‹ La religion en Chine, exposé des trois religions des chinoisChapitre 22 sur 33 · ÉTAT DES MISSIONS CATHOLIQUES ROMAINES · texte numérisé non relu

ÉTAT DES MISSIONS CATHOLIQUES ROMAINES

L'iTat des missions cathülicjues romaines en Chine mérite d'ètre étudié par ceux qui s'intéressent à l’extension du christianisme des Écritures dans ce pays. Ces missions ont obtenu un grand succès. Dans son ouvrage sur le christianisme en Chine, Taldjé IIuc a donné un récit intéressant de leur début et de leurs })i'ogrès sous le règne de Kang-hi. Beaucoup do personnes de haut rang se convertirent, chapelles et églises se multiplièrent promptement dans les villes et les villages. Quand arriva le temps de la persécution, quand la faveur de la cour vint à cesser, les docteurs en littérature et les maîtres ès arts ne marclièrent plus sur les traces de Seu-kwang- ti et autres chrétiens convertis qui tenaient do hautes charges dans l’État. Maintenant l’œuvre des missionnaires s’exerce beaucou[) dans les classes les plus humbles. Il y a cependant encore des hommes riches parmi les convertis, mais ils sont inconnus en dehors de la communauté à laquelle ils appartiennent. Dans les temps de jjersécution, pendant ce siècle, beaucoup de ces hommes ont subi courageusement l'exil dans la Tartarie occidentale ou la perte de leurs biens pour l’amour de leur foi religieuse.

L'introduction de la religion protestante a amené les missionnaires catholiques européens, qui sont au nombre d’environ trois cents, à donner à leurs convertis certaines instructions préventives ! Ils leur ont dit que la religion

des Anglais ii’a t[\\e trois cents ans d’existence ; que la leur à eux est la véritable ancienne forme du christianisme et que le salut ne peut s’obtenir que dans le giron de l’Eglise catholique. Les convertis catholiques rencontrent souvent les missionnaires protestants et leur afhrment que leur religion n’a commencé que sous le règne d’Henri Vlll d’Angleterre, qui la fonda parce que le pape ne lui avait pas permis de divorcer. Telle est l’histoire du christia nisme protestant qui été habilement répandue en tous sens parmi les convertis de la province de Kea-ngnan, celle dont j’ai pu le mieux étudier la situation.

Parmi les convertis qlie l’on rencontre so trouvimt quelquefois des hommes curieux, avides de lire. Une }>ersonne d(i cette class(3 vint un jour demander une entrevue à un missionnaire qui était arrivé de})uis peu, avec son hateau, dans une des villes intérieures de la province. Dans la conversation qui s’ensuivit, il raconta qu’il avait lu beaucoup de livres bouddhistes et taouistes, malgré que les Pères spirilrels rec(»mmandassent aux convertis de ne }>as le faire. 11 hlàmait cette restriction et, persuadé qu’il [touvait distinguer le vrai du faux, il ne craignait pas de lire ces livres. (Jn lui demanda son o})iinon sur cette doctrine bouddhiqiuï (pii enseigne que toutes les clioses sont absolument illusoires et n’existent que dans l’imagination. 11 était évident qu’il avait lu les préceptes bouddhiipies avec l’idée (pi'ils étaient métaphoriques et ne devaient pas se prendre à la lettre, car il répondit ipi’il était parfaitement juste de soutenir que dans le monde tout n’est ([ue vanité et que rêve. 11 demanda alors s’il était vrai ({ii’uii roi d’Angleterre se fût séparé de l’Eglise de Rome parce qu’il ne lui était pas permis de se marier à son gré. On lui apprit que le roi avait agi do cette façon, mais ipu' (fêtait [)our une tout autre raison que le peuple s’était séparé. La raison de cette sé[)aration était que les Anglais avaient été convaincus, parla lecture des Ecritures, qu’elle était nécessaire. 11 demanda ahars à quelle é[)oque commença réellement la religion anglicane et on lui réi»ondit que depuis le second siècle une Eglise chrétienne avait existé en Angleterre, mais (pi’alors et longtemps après elh? était tout à fait indépendante do Rome et du pape. 11 r('q)li(pia (pi’il ne voyait pas comment cela pouvait être, ses renseignements étant absolument dilférents. 11 fut également surpris d’apiirendre que le célibat des prêtres n’avait été im[)Osé }>ar l’Eglise de Rome (pi’au onzième siècle. Il avait lu les livres des premiers missionnaires jésuites, Ricci, Jules Aluni et autres, mais aucun des

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écrits des apôtres. Les catholiques n’uiit jamais publié en Chine aucune tra duction do ces Ecritures.

Bien qu’il se déclarât chrétien, il paraissait croire à beaucoup de légendes bouddhiques. 11 croyait que Kouan-yin était un personnage réel, sœur d’un certain roi, s don qu'il est dit ilans une histoire fabuleuse de cette divinité. Le missionnaire, voyant (|u’il était déjà assez profondément imbu de la croyance bouddhiipie, l'engagea à ne pas lire les livres de ce .système, mais sans résultat ; car il prétendait no voir aucun danger et, par curiosité, vouloir étudier les divers systèmes religieux.

Dans la province de Keang-soo, il y a environ soixante-quinze mille convertis \ en grande partie })aysans. D(' petites chapelles sont construites dans les villages »'t les hameaux, ordinairement dans un lieu écarté. Le service religieux y est fait le matin des dimanches et fêtes. Après ce service, les pauvres peuvent, par disiiense du i»ape, travailler dans les champs ou s’occuper de leurs autres emplois; ceux qui sont a leur aise s’abstiennent de travailler le jour du Srdgueiir. Des prêtres étrangers visitent ces stations quatre ou ciiK] fois [»ar an. En leur absence, le service est tait par les indigènes. (Juand on demande à ces paysans catholiques romains: Oui est-ce qui pardonne les péchés? Us ré}tondent souvent : « le prêtre a. Si on leur demande par qui ils espèrent être sauvés, beaucoup répondent : « par l’aide de ôlarie ; » d’autres, (( ])ar les mérites de Jésus-Christ, a Un leur ap[irend à réciter le Credo et un P ’tit catéchisme composé dans un style simple et sans ornements. Aux murs de la chapelle, sont suspendues quatorze peintures représentant les souti’rances de Notre Seigneur, selon la coutume habituelle dans les éditices catholiques romains. L'autel est orné de fleurs artiflcielles et d’accessoires du même genre; les reliques d'un martyr sont quelquefois conservées sous l’autel, l’ne école est souvent adjointe à ces chapelles de villages. Les convertis ordinaires qui hal)itent ces stations sont, en général, polis pour les visiteurs étranl: 'l's; mais si, [lar hasard, il y a là des prêtres indigènes ils sont très hostiles dans leurs manières contre ceux qu'ils découvrent être protestants. Ils savent dire quelques mots de latin, qu’on leur apprend à Macao ou dans quelques séminaires de l’intérieur du pays où les prêtres indigènes sont élevés, et ils

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ont recours à cette manière d’exprimer leurs idées quand ils ne veulent pas que leurs voisins comprennent ce qu’ils disent. Ils se servent habituellement de préférence de la langue latine dans les discussions sur des ({uestions de théologie.

Dans le nord de la Chine, quand les convertis d’un village païen font euxmèmes la moitié de la somme nécessaire pour avoir une église, les prêtres européens trouvent l’autre moitié et on construit l’éditice.

Les catholiques ont, en Chine, lieaucoup d’écoles bien dirigées. Celle de Seii-Kia-Weï est bien connue de tous ceux qui ont visité Shanghaï ; elle est à sept milles de cette ville. Beaucoup d’élèves apprennent à mouler des images d’argile, à sculpter, etc. Il nous vint quelques idées pénibles en les voyant faire des images de Marie, de Joseph et d’autres personnages des Ecritures, de la même façon que les faiseurs d’idoles des villes du voisinage moulaient des Bouddhas, des dieux de la guerre uu des richesses destinés aussi à être adorés et d’une façon bien semblable. A ces exceptions près, nous ne pûmes nous empêcher d’admirer les dispositions de l’école qui paraissait tre grande et rendre les services qu’on devait en attendre. Jointe à cette école est une jolie chapelle moderne.

Une autre école, que je visitai avec un ami, offrait un grand intérêt. Elle était destinée aux enfants abandonnés des deux sexes. A ce moment, il y en avait soixante-dix admis à jouir de ses bienfaits. Les bâtiments étaient neufs et vastes ; ils s’élevaient dans un site bien aéré, en dehors de la porte mé ridionale de la ville. Sept religieuses françaises de l’ordre de Merci dirigeaient l’école. Elles nous reçurent avec grande amabilité et nous permirent de visiter tout rétablissement. Elles paraissaient très attachées aux enfants dont les salles d’habitation étaient garnies de crucifix et de peintures de la Vierge. Les soeurs portaient leur costume régulier de serge noire qui paraissait très peu confortable et mal approprié â la saison, car les chaleurs n’étaient pas encore passées à l’époque de notre visite. Elles nous montrèrent dans uu jardin adjacent les tombes de quelques-unes de leurs compagnes. Elles nous dirent qu’on n’employait pas de maîtres ou de maîtresses îndîgènes pour apprendre à lîre aux enfants, maïs qu’elles apprenaient elles-mêmes l’écriture chinoise et ensuite instruisaient leurs élèves. C’est une preuve de grande et énergique résolution de la part de ces soeurs, car il est difficile d’apprendre

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à lire le chinois, et on a riiabitucle, dans les écoles protestantes et catholiques, de demander Tassistance des indigènes pour apprendre aux élèves à lire les livres du pays. Les sœurs nous prouvèrent leur compétence en lisant quelques passages des livres de classe chrétiens employés dans l’école qui étaient écrits en chinois d’un style simple. Un dispensaire libre pour les pauvres du voisinage est attaché à cet établissement.

Aider à l’éducation des prêtres indigènes dans les séminaires est un des devoirs les [)lus importants des missionnaires catholiques. Il faut un grand nombre de prêtres pour satisfaire aux besoins de leurs nombreux établissements disséminés dans les dix-huit provinces de l’empire. Beaucoup de leurs élèves sont reçus trèsjeunes dans les séminaires ; la conséquence en est que souvent, en grandissant, ils ne veulentplus se soumettre aux sacrifices que la vie de prêtre leur imposerait. J’en ai connu un qui, après avoir terminé son instruction, voulut se marier et ne pas se faire [)rètre. Le missionnaire européen, directeur du séminaire, trompa ses espérances en décidant celle qu’il voulait épouser à entrer dans un couvent. Il quitta alors les catholiques et entra chez les missionnaires protestants avec l’emploi de maitre de langue ; sa science du latin était de quelque utilité pour cet emploi. Il continuait à prier Marie, bien qu’il montrât du goût pour les idées protestantes sous beaucoup d’égards. On lui demanda pourquoi il n’abjurait pas le culte de la Vierge ; à quoi il répondit qu’il ne pourrait l’abandonner sans un grand sacrifice de sentiment, }»arce qu’il y avait toujours été habitué. « Mais, lui objecta- « t-on, il est défendu d’adorer aucun être autre que Dieu. » « En honorant la « mère, dit-il, j’honore le fils. » « Vous pouvez l’honorer, dit le missionnaire, (( mais vous ne devez pas l’adorer. Elle ne peut entendre les prières et les « exaucer, comme Dieu, comme Jésus. » En réponse à ceci il raconta une anecdote qui l’avait amené, à ce qu’il disait, à mettre une grande confiance en Marie. Au séminaire il avait été accusé d’un crime, dont le vrai coupable était un do scs condisciples. Il pria Marie do faire que le coupable fut découvert dans les sej)t jours et sa réputation réhabilitée. La prière fut exaucée dans le tcnq»s voulu et depuis il eut une telle ccjntîanco dans l’efficacité des prières à la Vierge qu’il ne pouvait penser à les omettre dans ses prières du matin et du soir. Ün lui fit observer qu’il aurait dû attribuer cette intervention en sa faveur à la providence de Dieu et non à celle de la Vierge.

Les Écritures n’ont jamais dit de la prier, et nous ne pouvons espérer qu’elle exauce les prières. Il répondit que dans ce cas, sa prière, qui avait été exaucée d’une façon'si remarquable, était adressée à Marie et non à Dieu. « C’est, (( dit le missionnaire, ce que le marin peut dire de sa prière à Teen-how, « la Reine céleste. Il suppose que cette déesse règne sur la mer, et la supplie « de le protéger contre la tempête. C’est à elle qu’il attribue son salut, quand « il devrait l’attribuer à la })rovidence de Dieu. » « Mais, répliqua cet homme, « Marie est la mère de Jésus et a sur Dieu un pouvoir d’intercession que n’a « pas Teen-how-sbing’-moo, la minte mer e reine du ciel. Jésus, sur la croix, « honora sa mère, et nous aussi nous devons l’honorer.» On appela son attention sur le second commandement, qui interdit le culte des images; mais il ne voulut pas admettre l’incompatibilité du culte de l’image de Marie avec ce commandement, parce que le genre de culte qui lui est rendu est diflérent de celui que l’on offre à Dieu.

Les nombreuses communautés catholiques de la Chine étaient organisées, avant ces quinze dernières années, de façon à donner l’enseignement dans la communauté même. On faisait relativement peu de conversions parmi les païens environnants. Les persécutions successives ordonnées j)ar le gouvernement entravaient les efforts des missions en refroidissant le zèle de ceux qui songeaient à embrasser la foi catholique. Ouand des missionnaires arrivaient d’Europe, on les conduisait secrètement dans l’intérieur par les soins des convertis et ensuite ils passaient tout leur temps dans la soci('“té des membres de la communauté. Les étrangers ne devaient pas soupçonner leur présence ; les bateliers ou les porteurs de chaises qui les menaient de ville en ville étaient des indigènes chrétiens ; de même que leurs domestiques dans les résidences préparées pour eux. Dès qu’ils arrivaient dans une station pour y remplir leur ministère, on avertissait promptement tous ceux qui les regardaient comme leurs guides spirituels et alors ils se rassemblaient pour recevoir leur bénédiction. 11 fallait et il faut encore se prosterner quand on se présente devant un prêtre européen. Nulle personne étrangère à la communauté n’avait la permission de voir le prêtre étranger avant d’avoir suivi un cours d’instruction fait par les catéchistes et les prêtres indigènes ; quand il était prêt pour le baptême, le païen pouvait avoir une entrevue avec le Père spirituel de ï Océan occidental, mais ordinaire-

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ment i)as plus tôt. Cette circonspection était rendue nécessaire par l’état des lois de la Chine qui ne permettaient pas à un étranger de pénétrer dans l'intérieur du pays. La contrainte imposée aux prêtres étrangers était fort pénible, car il était tenu pour dangereux pour eux d’être vu par d’autres yeux que ceux d’amis surs. Si parfois le bruit de leur présence dans une ville fermée se répandait, on les faisait sortir des portes dans une chaise à porteurs, ]uiis ils rentraient par la porte opposée. Cela avait pour but de faire croire à leur départ. Habituellement, cependant, ils évitaient les villes et demeuraient à la campagne, où on leur préparait des logements qui étaient conbés aux soins des convertis. A tout instant ils pouvaient être obligés de fuir leur logement temporaire si quelque soupçon s’élevait, ou si on faisait quelque question à leur endroit. Hue parle, dans ses Voijaf/e^s dans la Tartarie et le Tibet, de leur joie à lui et à son compagnon de se sentir libres après avoir franchi la grande muraille et pénétré dans la Tartarie, parce que là ils })Ou valent se laisser voir sans redouter d’être arrêtés. Dans ces conditions, l’introduction de nouveaux convertis étnit naturellement laissée au zèle et à l’habileté des indigènes convertis.

J’eus une fois une discussion avec un boutiquier (|ui était sur le point de se foire catholique romain. 11 insistait sur ce qu’il était nécessaire pour propager une religion, d’avoir un chef terrestre visible de qui recevoir ses instructions; notre système était mauvais parce qu’il n'avait pas de directeur. Je lui démontrai que le Christ était notre chef et qu’il n’était pas besoin qu’un homme tînt le pouvoir suprême dans notre religion, absolument comme dans la religion de Confucius on ne trouvait pas nécessaire que quelqu’un eut un poinmir dirigeant sur elle. Ouant à son assertion que nous ne pouvions répandre notre religion sans nous soumettre à quelque chef visible, il devrait se souvenir que les religions de Bouddha et de (Jonfiicius était capables de se soutenir en Chine dans des conditions analogues, 11 nous demanda alors en vertu de quel droit nous prêchions. Je lui répondis que les hommes étaient misérables et avaient l)esoin de l’Evangile pour devenir heureux ; que quiconque connaissait l’Evangile pouvait le prêcher et qu’il ne pouvait pas être mauvais de s’efforcer de sauver les hommes. 11 observa que les hommes qui entreprennent cette tâche devraient au moins avoir assez d’abnégation pour ne pas se marier. Je lui lis voir un passage de l’Evangile de Matthieu, qui

prouvait que l’apôtre Pierre était marié ; mais il répliqua qu’il ne pouvait pas savoir si le livre était exact. Je l’engageai à prendre le livre et à l’examiner par lui-même; il pouvait demander à son prêtre si c’était un livre auquel on pût avoir confiance. Il déclina cette oflTre et persista à prétendre que les protestants avaient tort.

Peu de jours après, dans une ville peu éloignée de la scène de cette discussion, j’eus une occasion imprévue de constater la puissance des catholiques dans les campagnes de la province de Keang-soo. La rivière de Shanghaï tourne à l’ouest avant d’atteindre cette ville, à une distance de vingt milles au sud. Notre bateau, après avoir remonté le courant à quinze milles au delà de ce point, prit un large canal qui aboutissait à la rivière sur la rive droite. Dans cette grande plaine d’alluvion, les canaux sont très nombreux; ils n’ont besoin ni d’écluses ni de barrages, le })ays étant à niveau, et, si on suit leur cours, 011 trouve sur les bords de tous ces canaux des villes très populeuses. Ce sont les villes de marché pour les produits du pays avoisinant; produits qui consistent en blé, riz, coton, fèves, indigo et autres articles. En arrivant dans une de ces villes, à peu de distance de la jonction du canal et de la rivière, nous débarquâmes avec des Testaments et des Traités pour les distribuer aux habitants respectables de la ville. Tandis que nous étions occupés à cela, un prêtre français, se donnant le titre de Père, })arut à l’improviste. Un ou deux indigènes catholiques avaient remarqué notre arrivée et étaient allés rapporter le fait à ce prêtre. Après quehpies paroles de politesse, il nous demanda le sujet de notre venue en ces lieux. Nous lui répondîmes que nous désirions enseigner aux habitants de la ville les vérités du christianisme, l’absurdité et la perversité de leur superstition. 11 ré})ondit qu’il résidait en ce lieu depuis plusieurs années et que nous n’avions [)us le droit de nous mêler de ses travaux. En réponse à nos questions il nous dit (ju’il y avait environ deux cents chrétiens qui recevaient ses soins sur les sept ou huit mille habitants de la ville. Nous observâmes que la proportion de la population ])aïenne étant si considérable il y avait grand besoin d’y prêcher l’Évangile et nous savions que lui et ses collègues ne prêchaient pas en public. Gela pouvait-il nuire à la doctrine de salut qui devait être [u’oclamée dans ce lieu? 11 dit que cela n’était jjas mal ; mais il demanda quel droit nous avions de prêcher. Nous lui rappelâmes l’ordre du Sauveur à ses disciples : « Allez

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(( par le monde et prêchez rÉvangile à tontes les créatures. » Une foule (rauditenrs intéressés s’étaient rassemblés autour de nous pendant que ce dialogue s'échangeait dans le dialecte du pays. Le prêtre, remarquant l’attention que ces gens y portaient, se tourna vers eux et dit: « Depuis longtemps, « j’habite ici ; vous pouvez avoir contîance en moi. N’écoutez pas une doctrine « nouvelle qui vient à vous sans autorité. Vous no devez pas croire aux ensei- (( g’uements de ces nouveaux venus. » Nous le priâmes de ne pas se fâcher de ce que nous essayions de faire du bien aux païens. Tl se plaignit alors qu’il y efit dans un livre publié par les missionnaires protestants un passage qui parlait avec mépris de la religion catholique romaine. Il ne pouvait cependant dire dans quel livre il l’avait lu, ni citer les termes de ce passage. On le lui avait montré plusieurs années auparavant et il en avait ouLlié les détails. J’exprimai mon regret de ce que sa mémoire ne le servît pas mieux et lui offris d’examiner tous les livres que j’avais, afin qu’il [uit se convaincre qu’il n’y avait en eux rien de méprisant pour la religion catholique. 11 déclina cette offre et se retira bientôt après.

Les missionnaires catholiques se trouvent dans une position difficile parce qu’ils n’ont pas la capacité littéraire qui distinguait leurs prédécesseurs en Chine au seizième et au dix-septième siècle. I^eut-être pense-t-on qu’il n’y a plus besoin de faire de nouveaux efforts de science depuis que le gouvernement chinois n’emploie plus les jésuites à diriger la préparation du calendrier et à calculer les éclipses et les positions dos corps célestes. A aucun prix les missionnaires modernes n’écrivent de nouveaux livres^ de science ou de religion, ils se contentent d’employer les anciens. Entièrement absorbés par leur tâche pastorale ils semblent accorder peu d’attention à la littérature, de sorte qu’ils n’ont pas dans l’estime publique la place qu’ont tenue beaucoup de jésuites dont les noms illustrent les premières annales de la mission catholique en Chine. Il leur serait avantageux sous beaucoup de rapports d’avoir parmi eux des savants et des lettrés. I^es Chinois ont beaucoup de répugnance à lire ce qui n’est pas composé en un style élégant et il est important de satisfaire le goût du lecteur, autant que faire se peut, en mettant dans ses mains des livres qui ne choquent pas son sentiment de délicatesse littéraire. I.a science parfaite du langage écrit est nécessaire pour pouvoir converser avec les gens instruits et préparer de nouveaux ouvrages. Les vieux traités

scientiliques des premiers missionnaires sont basés sur des théories vieillies et demandent à être remplacés par d’autres plus nouveaux et meilleurs. Ils enseignent le système du monde de Ptolémée, au lieu de celui de Copernic et de Newton. La philosophie naturelle de Ricci supposait que les quatre éléments — le feu, l’air, la terre et l’eau — étaient les principes originaux de toutes les choses naturelles. De grands changements se sont effectués dans les sciences mathématiques, depuis que les traductions des premiersjésuites ont été publiées en Chine. En négligeant ces choses, les missionnaires romains ne peuvent pas obtenir la situation qu’ils auraient en agissant autrement et n'ont pas d’action sur cette classe de gens, très nombreux dans la Chine, qui ont quelques notions do sciences et de littérature.

Le nouveau traité actuellement en vigueui', grâce auquel les étrangers ont le droit do visiter tous les points du pays à leur convenance, a donné, comme on pouvait s’y attendre, de l’impulsion aux missions catholiques. Les missionnaires ont pu renoncer à leur strict incognito et adopter de nouvelles mesures pour accoitre le nombre de leurs convertis. On a la permission de voyager et de demeurer dans tout le pays et, en pratique, cette permission est interprétée do façon à rendre légal l’arrêt long ou court que font les missionnaires romains on }»arcourant successivement chacune des stations dont ils ont la direction.

Ils n’essaieront plus guère de gagner de rinffuence à la cour et dans la classe lettrée de la Cliine. Ils avaient d’abord remarquablement réussi par cette politique, mais il était dangereux de se hcr à la faveur de la Cour. Ils ont trouvé la réaction bien dure quand honneur et puissance disparurent pour faire place à l’orage de la persécution. Leurs talents scientifiques leur tirent garder leurs places au tribunal impérial de l’astronomie jusqu’en 1<S22. A cette époque, les derniers jésuites qui étaient cnqiloyés à Péking furent envoyés à Macao; on désirait qu’ils retournassent chez eux, leurs services n’étant plus nécessaires au Fils du Ciel. On dit que les trois derniers jésuites qui reçurent les émoluments de leur charge de fonctionnaires de l’Empereur de la Chine n’avaient pas su se faire apprécier par leur capacité scientili(pie.

C’est encore un exemple des résultats de la politiipie mondaine des jésuites. Leurs premiers succès si beaux ont presque invariablement été suivis d’une chute désastreuse.

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Ils ont mieux réussi dans la partie spirituelle de leur œuvre en Chine. Tandis que les traités scientifiques des premiers jésuites sont délaissés à cause de leurs principes démodés et erronés, les convertis qu’ils ont faits parmi les pauvres ont transmis à leurs descendants une croyance plus ou moins éclairée dans la forme catholique du christianisme. Il y a maintenant beaucoup de membres instruits et zélés de leur communauté, mélangés, comme on doit s’y attendre, de nombreux individus, chrétiens de nom, d’une espèce beaucoup inférieure.

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