MAHOMÉTANS, JUIFS ET BOUDDHISTES WOO-WÉI
Les mahométans sont beaucoup plus nombreux en Chine que les catholiques ou que les monil)res d’aucune des petites comniunautés religieuses de ce pays. Il y a très longtemps qu’ils y sont établis, car ({uehpies-uns sont arrivés dans le siècle qui suivit Père de Mahomet ; mais ce fut principalement sous les dynasties Simg et Ming (de 10(30 à IGOO) (|ue les colonies de cette religion pénétrèrent on Chine.
C’est dans le Nord de la Chine qu’ils sont en plus grand nombre; là, dans certaines parties, ils forment un tiers de la population. Leurs mosquées sont appelées Tsing-chin-sze, lemplc pur cl vrai. Leur secte porte le nom de Hwéï-hwéi, (]ui est dérivé de Ouig(jur. Ils donnent à Dieu le nom de Choo, l:>eigneur, ou Ghin-choo, Seigneur vérilable\ ils sont principalement Turcs et Persans d’origine.
Leur aversion pour le porc les distingue des autres Chinois ; l’habitude qu’ils ont, dans quelques cités du Nord, de placer les mots Hwéi-hwéi, mahoniétan, ou Kiau-mun, secte religieuse , sur les enseignes de leurs boutiques ou sur les portes de leurs maisons indique qu’ils désirent se tenir à l’écart et ne pas être confondus avec le reste de la nation. Cet esprit d’exclusivisme et rantagonisme qu’ils ont toujours montré contre l’idolâtrie, dominante chez leurs voisins, ne les a pas empêchés d’entrer au service du gouvernement. La carrière des places n’est pas fermée en Chine aux adhérents
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des religions dissidentes. Dans ce pays, il n’y a pas de Test Act. Les catholiques romains, comme les maliométans, ont occupé de hautes fonctions en Chine ; mais il y a beaucoup des devoirs que doivent remplir ceux qui tiennent la plupart des places du gouvernement qui seraient un obstacle sérieux à Tacceptation de ces fonctions par un chrétien consciencieux. Les sacrifices à Confucius, le culte des dieux de TEtat et beaucoup d’actes publics, qui sont des encouragements directs ou indirects à l’idolâtrie, ne peuvent pas être évités par les fonctionnaires qui résident dans une cité chinoise. Il est cependant difficile en Chine de résister à la tentation d’imiter l’esprit tolérant et latitudinaire du système de Confucius. Les Chinois aiment non l’imiformité, mais la conformité. Des sectes, très exclusives quand elles ont pénétré en Chine, ont adopté peu cà peu le libéralisme spécieux des disciples de Confucius qui peuvent se conformer aux usages d’autres religions sans compromettre en rien leurs principes. Être conséquent n’a pas grande valeur chez eux; ils mettent plus haut la politesse qui admet l’excellence des autres systèmes.
Les mosquées sont construites en style chinois mélangé de détails d’architecture occidentale. La salle principale destinée à la prédication et à la prière est pourvue d’une chaire et forme cinq nefs ou ailes séparées par trois rangs do piliers. Elle est ornée d’inscriptions arabes et chinoises peintes sur des tablettes monumentales ; par derrière, est la chambre où l’on garde les livres sacrés. Le service est célél)ré tous les vendredis à deux heures.
Les maliométans n’emploient guère les traductions ; on lit le Koran en arabe, qui est familier aux Moollahs indigènes. On étudie cette langue, ainsi que le persan, dans les écoles attachées aux mosquées. Les Chinois acquièrent la connaissance des principaux traits do leur religion par la lecture de traités plus ou moins dévelo})pés écrits dans la langue de leur pays.
Ils observent la pratique de la circoncision — elle est indispensable pour être admis dans leur religion, — mais ils ne sont certainement pas aussi scru})uleux pour les prières quotidiennes que les autres musulmans. J’en ai rencontré beaucoiq* qui négligeaient complètement cette habitude.
Us parlent de Jésus sous le nom de Urh-sah ; mais il ne veulent pas admettre (p\’il soit autre chose qu’un des quarante-huit mille prophètes, ondes six grands prophètes, qui ont jirécédé Mahomet. Xaturellenient ils nient sa di\inité. AVéï yuen, l’auteur cldnois que nous avons déjà cité, dit, en parlant
delà religion inusulinaue. qu’Adain, le premier lioininc, ayant reçu les commandements du Seigneur les transmit à Setli, Setli à Noé, Noé à Ibrahim, Ibrahim à Ismaël, Isinaël à David et David à Urh-sali. Urh-sali mourut et avec lui fut rompue la ligne de tradition. La foi orthodoxe fut perdue. Les hérésies surgirent pleines de vie et de vigueur ; mais, six cents ans plus tard, Mahomet naipiit. Il occui)e seul le rang le [his élevé, tandis que Noé, Abraham, Moïse, David et Jésus sont placés (Ui second ordre. Quand Mahomet naquit, on vit ces mots : Prophète du ctel, éci its sur sa poitrine. Il écrivit heaucoiqi delivres, mais son plus grand œuvre fut de corriger et de [)uhlier de nouveau la révélation inspirée par le vrai Dieu, révélation qui s’étoit altérée pendant la longue période qui sépara Jésus de Mahomet.
Les mahométans chinois paraissent être très sé[»arés de leurs coreligionnaires et aucun d’eux ne fait le pèlerinage de la Mecque. Pourtant le même auteur chinois dit (pie tout croyant de cette religion y est obligé. A quelque pays qu’il appartienne il doit, au moins une fois dans sa vie, faire le voyage pour adorer la tombe du prophète et toucher la pierre sacrée.
Notre auteur blâme les mahométans d’avoir fiât des emprunts aux bouddhistes, faute dont ils ne sont pas plus coupables que les chrétiens qu’il accuse du même crime. « Les mahométans, dit-il, adorent Dieu comme les disciples de (( Confucius ; mais ils ont co[»ié sur les bouddhistes leurs prières, leur absti- « nence de diverses sortes de nourriture, leurs notions do rétribution dans « une vie future, les aumônes et autres pratiques de ce genre do minime « importance. » Ils les ont ajoutées comme supplément à des doctrines d’un ordre plus élevé, et certainement, à son avis, cela ne nuit point à l’humanité.
Il spécitie ce qu’il considère comme fautes (d inconséquences dans Mahomet. Il a donné sa fille en mariage au fils de son frère ainé. Ceci paraît aux Chinois un acte contre nature et un i)éché. Depuis environ mille ans avant la maissance de Notre Seigneur, la Chine a la coutume invariable de défendre lr!S mariages entre familles qui portent le mémo num, quand bien même elles n’auraient aucun lien de parenté. Les mahométans comparent les prophètes à un arbre. Ils sont le tronc, les branches, les feuilles et les lieurs, Mahomet est le fruit. Il aurait donc dù être parfait en sagesse et en vertu. « Nous ne (( croyons pas que ce soit vrai, dit le criticpie chinois. Quand, allant à la place
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a de marché de Médine, Mahomet y vit des bouchers qui abattaient des bœufs, « il leur demanda pourquoi ils ne changeaient pas de métier? » « Pourquoi? « répondirent-ils. C’est notre seul moyen de gagner notre vie. » « Tuez des « brebis, dit-il, au lieu de bœufs. » Ils firent selon son avis, et en ce faisant « ils ressemblaient à un ancien roi de Tsé, qui fut si affecté de voir un bœuf « tremblant dans l’attente de la mort, qu’il ordonna d’épargner l’animal et « de tuer une brebis à sa place. Mencius, le célèbre sage chinois, fut témoin (( de ce fait et blâma le roi » Notre auteur conclut que Mahomet étant incapable de sentir que la vie d’une brebis avait autant de valeur que celle d’un bœuf ne pouvait avoir la perfection de la sagesse.
La petite colonie juive de Kaï-fung-foo décline rapidement. Elle n’exerco aucune influence dans le pays. Ses membres ont presque oublié leurs traditions nationales. Il y a quelques années, à Shanghaï, j’eus l’occasion de causer avec trois individus de cette communauté. L’un d’eux était un homme instruit, lettré gradué, qui devait être bien au courant de l’état de l’opinion parmi ses coreligionaires. Il se dégageait de ses renseignements que la connaissance d’une vie future et des prophéties concernant le Messie a presque disparu parmi eux. Ce n’est donc pas sans raison que les juifs d’Angleterre et d’Amérique ont tenté récemment de se mettre en rapport avec eux dans le but de faire élever en Europe quelques-uns de leurs jeunes gens, de se renseigner sur leur condition et de l’améliorer s’il est possible. Ils comptent en tout deux cents individus seulement, derniers restes des colonies juives de la Chine. Le dernier d’entre eux qui sut lire l’hébreu mourut il y a près d’un siècle. Ils ne témoignent aucun désir de recouvrer la connaissance do cette langue et ne semblent pas songer à un réveil futur de leur ancienne condition, ce qui ne pourrait arriver que si l’Empereur prenait l’idée de faire reconstruire aux frais de l’Etat leur synagogue, appelée, selon le style mahométan, /e Temple du pur et du vrai.
Les juifs ont })ris beaucoup des opinions des Chinois, ainsi qu’on peut le voir, par les inscriptions de leurs tablettes, aussi bien que par le fait attristant qu’ils n’ont pas d’autre notion de vie future que celles des Chinois. Ils emploient le mot Tien, Ciel, pour désigner Dieu, sans essayer de distinguer entre le firmament matériel et le maître des deux. Puissance Suprême aux yeux de leur nation. Ils disent, sur une de leurs inscriptions monumentales :
T. A RELIGION EN CHINE
« Rien qu’entre nous et la doctrine de Confucius, il y ait des divergences de (( peu d’importance, le but de la fmdationdo notre religion et de la sienne est « identique. Toutes deux, elles tendent à inculquer dans les âmes le respect « pour le Ciel, la vénération pour les ancêtres, la tidélité envers le prince et « la piété envers les parents, les cinq relations humaines et les cinq vertus carie dinales. » Toute cette phraséologie est entièrement chinoise, elle n’est pas juive. Ceci ne témoigne pas en faveur île leur indépendance et de la foi contîante en l’origine divine de leur religion, qui devrait être le caractère distinctif de la postérité d’ Abraham.
Ils ont conservé un ou deux des traits caractéristiques de leur nation, c’est le respect de la loi et le sabbat du septième jour. Jusqu’à l’époque où leur synagogue fut détruite, ils célébrèrent une fête d’automne pendant laquelle ils se promenaient processionnellement autour de la salle de la synagogue en portant les livres de la loi. Elle portait le nom de fête pour la circulalion du la loi. Jusqu'à ces derniers temps, ils possédaient douze exemplaires du Pentateuque ; ils en ont vendu quelques-uns (pii ont été portés on Angleterre depuis peu d'années. Ces exemplaires ne }»araissent }»as fort anciens. Ils ont aussi beaucoup de simples chapitres do la loi et des livres renfermant la généalogie do leurs familles. Ils constituaient primitivement une colonie importante de soixaiite-dix familles et se tenaient en communication avec leurs frères de la Perse et des autres villes de la Chine. Ce fut, à ce qu'il semble, sous la dynastie Ilan (20l) avant J.-C. à 220 A. D., selon l'opinon de queh|ues auteurs), (pi'ils tirent leur première appariti m en Chine; mais à une époque beaucoup plus récente ils reçurent des renforts venant de la Perse.
Les mahométans de la Chine considèrent presque les juifs comme une secte de leur religion. L’abstinence de la chair de porc et la parenté de leur origine et de leur croyance religieuse en est la cause. Les juifs, i»our se distinguer, se donnent le nom de Teaou-kin-keaou, la secte de ceux qui arrachent le nerf\ et portent un turban ou coilfure distinctive d'une couleur spéciale; du moins les mahométans disent que la couleur du turban est blanche chez eux et que celui des juifs est bleu. Cependant, à Pékin, les mahométans portent une coitfure bleue pour leurs services religieux. Les d(3ux sectes portent à l’ordinaire le vêtement national chinois ; de sorte que cette distinction n’est
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visible que dans réquipeinent du Moollali et autres personnes des deux sectes, quand ils se montrent dans leur costume réglementaire.
C’est dans le nord, dans l’ouest et à Canton, que les maliométans sont le plus nombreux. Pendant le long siège que fit subir à Shanghaï, il y a peu d’années, une armée impériale, je causai avec quelques maliométans de la jirovince de Szé-chuen, partie la plus occidentale delà Chine. Ils soutenaient que la religion chrétienne était conforme à la leur. Quand ils entrent dans l’armée chinoise, il leur est naturellement permis de conserver leurs dogmes l’eligieux particuliers et de suivre le régime auquel ils sont accoutumés. Ils se trouvent unis avec nous sur le terrain de la résistance à l’idolâtrie, du culte du seul vrai Dieu et des dogmes du repentir et de la rétribution future.
A en juger d’après ceux que j’ai rencontrés dans le sud, les mahométans de la Chine sont moins bigots que ceux des autres pays. C’est le résultat de leur existence dans une contrée latitudinaire et cela nous donne plus d’espoir de les convertir au christianisme que les autres sectateurs de l’Islam.
Parmi les sectes de moindre importance une des plus intéressantes est celles qu’on nomme Woo-wéi-keaou. C’est un rameau du bouddhisme. Les mots Woo-wéi signifient inaction. En Chine, ces mots constituent une ])hrase philosophique favorite employée par toutes les écoles de tendance contemplative ou mystique. Les taouistes, parlant do la raison éternelle qui est l’essence de toutes les existences, soutenaient qu’elle ne pouvait être comprise et que notre nature ne pouvait atteindre la perfection que par le repos seulement, par le calme physique et moral, par l’abstention de toute méthode extérieure de ])erfectionnement et par l’incrédulité en l’efficacité de ces méthodes. C’est ce qu’ils appellent, Woo-wéi, )ie rien faire. Les bouddhistes ésotériques se servaient de la même ex})ression. Ils disaient que l’adoration dans les temples, l’usage des idoles, de vêtements spéciaux et de cérémonies particulières étaient inutiles ; le progrès réel se ferait bien plus efficacement par l’abstraction de l’esprit de tous les objets extérieurs et en forçant l’ame à se replier sur elle-même. C’était le principe de Thamo ou Bodhidharma, le fondateur des sectes ésotériques du bouddhisme chinois, et de ses disciples.
La secte que nous décrivons en ce moment fut créée par des hommes que leurs pensées portaient dans cette direction. C’étaient des mystiques qui
évitaient l’idolàti-ie, g-énérale dans la nation, parce qu’ils la croyaient danjie reuse. Ils disaient : « L’univers est un temple immense; le jtarfum des tleurs « est l’encens de la nature pour le Bouddha ; le chant des oiseaux est une niu- « sique spontanément ofïerte en l’honneur du Bouddha; le grondement de la « mer et le rugissement des vents sont des voix de prières et de louanges qui « s’élèvent vers cette même divinité. Il n’est point besoin d’idoles. Les deux « et la terre sont l’image du Bouddha, présent toujours, présent partout. » Cette description nous rappelle des passages semblables de notre poète :
« ’Tis a cathédral boundless as our Avonder,
Whose quenchless lamps the snn and moon snpply ;
Its quire the Avinds and AvaA'es, its organ thunder,
Its dôme the sky. » ‘
Cette secte ne figure pas dans la littérature nationale. Son nom n’est pas cité dans les livres, les traités de ses fondateurs et de leurs disciples sont inconnus en dehors de la communauté qui les honore d’une fois religieuse. Elle n’attire pas l’attention delà classe lettrée du pays, comme les religions du bouddhisme et du taouisme, ou comme le mahométisme et le christianisme. Ses maitres sont Immiyes par le rang, d’esprit peu cultivé, doux en leurs mœurs et fermes dans leurs convictions religieuses.
Cette secte a grandi et s’est étendue, pendant les trois derniers siècles, dans les provinces orientales de la Chine. Ses fondateurs furent persécutés comme révolutionnaires dans la province de Shantung, et quelques-uns crucifiés par ordre des autorités locales.
Je m’entretenais une fois à Shanghaï avec un groupe de Chinois de quelques doctrines du christianisme, quand un sectateur de la religion en question interrompit par cette question : « N’est-ce pas pécher ipie de manger de la « chair? C’est un crime de tuer ! » Au lieu de lui répondre directement, je lui demandai jiourquoi avaient été créés les volailles et les porcs, si ce n’est pour servir de nourriture aux hommes, 11 ne voulut pas convenir que ces animaux eussent été créés pour être mangés, car sa secte est strictement
1 « tl'est une cathédrale immense comme notre admii alion, le soleil et la lune sont ses lampes qui ne s'éteindront jamais; pour chœurs elle a les vents et les vagues, pour orgue le tonnerre, pour dAme le ciel. »
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légumiste ; mais les autres assistants exprimèrent leur approbation. Il demanda alors si manger du beuf n’était pas indubitablement un grand péché, parce que les beufs labourent la terre. Je lui fis observer que, si c’est de l’ingratitude de manger les beufs qui labourent, il y en a un très grand nombre ({ui ne labourent pas et qui ne sauraient être épargnés sous ce prétexte. « En « outre, lui dis-je, on offre des beufs en sacrifice à Confucius, et lui aussi man- « geait du beuf; de sorte que l’idée générale en Chine que l’on ne doit pas se « nourrir de beuf, n’est pas soutenue par l’exemple de l’homme que ses compa- « triotes vénèrent comme le plus sage de leurs sages. » Je lui demandai alors s’il adorait les images: « Non, dit- il, nous adorons le Bouddha de l’espace « vide. » « Pourquoi, lui demandai-je, lui rendez vous hommage ? Il n’est ni un « empereur, ni un père pour vous. Pourquoi n’adorez-vous pas Dieu, qui est « tout à la fois votre empereur et votre père ? » Au lieu de répondre, il demanda comment on pouvait adorer Dieu. On lui dit qu’on adorait Dieu en le respectant et en lui adressant des prières. Il remarqua alors que la secte à laquelle il appartenait avait eu deux de ses chefs misa mort par crucifiement. C’était, disait-il, un point de ressemblance entre leur religion et la nôtre. Nous lui apprimes que la mort de Jésus différait de celle des autres crucifiés par la circonstance qu’il était né et mort volontairement pour le salut des hommes.
Les Chinois, à quelque religion qu’ils appartiennent, ont l’habitude de chercher des similitudes entre leur système et celui des autres et, quand ils en ont découvert, ils affirment que les principes des deux systèmes sont identiques.
Dans les salles où se célèbre le culte de cette secte se trouve une tablette dédiée au ciel, à la terre, au prince, au père, au maitre. De petites tranches de pain, ou bien des boulettes de riz gluant sont placées devant cette tablette, ainsi que des tasses de thé ; c’est de là que viennent les noms de Religion du gain et Religion du ihé, sous lesquels cette secte est également désignée.
Je demandais un jour à un fidèle de AVoo-wéi-keaou comment il accomplissait ses devoirs religieux. Il me dit qu’il ne voyait pas d’inconvénient à me le montrer. Il s’assit alors sur un tabouret les jambes croisées. 11 se tint d’abord tranquille et les yeux fermés; mais par degrés il s’agitait de plus en plus sans rien dire. Sa poitrine haletait, sa respiration était oppressée, ses
yeux lançaient des éclairs, il semblait en proie à une possession démoniaque. J’attendais qu’il proférât quelque oracle ; mais, après être demeuré quelques minutes dans cet état de surexcitation, il s’arrêta subitement, quitta le tabouret où il était assis et reprit l’entretien avec autant de calme et de raisonnement que précédemment. Les assistants disaient que cet homme était capable de faire sortir son âme de son corps et de la forcer ù y rentrer cà volonté. C’était l’explication qu’ils donnaient au phénomène dont j’avais été témoin.
La sincérité si simple des sectateurs de cette religion a attiré l’attention des missionnaires européens. Ces religionnaires montrent plus de profondeur et de sincérité dans leurs convictions qu’on ne le voit ordinairement cliez les autres sectes de la Chine. Ceci, joint à leurs protestations énergiques contre l’idolâtrie, leur a attiré l'intérêt des étrangers qui ont fait quelques efforts pour les instruire dans le christianisme. Parmi les convertis protestants se trouvent quelques-uns de ces hommes, mais on ne les a pas tous décidé â abandonner leurs liabitudes légumistes. Ils sont depuis si longtemps accoutumés à ce régime que la nourriture animale leur cause un extrême dégoût. On les prévint que le christianisme n’imposait aucune loi ipiant â la nourriture et qu’il leur était loisible de continuer leur régime, s’ils le désiraient, de sorte qu’ils rejetèrent leur ancienne opinion qu’il était criminel de prendre une autre nourriture et que le régime léguniiste était à la fois méritoire et le seul permis.
Les livres de cette secte sont écrits sous forme de dialogue ou de narration. Les principaux orateurs et acteurs sont leurs trois fondateurs. Ces livres sont composés selon le modèle ordinaire des ouvrages liouddhiques. Le maître discute avec ses disciples ou des adversaires de ses doctrines et les dogmes à développer sont exprimés sous forme de conversation.
L’origine récente de cette secte et sa grande i»ropagation dans les villages de la Chine orientale prouve qu’il y a encore dans le bouddhisme quelques restes de vie. Dans le bouddhisme orthodoxe, la vérité paraît ne pas exister et la majorité des moines manque de foi sincère. Ils adoptent le vêtement particulier et la discipline de leur secte simplement comme une profession pour gagner leur vie. (Juand ils embrassent la vie monacale, ils abandonnent naturellement leurs occupations séculières. Pendant une heure ou deux par jour, ils ont à chanter leurs livres sacrés et sont oisifs le reste du temps, sauf
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quand on les ap[)elle pour accomplir les services pour les morts, ou à l’occasion des grandes fêtes. Ces hommes présentent un contraste qui n’est pas en leur faveur avec les Woo-wéi-keaou qui continuent leurs métiers, portent l’habit ordinaire du pays et montrent une foi solide dans leurs croyances.
Cependant les classes gouvernantes de la Chine leur refusent l’ardeur religieuse et les représentent toujours comme une secte pt»litique. Ils ont été persécutés sous ce prétexte par la dernière dynastie chinoise indigène et ils sont encore désignés comme secte })olitique dans l’Edit sacré par lequel l’empereur met le peuple en garde contre les sectes fausses et dangereuses.