un exem|)le des moyens imaginés par l’esprit oriental pour imiter autant que possible le repos éternel du Nirvana et délivrer l’âme de cette fausse et malfaisante succession de sensations qui nous vient de cette chose imaginaire que nous ap})elons matière. Voilà ce qu’est la rédemption bouddhique; leBouddha ou le Poosa, qui enseigne aux hommes la vérité de leur illusion et la manière d’y échapper, est le rédempteur bouddhiste. La philosophie a tenté beaucoup de grandes choses; mais ce n’est que dans le bouddhisme qu’elle a tenté le salut de l’âme. En l'absence d’un sauveur divin, manifesté sous une forme humaine, la philosophie a entrepris, parla force de la seule pensée, de venir en aide à l’homme dans les maux qui l’assiègent et de créer des méthodes de discipline et d’élévation personnelle qui puissent s’harmoniser avec la négation de la matière et celle de Dieu. Le bouddhisme est une philosophie affolée; car c’est une philosophie qui s’arroge des prérogatives qui ne peuvent a})partenir (pi’à une religion céleste.

Les visées des taouistes sont moins andîitieuses que celles des bouddhistes. Leurs divinités sauvent les hommes des maux inhérents à la vie présente, plutôt qu’elles ne cherchent à les débarrasser d'un seul coup des liens qui les attachent au monde. Ils se gardent bien de nier l’exactitude des renseignements que nous apportent les sens, et l’existence de la matière. Ils s’efforcent d’éthérer le corps et de le transformer en une forme plus pure, afin qu’il puisse devenir immortel et s’élever par sa propre énergie jusqu’aux régions célestes.

Tandis que le bouddhisme parle du faux et du vrai, prétendant que l’on acquiert la science de la vérité quand on a compris certains dogmes métaphysiques, tandis que le confucianisme disserte sur le bien et le mal dans l’ordre

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