I.A REI,IGION EN CHINE
nombreux noms propres bouddhiques empruntés au sanscrit il en est peu qui soient devenus populaires; Yen-lo -wang est un de ceux qui sont devenus les })lus familiers. Ou croit qu’il détermine le moment et la nature de la mort, ainsi que la condition subséquente de l’âme. Un distique répandu dans le peuple exprime ainsi l’impossibilité d’éviter la mort :
« Yen Wang clioo ting san Keng sse Twan pull lew jin taon woo Keng. »
« Le roi Ycuna, ayant décidé qu un homme doit mourir à la troisième heure de la nuit, ne lui permellra certaine me ni pas de viore jusqu à la cinquième . .»
Telle est l’idée du jugement futur la plus répandue parmi les Chinois. Le sort des liommes dépend de Yama, le roi de la mort; mais son pouvoir ne s’exerce que dans la sphère inférieure de l’existence et il n’a point d’action sur l’homme qui, s’élevant par l’etfort de sa propre sagesse et de sa vertu, quitte le cercle des révolutions de vie et de mort pour entrer dans la région de la pure pensée ou règne un être bien plus grand, Bouddlia lui-même.
La seconde phase à considérer dans le dogme bouddhi(pie de la vie future chez les Chinois est celle à laquelle nous venons précisément de faire allusion. Les disciples du Bouddha sortent, avec son assistance, des six chemins où l’àme est en butte à une succession constante de vies et de morts et entrent dans une sphère supérieure, à l’abri du changement et du malheur. L’àme avance sur le chemin de Nirvana, et là s’anéantit dans un affranchissement absolu de toutes sensations, passions et pensées, (ffuaud le Bouddha Shakyamouni, parvenu à un grand âge, mourut au milieu de ses disciples, ceux- ci dirent qu’il était entré au Nirvàna ; c’est une phrase employée par les autres sectes hindoues, aussi bien que par les bouddlnstes, pour désigner l’état auquel aspirent et la philosophie et la religion ; elle exprime le triomphe de l’àme sur la matière. Dans le Nirvàna la conscience de l’existence est absolument détruite et pourtant ce n’est pas ranéantissement, car ce serait une idée négative et le Nirvàna n’est ni négatif ni positif, c’est l’absence absolue de ces deux qualités. Seul, un Bouddha peut, après sa mort, entrer au Nirvàna; les autres êtres doivent attendre d’être devenus Bouddhas par l’annihilation
ANNALES DT] MUSEE GUIMET
de leurs facultés pensantes au moyen des diverses méthodes de discipline instituées dans ce but. 11 leur faudra peut-être traverser des milliers d’existences avant d’y atteindre. Le dogme d’un jugement futur n’entre pour rien dans la conception du Nirvana, parce qu’elle n’admet pas l’autorité ni même l’existence d’un directeur et d’un juge suprême. Le Nirvana, qui équivaut en réalité à ranéantissenient, est le digne pendant de l’athéisme qui constitue l’erreur capitale du bouddhisme.
Pour les Chinois la troisième phase de l’idée bouddhique de l’existence future est le paradis du Ciel de l’Ouest. Le dogme du Nirvana est beaucoup trop abstrait pour être populaire ; il est trop éloigné des besoins du peuple pour pouvoir être l’objet de l’ambition de riiomme vulgaire ; la masse des sectateurs du bouddhisme ne peut pas concevoir l’idée du Nirvana. 11 leur faut quelque chose qui réponde mieux aux sentiments ordinaires de l’homme. C’est pour satisfaire à ce besoin qu’on a inventé la fiction de la Paisible Contrée de r Ouest. On imagina un Bouddha, autre que le Gautama ou vSbakyamouni de l’iiistoire, à qui on donna le nom d’Amitabha, âge sans limites. Tous ceux qui répètent l’invocation : « Namo Amitabba Bouddha, » qu’on lit ordinairement en Chine, Nan woo O me to fuh, Honneur à Aniitahha Bouddha, sont assurés d’entrer, à leur mort, dans le paradis de ce personnage, lieu situé à une distance immense, à l’ouest du monde visible. Les âmes de ces fidèles demeureront en ce lieu pendant trois millions d’années ; leur occupation sera de contempler les traits d’Amitabha, d’entendre les chants d’oiseaux de toute beauté et de jouir de la splendeur des jardins et des lacs qui sont l’ornement de ce séjour.
Tel est le paradis des enchantements de la vue et des sons qui est promis comme récompense au bouddhiste fidèle. Il trouve là quelque chose de plus accessible que le Nirvana; le fidèle vulgaire peut espérer d’y arriver. L’accès de ce paradis est assuré par l’aide d’Amitabha en retour des prières qu’on lui adresse.
Le paradis de l’Ouest n’est pas connu des bouddhistes do Birma ou de Ceylan ; mais c’est l’article de foi préféré des bouddhistes de la Chine et de toute la partie septentrionale de la vaste région dans laquelle cette religion s’est répandue.
Quand on dit dans la phraséologie courante des Chinois, comme cela arrive
A N N A L E s D U M U S E E Gu I M E T