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CHAPITRE XVII

VOYAGE A WOO TAi-SHAN

(de péking a lung-tsuien-k wan)

L’émotion causée par le mariage de l’empereur était immense; elle arrivait à son comble dans la nuit qui précéda notre départ pour Woo taïslian, moment fixé pour la [)rocession nuptiale. Dans ces occasions, ce n’est pas de la joie que le gouvernement chinois demande à la population, mais de l’adoration. L’Empereur et l’Impératrice sont considérés eu quelque sorte comme des divinités; on doit éviter tout ce qui pourrait ressembler à de la lamiliarité, même à très grande distance ; aussi personne ne peut circuler dans les rues; on impose un silence parfait, et des ordres sont donnés afin que personne ne puisse regarder, même des maisons qui bordent la route, jumdant que passe la procession. Si on apercevait une lumière dans quelque maison, le propriétaire serait immédiatement [»uni. Et cependant, dans les ténèbres des demeures, des multitudes de curieux se pressaient derrière les contrevents fermés, des jeux plongeaient avidement dans les rues illuminées en tous sens par des lanternes de papier rouge; car la société de Péking était agitée jus({ue dans son centre. Qui donc eût consenti à manquer l’occasion de contempler la plus intéressante des processions ?

Par extraordinaire, Saï-Slianga, grand-père de la nouvelle Impératrice, reparaissait en cette occasion comme s’il sortait du tombeau. Plusieurs années auparavant, il avait été nommé généralissime pour réduire les Taïpings rebelles. Avant échoué, il fut proscrit et privé de toute sa puissance et de ses

fonctions officielle'. Longtem|)S on l’avait cru mort; maintenant il re|»renait son rang' à l’improviste par suite de l’élévation de sa petite-fille.

Depuis l’époque dont je jiarle les deux conjoints impériaux sont morts et la Chine est entrée de nouveau dans une période de régence gouvernementale.

Nous quittons Péking le 10 octobre 1872, à dix heures et demie du matin, ayant été retardés par le ferrage des mulets. On ne les ferre que des pieds de devant. Cinq mules de charge et un poney constituent notre cavalcade; nous sommes trois, un missionnaire américain et deux Anglais, avec un catéchiste indigène et un domestique.

A ce moment de l’année, nous pouvons es])érer un beau temps continu dans h' Nord de la Chine; nous avons ]>lus de chances de ne point avoir de pluies ipi’au mois d’octobre en Angleterre. Ici les nuages pluvieux passent, les semaines succèdent aux semaines et le soleil brille sans interruption. Dans cette partie du monde, octobre est le plus beau mois pour les touristes.

Notre colonne suit les grandes rues de Péking, larges de cent vingt pieds, pour éviter la foule qui encombre les voies plus étroites. Franchissant la }>orte appelée llatamen, nous prenons une route qui se dirige sur Choo-she-kow, [)ar le centre de la ville chinoise et de ce point nous nous dirigeons à l’ouest vers le champ d’exécution et la porte nommée Chang-yé-men. Les cinq milles de boutiques, que l’on traverse avant de sortir de la cité, donnent une haute idée de l’activité vitale et commerciale de cette capitale.

Nous avons le plaisir de constater que la récolte du coton a été bonne ; nous en voyons la preuve dans les nombreux convois de chameaux chargés de balles de deux cents livres de coton venant de Pau-ting-foo (jue nous rencontrons en chemin. Eloignée do Péking de ({uatre jours de marche, cette grande région cotonnière constitue un élément important dc' la ricln.'sse delà province et fournit à la population du Tcliéli septentrional et du Shansé des robes de coton bh'U pour l'été et des vêtements ouatés [>our l’hiver. Ouel avantage de récolter chez soi le coton, si indispensable au peuple dans les hivers rigoureux [)endant lesquels il lui faut non seulement de longues robes et des jaquettes, mais des bas, des pantalons, des souliers, des couvertures de théières, des rideaux de porte, des couvertures délit, des coussins, des matelas, des couvertures de meubles et de voitures !

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Ou se demande comment ce peuple pouvait faire autrefois, quand il n’avait pas le coton, car il ne le possède que depuis quelques siècles. On se rend compte de ce qu’il en était quand on })ense aux toisons des innombrables trou- Iteaux de brebis et de chèvres épars dans les plaines de la Mongolie et dans les montagnes de toutes les provinces septentrionales de la Chine. Mais on a maintenant des vêtements plus confortal)les et plus de monde à vêtir qu’on n’en avait dans ces temps antiques.

En quittant la porte de Chang- yé-mon, nous nous trouvons sur cette chaussée pavée, si fréquentée, que le voyageur suit pendant vingt li ou sept milles, pour arriver au pont de Loo-kow-chiau. En certaines saisons do l’année, elle est animée par un roulage considérable. C’est par cette voie que vient le charbon que Fang-shan et Ta-an-shen fournissent à Péking ; c’est jiar là aussi qu’arrive la chaux deHwei-chang et que passe tout le commerce de l’ouest et du sud-ouest. Elle offre quelquefois au regard une file non interrompue de chameaux, de mulets et d’ànes. Combien de faux pas ne font-ils pas sur les pierres usées de cette route? Quand un pavé s’enfonce plus que ses voisins, on ne fait rien pour le remplacer ou pour remplir le vide. Réparer sans l’ordre de l’Empereur une route impériale ou une ruine, serait regardé comme une présomption offensante et digne de châtiment. Aussi chaque nouveau convoi de bêtes de somme trébuche, par tous les temps, dans les ornières de la route, ainsi que cela se passe depuis tant d’hivers et tant d’étés, sans que jamais personne ne s’avise de murmurer ; et d’année en année le mal va grandissant, tandis que des générations nouvelles succèdent aux anciennes. Des jardins potagers l)ien tenus l)ordent la grande route.

Au bout de cette chaussée, un joli pai-low, ou arcade publique, forme une sorte de gare. Encore trois milles à travers une contrée en friche qui, à une époque reculée, a peut être été ravagée et changée en désert par une inondation des rivières voisines, et le voyageur arrive au pont. Sur les parapets de ce pont, nous remarquons deux cent quatre-vingts lions ; dos éléphants placés aux extrémités soutiennent l’édifice avec leurs trompes et leurs défenses. Le symbolisme chinois se plaît à soumettre à l’homme les animaux les plus puissants et à les re[)résenter dépouillés de leur férocité naturelle sous son influence régénératrice. Le pont traverse un courant large et rapide; l’eau arrive des montagnes abondante et boueuse. Le courant grossi se précipite

avec impétuosité dans le lit de la rivière et paraît menaçant; plus fort il romprait ses digues. Nous verrons bientôt de nos yeux ce qu’il peut faire.

Il est tard et nous nous arrêtons pour la nuit dans la cité commerçante de Ghang-sin-tién. Nous nous logeons dans une auberge. Une promenade autour de notre quartier nous amène à l’est de la ville, elle s’étend du nord au sud dans la localité qui aété dévastée par l’inondation de l’année dernière. Jusqu’à l’été de 1871, il y avait là un bon terrain planté de riz. La rivière qui se trouve à un mille au nord fournissait l’eau pour la culture. Elle a débordé juste en cet endroit; comme les champs de riz sont en contre bas, ils ont été entièrement couA’ertspar un large torrent qui se précipitait vers le sud-ouest et laissa sur les champs un dépôt de pierres et de sables de trois à quatre pieds d’épaisseur. Ce dépôt a un mille de largeur, au point que nous visitons, et s’étend à huit milles de distance ; il a entièrement détruit les cultures sur tout l’espace qui sépare ce })oint d’une autre rivière. Dans l’été de l’année précédente, j’avais vu cette rivière à un mille et (piart au-dessous dupont, peu de temps après son débordement.

Nous nous dirigeons vers ce point à travers les sables. Le sol que j’avais vu alors sous les eaux du torrent furieux, est bien celui que nous contemplons aujourd’hui, jonché des débris des arbres et des chaumières. Les paysans qui causent avec nous paraissent désolés. L’un a perdu cent mow, ou 70 acres de bonne terre et il ne lui reste plus que 30 mow. Un autre, qui habite à qiudques milles au sud, me dit, le lendemain, ipi’il a perdu 50 uioaa' qui lui rendaient chaque année un nombre égal de taëls d’argent. Naturellement il paraît désolé. Cette terrible dévastation pousse ceux (les Chinois) qui en ont été les témoins ou h‘S victimes à iiiqdorer la protection du ciel et des dieux.

A Laporte de Ghang-siii-tién est affichée une }iroclamation de l’autorité militaire avertissant les habitants qu’une revue d’artillerie sera [»assée près du })ont par les officiers siqiérieurs qui, chaque anmie, sont envoyés de Uéking, les prévenant qu’ils ne doivent }»as augmenter Las prix des légumes sous le prétexte de l’arrivée des troupes, ni ramasser les boulets de canon, ni causer aucun désordre.

Notre auberge est })leine de mulets de bat et de bêtes de somme. Sortis (h,; Uéking depuis peu et n’ayant [>as voyagé depuis longtemps tout nous divertit.

Ann. g. — IV 33

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Des inscriptions dans le stvle habituel ont été écrites sur les murs de notre chambre par des voyageurs de [tassage. Eu voici une comme exemple : « Ki sheng man tiéii vue, jeu tu pan cliian shwang. » Dins V auberge au toit de chaume, on entend, quand la lune briUe, le chant de la corneille ; sur le pont de bois, quand il qèle, se voient les traces des pas. — Ges deux lignes sont très populaires et à juste titre. Elles sont évidemment l’œuvre d’un véritable poète. Les mots sont peu nomljreux et parlaitenient choisis ; ils font une doulde [teinture, remarqualde par sa concision et son exactitude, de l’intérieur et de l’extérieur du logis du voyageur. Mieux vaut ne rien dire des mauvais vers des barbouilleurs. Ils feraient, dans mon récit, aussi triste figure que sur les murs de l’appartement meublé de notre hôte.

17 octobre. — Aujourd’hui nous avons été retardés par une pluie comme il en tombe quelquefois en octobre. Partis à 11 heures du matin, nous atteignons Lieu-li-ho dans la soirée. C’est une ville importante comme point où l’on charge la chaux et le charbon des collines de l’ouest pour les conduire à Tientsin. La route commence à traverser des collines de loess, cette [)oussière seche, d’un luuin uniforme qui caractérise le nord de la Chine et, pendant plusieurs milliers de milles, constitue la base de son sol, ainsi que de celui delà Mongolie méridionale et de la Mantchourie. On trouve ce terrain des deux côtés de la chaîne des monts Taï-hang que nous traversons en allant à Shansé. Si on ne le rencontrait que sur le versant intérieur de la montagne, on pourrait dire que c’est un dépôt lacustre; mais il se trouve également sur les pentes orientales de cette chaîne et, en beaucoup d’endroits, rec(juvredes collines granitiques et calcaires, de sorte que l’hypothèse de l’action d’un tourhillon dépoussiéré, émise par Richthoven, paraît être la meilleure. Dans des plaines ou dans des terrains légèrement ondulés tels que ceux que nous avons vus aujourd'hui, où des masses de loess non stratifié forment des monceaux uniformes de fin terreau éminnnnient propre à la culture, l’hypothèse de Pumpellv d’un dépôt lacustre et fiuvial semlfie inadmissible. Cette hypo* thèse s’appliquerait plutôt aux lits d’anciens lacs, tels que les vallées et les plaines du Shansé. Le clivage vertical dont [»arle Richthoven se rencontre partout dans les régions formées de ce terrain.

Nous traversons le Tsing-ho, qui sort des collines avoisinant Loo-Kov*chiau, et nous remarquons qu’il suit la gauche de la route pendant plusieurs

milles. Là se trouve un pont, pareil à celui que nous avons déjà signalé, orné d’éléphants et de lions rangés sur ses jtarapets. Liang-liiang est une cité avec une pagode. Les récoltes sont belles dans la i)laine. Le blé d'automne pousse; il est semé en grande (piantité. Avant d’arriver à Lieu-li-bo nous suivons, pendant prés d’un mille, une large chaussée pavée. La grande abondance des eaux provenant de ruisseaux et de sources cachées rend le pavage nécessaire. (Juelques rivières, telles que leTsing-bo et le Hv'un-bo, suivent les vallées des montagnes dans toute leur longueur et arrivent ainsi dans la plaine. U’autres proviennent de sources peu distantes du [)ied de la chaîne ; il en est de même pour quelques torrents dans la partie sud et au delà. Les hat''aux de Lieu-li-ho [)rennent des chargements de plus de quatre cents livres de charbon ou de chaux. Ils reviennent avec du blé et d’autres céréales. La ville compte cinq cents maisons.

18 octobre, — Nous allons déjeuner à Gho-chow. En a[)i»rochant de cette ville nous passons en bac le Ivou-ma- ho, rivière qui est très grosse cette année. Elle vient de Kwang-chang, au nord-ouest de Yu-chow, se dirige à l’est en passant à côté des tombeaux impériaux situés au nord, puis tourne vers Cho-chow. Scèm* animée. Une foule de passagers remplissent les bacs ; un y i>lace aussi les charges des mulets aux(juels on prodigue les caresses pour les engager à passer l’eau à la nage. Un fort détachement de soldats, armés de carabines à baïonnette de fabriipie étrangère, passe en même temps qu) nous. Ils nous disent qu’ils parcourent les routes à la poursuite des brigands. (Linciiu d’eux retient d’une main sa carabine placée lurizontal nnent sur ses épaules et porte un drapeau de l’autre. Un ofticier décoré du bouton rouge commande ce ilétachement, ou bien il voyage avec ces soldats. Des marclnmds de dates fraîches et de [làtisseries se livrent à leur commerce sur les bords de la rivière. De temps en temps, un àne folâtre reste en arrière de ses compagnons et hésite, à les suivre de l’autre côté du cours d’eau. Les bateliers à moitié nus sont alors obligés d’employer tous les moyens de p('rsuasion imaginables pour décider l’animal à avancer.

Le i>oisson abonde à Cho-chow. On nous sert à déjeuner le fameux Lé-yu (carpe). A peu de distance du bac, on rencontre un joli pont; à son extrémité nord, est une légère arcade qui franchit la route. Ses inscriptions constatent qiu' le pont et la chaussée ont deux mille pieds de longueur. 11 a

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été construit, il y a une cinquantaine d’années, par un magistrat zélé pour le bien public. La muraille et les portes de C!io-clio\v sont imposantes. En dedans de la porte du nord se trouvent deux pagodes de la dynastie Sung ; on monte a celle du nord par un escalier ménagé en plein mur. La pagode du sud est ornée sur chaque face d'une sculpture en relief re[U‘ésentant Bouddha. Elles ont toutes deux cinq étages.

Après avoir traversé Sung-ling-tién, six milles et Kan-péi -tién, quinze milles, nous nous apercevons, par les indications des routes, que nous sommes dans un pays de vieilles traditions. Oui. en Chine, n'a entendu })arler de Lieu-peï qui réussit, en 221 A. D. à se faire empereur de la Chine occidentale grâce à l’aide de Choo-hi-liang, le plus sage des conseillers et de Kwan-yun-chang, le plus lidèle des héros? Les empereurs et les lettrés de la dynastie Sung se plurent à donner à ces hommes une place dans l’histoire plus élevée qu’ils ne l’avaient eue jusque-là. Ils ont fait de run un modèle d’Empereur, famille impériah} de Han, qui montra dans la lutte qu’il soutint pour le pouvoir de la i)ati.‘uce, de la sagacité et de la persévérance. Après eux. la dynastie mandchoue a fait une divinité de K\van-ti et encouragé le culte qu’on lui rend comme dieu de la guerre et personnitication de la fidélité et des vertus militaires. Un monument élevé au bord de la route apprend au voyageur que le village voisin est la patrie de Lien-péï. Un autre indique rancienne demeure de Chang-féï, son fidèle ami et })artisan. C’est l’antique Lieu-sang, le mûrier de la tuar. Lo village de Chang-féï, très voisin, est aussi signalé par un monument. Tout près de là se trouvait le réservoir où le digne vieillard puisait de l’eau. Ainsi parle la tradition.

En arrivant à Sung-lin-tién, à six milles de Cho-cliow, nous atteignons Yu-choAv, la route de l’ouest. Chdnza milles plus loin, nous trouvons Kau-peïtién. Là, nous nous trouvons au milieu des dernières plantations de coton, entremêlées de champs de blé nouveau. Les cultivateurs ne laissent pas monter les plants de coton afin d’augmenter le rendement. Les plants n’ont que dix jiouces de haut.

Samedi 19 octobre. • — ■ Ce matin nous avons laissé à notre droite la cité de Ting-lin. Elle est entourée d’un petit mur bien construit. Au sud de cette ville, est un monument dédié à Tan-taë-tsi, des Etats rivaux (Ghan-kwo) 3U0 avant J.-C. Il appartenait au royaume de Yén, dans la province moderne

I,A RELIGION EN CHINE

de Gliili-li. Il prenait ouverteinenl les hommes liabiles à son service, et, dans l’endroit indiqué par le monnment, il avait installé nn In'a’os, King-Ki, dans nne t<»nr nommée Hwang (jaune) Kin (toile, c'est-à-dire dans le sens actuel iurhan) tai (tour). Ce héros résolut d’assassiner h^ prince de Tsin, père de rEni[)ereur (pii hrùla les livres. Il voulait montrer ainsi son d(‘Vouement pour le prince de Yén. Comme il s’ap[>rochait le sabre nu pour exécuter son dessein, il fut attaqué et tué par les serviteurs du roi de Tsin.

Nous [lassons ensuite le Kou-ma-ho, rivière qui vient de Kwang-chanp, à l’est de Tsi-king-kM an, cou[)e la g'rand(‘ muraille, laisse au sud le cimetière impérial de l’ouest et se dirige vers b'S lacs [»ar I/iï-hui et Ting-ling, au sud de Clio-chow. Nous le traversons à Peïhu, à tr(ûze milles de Cho-chow. L’eau est tro|) [irofonde en ce point [>our que les mules puissent passer avec leur charge, (jue nous contions aux hat(-di(U's du bac. Les mules sont presque obligées de se mettre à la nage à cause de la grande [u'ofondeur de l’(3au, résultat des inondations récentes. A[>rès avoir (bqeuné à Ku-cbeng, [letite ville remar(piable surtout [>ar ses nombreuses aulierges, un peu au nord d’An-su, la ville où nous comptons [lasser le dimanche, nous arrivons à Pai-ta-tsun, village ([ui [xjssède une jolie [tagod(‘. An-su est un village d’aflàires ((ui possèdiq au nord, nn faubourg d’un mille de longueur et b('aucoup de monuments en l’honneur des })lus re>[)ectés (b^ ses habitants. A vingt-trois milles chinois à l’ouest de cette ^ ille, les catboli([ues [(ossèdent une école et une -mission. On dit ([u'ils y ont tout un état-major, évêque et clergé, des écoles pour des enfants de tous les âges, des églises (ù des maisons })Our leurs résidents.

Dimanche 20 octobre. — Mes compagnons sortent [»our distribuer des livres et parler au peu[)le. Une indisposition m’eni[)ôcbant de marcher, je reste à l’auberge pour recevoir les visiteurs. BientiA arrivent ([iiel([ues re[U'ésentants tle très bonnes tamilles. Je [>arle [de la religion chrétienne et du mouvement de la terre. Après avoir ex[)liipié la rondeur du globe et ses nivolutions diurne et annuelle, je leur demande s’ils y croient. Le [>bis bavard hésite; le plus tran([uille répond : « Oui, nous le croyons. » Je leur demande s'ils ont entendu parler du Gheng-cha-pi-ki , ouvrage en trois volumes [»ublié par le premier envoyé de rem[)ereur en Europe. Pin-cben, mort actuellement. Ils ré[)ondent qu’ils ne le connaissent pas. Un ouvrage de ce genre.

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élégamment écrit en prose et en vers, ne se répand pas au loin dans la société chinoise. Les libraires chinois ne font rien pour activer la circulation des nouveaux livres. Ils vendent à Péking quelques centaines d’exemplaires et c'est tout. (Quelques années après, le même ouvrage sera peut-être réimprimé par quelque riche amateur d’une ville éloignée. Aucun de mes auditeurs ne connaissait le mouvement de la terre. Notre instruction pénètre lentement dans la classe qui lit, à cause de la pauvreté générale du peuple, du manque de commerce et de journaux, de la stagnation des idées et de l’absence de communications rapides et régulières. Le maître de l’auberge vient aussi me demander des livres et me dit qui sont mes visiteurs.

Nous avons trouvé à An -su une odieuse particularité. Des chanteuses armées de guitares infestent les gîtes des voyageurs et semblent être établies de fondation dans toutes les auberges. Elles entrent dans les chambres sans qu’on les y engage et si nous nous en plaignons à notre hôte, il se met à rire en disant qu'il ne peut les en empêcher. Il est probablement payé pour être inditférent. Toute la soirée nous entendons leurs chants et leurs guitares dans les chambres voisines. Elles chantent mal ; ce n’est qu’un prétexte pour pénétrer dans les auberges. Elles disent: « Je voudrais entrer pour chanter, » et elles entrent avec des airs d’artistes. Dans Tun des contes dramati({uesles ]ilus célèbres une jeune femme chinoise, distinguée par sa i>iété filiale et ses autres vertus, va chercher son mari à la capitale en mendiant le long de la route avec sa guitare. Il se nomme Ghwang-yuén. Elle le trouve devenu illustre par sa science, favori de la cour et })arvenu au faîte des honneurs, (hhte histoire très populaire a entouré de beaucoup de respectabilité cette situation d’une fille qui chante en s’accompagnant de la guitare. Mais actuellement c’est une étiquette pour les débauchées.

Lundi 21 octobre. — Aujourd’hui nous sommes ariivés à midi à Pau-tingfoo après avoir traversé la rivière Tsau, nous en bateau et les mules à gué avec leur charge. Longtemps avant d’arriver à la ville, nous entendons de lointaines détonations. Cette fusillade provient de Kin-taï, iour d’or, terrain de manœuvre au sud-ouest de la ville, lieu habituel des exercices militaires dans les villes. Quand les cités sont grandes et ont dans leurs murs des espaces convenables, le champ de manœuvre est à l’intérieur. Les murs de Pau-ting n’ont que quatre milles anglais de circuit ; c’est peu, eu égard à son rang de

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