I.A RELIGION EN CHINE
l'usage (les pauvres de rirlaiide. Si des descriptions de tortures variées et sévères sont suiïisantes pour constituer le dogme du châtiment futur, les liouddliistes chinois Font chez eux sous une forme vraiment terrible. Dans cet état de choses, le missionnaire étant obligé d’employer les termes liouddliiipies de ciel et d’enfer, ses adversaires prétendent r|u’il leur enseigne le bouddhisme. Il en appelle alors à rautorit** de .Jésus, h( révélateur divin de la vie future, et à la certitude (pu caractéris(' son enseignement (piand on le compare aux imaginations sans fondements de la mythologie hindoue, systiune purement humain et fabuleux, inca[»aljle de soutenir un instant un examen sérieux.
Un livre chinois, pulilié au siècle dernier par ordre de l’Empereur, fait la criticpie d’un ou deux livres chrétiens. C’est un catalogue raisonné des livres chinois de la bibliothècpie de l’Empereur, avec des notes descriptives surtout ce ((ui a paru })rêter à la critirpie. Très })eu de livres ohréti(‘ns sont restés dans la hihli(jthè(pie impériahp le }dus grand nondire a été brûlé depuis longtemj)S par ordre du gouvernement. Il en reste [>ourtaid un ou deux. Le critiipie parle de rpiehpies ouvrages des illustres Jésuites Mathieu Ricci et Adam Schaal. A projios des Yini/l-cliiq Senlruces , traiti* de Ricci inihlié en chinois vers le t(‘mps de .Tacipies 1", il dit (pie pr('>srpic tout ce (pi’il contient a été volé aux bouddhistes, mais ipie le style de sa composition est moins l)on (pie le leur. 11 ajoute (pie le liouddhismc était la seule religion de l’Occident. Les Européens en avaient ado}»té h's idées et le prati(piaient sous une firme corrompue. Ouand il vinrent en Chine, ils trouvèrent les livres de Confucius et commencèrent iiar leur faire des emprunts considérables afin de donner un air d’élégance à ce ({ii’ils [»résentaient comme leur ceuvre. Avec ce nouvel appoint, continue-t-il, ils ont dévelopjté leur système dans de nouveaux ouvrages, et se sont dattés rpi’il était supérieur aux trois ladigions de la Chine.
Le criti({ue donne ensuite à ses lecteurs une aiialys(' d’un second ouvrage de Ricci : Le véritable Récit de la reli(jioa de Dieu. Comme supplément à son traité, Ricci a réuni des passages des classi(pies chinois (pii parlent de l’existence et de la providence de Dieu. Le critiipie prétend (]ue le nnssionnaire a agi ainsi, parce qu’il avait conscience (pi’il ne devait pas attaquer la religion de Gonfucius. Ricci avait aussi entrepris de réfuter le bouddhisme ; mais d’après l’opinion du critique impérial, ses idées ditièrent très peu de la
annales nu MUSEE GUIMET
ci’ovaiKH:' boud(llii(|uo sur le ciel, l'euler et la méteiii[is vcose. 11 ajoute qu’au point de vue de la sujétion de l’humanité à la loi de mutation qui nous force à vivre, à mourir, puis à reiiaitre encore, et à la loi de rétribution qui répartit aux hommes le bonheur ou le malheur d’après leurs mérites, il y a fort peu de différence entre les deux religions. « Si les chrétiens, dit-il, ne croient
pas à la métempsycose, ne défendent pas de tuer les animaux et n’ordonnent « pas le célibat, c'est parce qu’ils désirent se rapprocher de la doctrine de <1 Confucius. Quelques livres chrétiens ressemblent aux livres liturgiques des « bouddhistes, tandis que d'autres se rapprochent de ceux qui traitent delà (I vie contemplative. »
11 termine sa longue critique dos livres catholiques par l'observation que les Européens sont }irofondément versés dans l’astronomie et le calcul, et habiles dans les inventions mécaniques : mais quand ils veulent parler morale ou religion ce sont de vrais liéréti({ues. Leurs écrits sur ces matières ne méritent })as d’ètre classés parmi les livres qui composent la littérature nationale. Ils avaient cependant été compris dans le catalogue des ouvrages nou- \ eaux, contenu dans l'histoire deslNIing ou dernière dynastie chinoise, fait par ordre des Empereurs tartares ; le compilateur de cet ouvrage avait cru devoir les ranger parmi les livres de la religion taouiste. Dans le nouvel arrangement ils avaient été transportés à la classe des livres dits mélangés. Ainsi s'exprime le critique.
(le genre de criti(jue sur des livres étrangers traduits en chinois est très significatif. 11 montre sous son vrai jour ce qu’en pensent les lettrés de ce ])ays. Les ndssionuaires jésuites se sont donnés beaucoup de peine pour prodidre de bons traités de science et de religion dans la langue de ce pays. Leurs livres de science sont recherchés et appréciés, ceux qui traitent du christianisme obtiennent à peine une place dans la littérature nationalel’eut-être bien, ce})ondant, leur intluence est-elle plus grande que les auteurs confucianistes ne veulent l'admettre. Ils ont peut être aidé, par leur description de Dieu dans sa nature et ses attributs, la génération des savants d’aujourd’hui à revenir au dogme d’un Dieu personnel et à abandonner l’idée qui prévalait avant l’arrivée des catholiques romains, que Dieu n’est rien qu'une abstraction.
Weï-yuen, l’auteur que nous avons cité précédemment, comparant le mahoai'^tisme et le christianisme ]»ense que tous deux ont emprunté leurs dogmes
particuliers au bralmiaiiisme ou au bouddliisiue. 11 a lu la traduction di' la Bible par les missionnaires protestants et il croit y trouver la preuve de plus d’inconséc[uence et de folie cpril n’en existe dans ces deux religions hindoues. La prohibition du culte des images excite son indignatimi. Les sacritices aux ancêtres sont défendus et |)Ourtant les chrétiens adorent l’image de la mere de Jésus et la croix est suspendue dans leurs demeures. « Poimpioi. deniandet il, violent-ils la loi de leur propre religion ? »
Les criti([ues de cet écrivain et de beaucoup d’autres sont très nombreuses. Certaines d’entre elles sont tout à fait absurdes et ne prouvent pas autre chos(‘ que l’ignorance de leurs auteurs. Les Chinois tombent facilement dans l’erreur sur ce sujet et sur tout ce qui a rappoid aux nations étrangères. Rien ne leur manque autant que l’intelligencn générale et large du monde en dehors d’euxmèmes. 11 faudra longtemps avant qu’ils comprennent bien le christianisme. Les etforts des missionnaires devront se multiplier, l’action de la presse devra être bien utilisée pour les alfranchir de beaucoup de malentendus (“t d’erreurs. Les Chinois prétendent toujours que l’on administre un remèdo sous forme de pilule à tous les convertis au christianisme et que, quand une personne meurt, le prêtre lui arrache les yruix. Un auteur voit dans les gué risons opérées ]iar Jésus des rapprochements avec les cures elfectuées par llwato, célèbre médecin chinois qui vivait au troisième siècle; mais il oublie entièrement de r(‘mar(|uer qu’elles avaient pour but de i»rouver le caractèia^ divin de Jésus-Christ. Il ne lui arrive jamais de chercher ce que c’est qu'un mirach'. 11 refuse donc de ranger Jésus au nombre <les sages (jui se sont bornés à enseigner la morale. 11 faut une plus grande dilfusion. dans ce pays, de la connaissance des faits et des doctrines du christianisme pour que les indigènes se trouvent en situation déjuger de ses droits à se dire la seule religion divine.