I.A REMGION EN CHINE
ville principale do la proviiic/' et probablement ('11(3 sera bientôt laobiite au rang de département ordinaire. Dopuis b' massacre do Tien- tsin, le gouverneur général a reçu l’ordre de résider neuf mois de l'année dans cette ville })lus grande et plus importante par son commerce. Encore quelques années et le gouvernement verra (pie, même pendant riiivoi’. il est inutile que le gouverneur général réside à Pau-ting. Tien-tsin d(,'viendra alors la capitale de la province. Quand nous avons traversé Pau-ting on en réparait b's murs. Nous rencontrons dans une auberge un Américain de nos amis: il allait (bi Kalgan et Yu-chov à Tien-tsin et arrivait [(ai' Kwang-cbang et Foo-too-yu. au nord-ouest.
En quittant cette ville nous changeons de route pour nous dirigera l’ouest. Comme ce matin le pays j)araît très fertile. Outre la culture du coton, du bbi et des autres céréales, le poiqde s'occupe de filature et de tissage. Ils font aussi du papier neuf avec du vieiiv, industrie (pii est très répandue dans toute cette [U’ovince. Nous nous arrêtons pour passer la nuit à Peï-poo et la 011 nous dit que nous sommes à 500 li (100 milles) de AVoo-taï. C’est la route que suivent ordinairement les Lamas qui viennent de Péking et, tout en cheminant, on peut voir parfois des pèlerins plus dévots que de coutume qui se prosternent la face contre terre tout le long de la route qui conduit aux montages sacrées. Voici quelle est leur idée : AVoo-taï est la région favori t'i du Bouddha et de Manjiisri, sou grand Bodhisattva. S'incliner et s’étendre tout de son long devant les images est méritoire. Le faire tout le long de la route doit être bien plus méritoire encore. Le pèbu'iii se dit: « Je vais faire « un vœu. Je vais donc me prosterner tous les trois pas. Bien que la distance « soit longiuy j’arriverai dans uu, deux, ou trois mois et je pourrai revenir « sans me prosterner. » 11 n’y a que les Mongols qui agissent ainsi. Nous n’avons ](as entendu dire (pie les Chinois fassent de ces sortes de [tolerinages. Les Mongols y sont [(oussés par leur v(uiération pour M'oo-taishan et leur désir do se conformer à une coutunn' (pii s'est répandue parmi eux. Les fhiiiois, eux, ont leurs cages hérissées de clous dans lesquelles ils demeurent trois mois sans sortir un seul instant et cela vaut bien autant, à moins que cet empi isonuement ne soit plus facib:' à siqi[)orter.
Nous sommes venus déjeuner à Wan-bién. C'est une petite cité dés^rt(''. Bientôt a})rès, nous passons à Ma-ri-chan, colline isolée au milieu de la idaine
ANNALES DU MUSEE GUIMET
et surmontée d’un temple et d’une pagode. Elle a la forme d’une oreille de cheval, de là son nom de Ma-ri-chan. Derrière cette colline, à 10 lia l’ouest, cstTang-liién, résidence de l’empereur Yau, avant son avènement au trône. Tout près de là, coule la rivière Tang. C’est de cette rivière et du pays que rem[)ereur a pris son nom de Tang-yau. Sa mère hal)itait sur une colline voisine. Mais de nos jours respecte-t- on aucune vieille tradition? Les critiques sans ]»itié de l’ancienne Chine ne laisseront rien debout de ce curieux édifice de grandeur et de détails arides que les Chinois appellent histoire ancienne. Le temple, où maintenant l’on adore Tang-j-au, est plus au sud sur la route de Koo-lcwan et nous devons en être Icin.
A Tang-liién, nous trouvons le peuple de toute la contrée environnante réuui pour une foire. La rue est encombrée par la foule. 11 y a là au moins trois mille acheteurs, vendeurs et curieux vêtus en grande partie de jacquettes de coton ouaté et de pantalons de cuir ou de coton. Nous mettons nos livres en vente à un prix aussi })eu lucratif que d’ordinaire, aussi sommes-nous entourés d’acheteurs avides et, à la nuit, nous fermons notre compte (pii se compose d’un monceau de monnaie montant à environ un dollar et demi, ce qui représente une très grande quantité de ventes séparées. Cette nfiit, probablement, dans tous les villages à la ronde nos livres seront lus à la lumière vacillante de la petite lampe à huile, avec sa petite mèche de moelle de jonc, qui sert aux Chinois depuis tant de siècles. On ne trouve pas de chandelles dans les hocalités situées en d(3hors des grandes routes. Dans peu d’années peut-êti e tout le peuple ein[)loiera le jiétrole apporté par chemin de fer de l’ouest de la Chine où il est très abondant. Cette huile se brûlera probablement dans des lampes de fer fabriquées par les artisans de Shansé sur les modèles américains et vendus à un shilling pièce, prix que le peuple })Ourra payer idus facilement alors qu’il ne le pourrait maintenant. Si cependant ils devaient attendre cinquante ans cette amélioration, ce serait très fâcheux et malheureux pour le peuple dont h^s maisons sont très sombres de nuit, exco})té quand il s'agit d’une noce; dans ce cas, la scène est éclairée par des chandelles de suif de mouton.
Des inscriptions tibétaines sur les murs deTauberge, nous rappellent que beaucoup de Lamas parcourent cette route.
Jusqu’à Wan-hién nous sommes sur un terrain calcaire, àTang-hiéii, il se
traiisforine en g'i’és. Nous (‘oniniençons à l’oncoiiti’er dos voitures cliargées do jarres de grès se rendant à l’an-ting -foo. On les vend 1 ,-300 cash pièce, soit un peu plus d’un dollar, (les jarres dressées dans les maisons servent à contenir de l’eau, on les noinine shoui-kang.
Mercredi 23 octobre. — (Juitté Tang-hién à trois heures du matin et arrivés à neufheures à l'a-vang, distant de ipiarante li. La route est agréablement parsemée de jolis villages. Le iienplier ci'oit en abondance et tait un charmant elFet dans le paysage. 11 relève le brun du sol par sa forme élancée et son écorce Idancbe qui contraste agréablement avec le vert fjiicé de ses feuilles. Ici on peut voir des maisons de pierre semblables à des forteresses, là un attelage de pesantes charrettes cbarg(''es de coton, de grains ou de grandes kangs de poterie de grès. Ici, nn gamin, du haut d’un terrain élevé de quorant(’ }»ieds, regarde avec une curiosité mêlée de pour ces gens étranges, aux yeux bleus et aux longues barbes qui passent à cheval. Il ignore qui ils sont; il conservera cette apparition dans sa mémoire comme un miracle inexpliqué.
Nous sommes entrés maintenant dans la contrée montagneuse. De clairs ruisseaux d’eau do source, ayant un léger goût do idiaux, coulent sur un fond de grès. On voit partout des carrés de beaux choux rentiés on forme de boule. Ils ne ressemblent pas an choux oblong d(^ Shantung nommé hwang-pa, bouion jaune, mais à celui de notre pays. Ils sont très abondants a Sbansé. L’œil rencontre à t(jut instant des datiers déiiouillés de toutes leurs feuilles, lie l)onnes fèves, des patates douces et rignamo chinois; çà et là une vieilli' grange presque en ruines et ouverte à tous les vents, mais protégée contre les orages [»ar de grandes bottes de paillo et de tiges de Kan-liang fnirrées dans des trous ; vue éminemment pro[>re à engager le voyageur à moralism' sur les défauts du propriétaire paresseux.
Nos mules, dont l'allure no dépasse pas trois milles à l’heure, se réjouissent du voisinage de la contrée montagneuse, car elles sont accoutumées à grimper, à placer soigneusement leur pied entre les ])ierres, à tourner court dans les angles aigus, à monter des chemins escaiq>és, à traverser les rivières et parfois à être un peu malicieuses et à désarçonner leurs cavaliers. Si le sol est couvert de poussière la mule plie ses pieds de devant et s’agenouille, faisant ainsi savoir à soncavalier qu’il est engagé à rouler suc ce lit moelleux; il sera Ann. g. — IV Cl
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bien malin s’il peut la faire relever sans avoir perdu son siège sur le dos de l’animal.
Nous traversons la rivière Tang-lio bientôt après avoir quitté Fa-yangtién. Elle coupe la grande muraille à Tau- ma-Kwan de Ho-Kién-foo, préfecture dans le sud-ouest. Un pont de bois est jeté juste au-dessus du cou- Huent de la rivière et du Siau-tsing-bo, torrent dans la vallée du([uel nous entrons maintenant et que nous remontons pendant plusieurs milles; nous traversons la rivière en plusieurs endroits, l’eau n’atteignant pas plus haut que le milieu des jambes de nos mules. Quittant cette vallée nous montons par des terrasses successives une région élevée, qui n’olfre à nos yeux de tous côtés que de vastes surfaces de loess bien cultivées. Enfin à Ké-yu nous atteignons le lit d’un autre torrent, le Sha-lio; c’est la troisième rivière que nous voyons aujourd’hui. La première était le Tang-ho, profonde et rapide, se précipitant avant fureur sur les pierres et le sable; nous ne l’avons vue (ju’une seule fois. La seconde le Siau-tsing-lio, que nous avons traversé six fois en six milles do chemin. A chaque gué, se trouve un pont de planches })Our les piétons, parmi lesquels on compte beaucoup de Lamas en pèlerinage. Los planches reposent sans être fixées sur de fortes piles, afin qu’on puisse facilement les enlever, en été quand la rivière grossit, en hiver quand elle gèle; quand on attend une inondation on enlève les planches et les piles. Les huit milles do haut pays de loess que nous avons traversés avant d’arriver à Sha-ho peuvent servir à élucider la question de l’origine probable de ce terrain. lime paraît être une immense colline de sables large de huit milles, placée entre deux rivières et formée, comme le sont les dunes, par le vent. Pou d'années (trente, cent ou deux cents, nous ne pouvons préciser) suffisent aux vents pour amonceler des dunes autour des murs de Péking, entre les contreforts, cà la hauteur de 10, 20 pieds et plus; le mur du temple du Ciel, qui n’est garanti par rien, en est un exemple. Dans la campagne un bouquet d’arbres ou un village peut être un obstacle suffisant pour amener la formation rapide de monceaux de sables de proportion considérable. Je crois donc que la poussière, qui compose ce terrain de loess, dont les excellentes qualités agricoles ont été décrites par Richthoven, a été entraînée par le vent contre la liarrière formée par la chaîne des monts Taï-hang- shan, au pied desquels nous sommes. Il en est résulté après un laps de temps considérable
I,A RELIGION EN CHINE
les amas de terrain que nous avons traversés aujourd’hui. Depuis lors les rivières ont tranquillement miné par dessous les amas de loess, le calcaire, le grès ouïe granit sur lesquels ils re})Osent et ont entraîné de grandes ((uantité de terres et de pierres dans les [ilaines de l’est. Riclitlioven parait avoir trouvé l’idée juste pour expliquer comment se sont formées les collines de cette nature.
Dans la vallée de Sha-ho, nous trouvons ce que nous nous attendions à v voir, la fabrication des grandes jarres à eau. Elle se fait dans une localité appelée Wa-li, ou village hnlevie. Nous voyons là connnent on jirocède. L’argile, appelée kan-tsi-loo, se trouve dans le voisinage. lie four est creusé dans une butte de loess isolée au milieu de la vallée; au fond du four, qui est creusé à l’extrémité est de la colline, se trouve un fourneau long et large ; au-dessus s’étend un réseau de barres de fer, sur lequel s’élève une pile de cruches fraîches, petites et grandes, de quinze pieds de hauteur. Los cruches sont })lacés soigneusement l’une sur l’autre prêtes à être cuites. Près du four à l’ouest sont des entreiiôts pour les cruches conservées en pnjvision. Ces magasins sont profondément creusés dans le loess, leurs plafonds et leurs murs latéraux sont soutenus par des boiseries d’après le i»rincipe ado|ité dans les mines de charbon. Plus loin se trouve la chambre du pottier, où deux hommes sont assis, le potier et son aide. Le potier s’asseoit sur une chaise basse devant une large pierre ronde et [>late qui tourne horizontalement de droite à gauche. 11 place sur la pierre plate son morceau d’argile de couleur brune, délayée et bien pétrie; tandis que hi[)ierre tourne il enfonce son poing dans le bloc et lui donne ainsi la forme d’une sorte de pot de tleur. 11 élargit progressivement le creux fait }»ar son poing jusqu’à ce qu’il se transforme en un vase haut de deux pieds et large de huit [xuices. On connait d’avance la quantité d’argile nécessaire pour une cruche d’une taille donnée. Le potier emploie aussi pour mouler deux moreiuaix (h) bois, l’un plat et oblong, l’antre rond. Avec leur aide il complété le moulage de la cruche qui jirésente des sillons parallèles à la base, sans aucun ornement et ne paraissant }»as avoir de but. La roue est tournée par un autre homme, [)lacé à quelque pieds de distance, au moyen d’un manche qu’il tire et repense horizontalement. Ce manche fait mouvoir une roue à ras du sol, autour de laquelle s’enroule une coi'de de chanvi'e. La corde fait tourmu' la roue sur laquelle est placé le mor
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roau d’argile à mouler. Une c-ruclie se fait en cinq luiiiutes environ ; ou peut eu faire une centaine dans un jour. Dans le voisinage il s’en trouvait une grande quantité prêtes à être vendues. Les cruches manquées servent à construire les chaumières; nous voyons iilusieurs cabanes dont les murs sont faits de cette manière. La roue de })Otier est appelée roue à eau, shui-lun ; l’autre est la roue sèche, l:an-lun. L’enfant qui la fait mouvoir est le chiau-kan-lun-tsi- tih. 2e mot chiau s'emploie aussi dans le sens de tourner un cabestan sur les canaux.
Le charbon vient de vingt li de là en descendant une vallée qui aboutit à Wa-li près de la poterie. C’est de l’anthracite inférieur à celui des mines des environs de Péking. Nous passons la nuit à Ké-yu.
Jeudi 24 octol)re, M^^anij-kirai. — Nous avons vu ce matin des traces de l’inondation de l’été dernier. Beaucoup d’arbres gisent sur les sables du Sba-bo, (]ue nous traversons en nous dirigeant à l’ouest vers la passe de Lungbsiuen-kwan. Les habitants commencent à enlever les arbres tond)és, dont les uns sont morts et d’autres encore verts.
Nous avons eu le plaisii' de constatm- (pie les vaccinateurs viennent au printemps dans ces vallées des montagnes. Ils font [)ayer (piatre C(}nts casbs pour les tilles et huit cents pour les garçons. Les balntants laisseraient leurs biles prendre la variole plutôt (pic de payer autant pour elles que j)Our les garçons; ce fait curieux indi([ue un dédain i)Our les tilles qui, bien que peu honorable, n’en est pas moins ancré chez les parents. Dans le village où nous prenons nos renseignements on vaccine environ quatre cents enfants chaque printemps. On pave en moyenne neuf pences d’honoraires ]:our chaque enfant. Combien on soigne mieux nos jiauvres en Angleterre ! ils sont vaccinés gratuitement et s(U‘aieut mis a ramende s’ils voulaient se soustraire a cette obligation.
On n<jus dit que le ying-tai ou tsoo-po-tsi, ce que nous a}»[)clons chez nous goitre, se rencontre à deux cent li au nord de cette vallée près de Kwang-cbang, mais qu’il est très rare dans cette })artie ; peut-être parce (pi’ici le i»avs est découvert et la vallée large. La grande largeur de cette vallée est aussi un préservatif contre les inondations soudaines. Nous remarquons en beaucoup d’endroits des gisements éjiais de loss sur du calcaire ou du grès. Notre route passe sur plusieurs collines formées de ce genre de terrain.
^^Hldl’e(li 25 oetobro. — Nous avons passé la nuit cleniièro à Foo-ping. ville construite sur les rives du Sha-ho. Nous sommes entrés par une porte étroite et avons gagné une aulierge; depuis nos lits nous entendions les grondements de la rivière qui passe à quelques mètres de là. Dans les localités comme celle-ci le voyageur doit s'attendre à trouver de très petites chambres et des gites étouüés. On pourrait croire que dans une iniivre auberge d’un village écarté les gens se soucient peu des règles de la politesse, mois })artûut oùil va le Chinois emporte ces prescriptions avec lui. Gommeje jirenais des mains du garçon de l'auberge une tasse de thé, en étendant sans y prendre gardénia main au-dessus, il me gronda doucement, observant avec bonhomie qu’une tasse de thé doit toujours se prendre des deux mains et jiar dessous, sous peine de manquer à la politesse. Combien de fois n’avons-nous pas dû blesser inconcieniment les sentiments des indigènes sur la politesse, si un garçon d’aulierge, dans une jietite ville de la montagne, est cho([ué du manque d’égards (]ue comporte une action de ce genre !
Dans la plaine on paie les repas d'après h‘S plats que l'on a demandés; chaque plat a son prix. Mais dans la montagne le prix du repas est tixé le même poiirriiomme (jue pour les animaux. Létaux est de IdOcashs, ou environ 30 centimes [)ar chaijue personne ou bête. Le logement (^st compris. L’auberge fournit aux mules la paille, mais imint de grain: le maitre de l'animal doit apporter son avoine. La nourriture des hommes est grossièri* ; aussi le voyageur gourmand fera-il Ineii d(‘ rester chez lui ou d’emmener un cuisinier.
L’argent devient de 10 }>our cent jilus cher. Un tael ne vaut plus que 1 ,500 cashs de cuivre au lieu de 1 ,650. Il est d’usage de retenir 8 pour 100 sur le poids, et de coni[)ter 09 au lieu de 1()0. On voit que le change est en tout point défavorable au voyageur. A Péking, nous recev<jiis 98 au lieu de lOO : à Cho-chowetà An-su, nous n’avons (jue 96. Nous employons la balance du marché tandis que le peuple préfère l’ancienne balance polie ou laukwang-kwang. Nous avons évité' un ennui sur notre route; c’est le coni}ite de ()6<> pour 1,909. Le système de compter 165 un iiau, 325 deux tiaus et ainsi de suite, a, dit -on, été inventé i>ar Chang-si-kwei, delà dynastie Tang, le conquérant de la Corée. Dans la Chine méridionale, 1,099 cashs de cuivre valent 1,090. Dans le nord 500 et dans quehpies localités 660 font
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1,000. L’usage de dire 1,000 pour 000, existe au sud et à l’est de Péking, mais pas à l’ouest.
Midi, à Lu-yiiig-j)0. — Nous avons fait quarante li pour arriver ici. 11 y a une gi-ande aukerge. On emploie du charbon bitumineux qui vient d’une localité située à quarante li ù l'est de la ville de Wo(u-taï. On le paie 400 cashs le pécul. La prospérité de l’auberge, qui se reconnaît par les constructions considérables en cours, tient au roulage qui transporte à Shansé des balles et des toiles de coton et rap{)ortt^ des laines, de l’eau et du tabac. C’est la route commerciale entre Pau- ting-tbo et la partie septentrionale de Shansé, y c(jmpris Kwei Inva-cheng. Ici le charbon s’appelle shi-tan, charbon de 'pierre. Les fers viennent de Yu-hia, distant de 300 li. Quittant le Sha-ho après l'avoir suivi pandant 10 li, nous remontons la vallée d’un autre torrent, le Wan-nién-chiau-ho, qui coule rapidement dans un lit semé de roches, caillouteux et saldoneux.
Dans la soirée, nous arriv(»ns à Lung-Tsiuen Kwan. 11 y a un fort au bas de la passe et c’est là (jue l’on paye les droits de douane. Les collecteurs veulent nous faire payer les droits. lls})arlent arrogamment et bruyamment. Je dis à un vieil homme qui se montre le plus exalté. « Ne vous emportez (( pas. Nous allons passer la nuit dans une auberge. Venez y et vous verrez « nos passeports .»lls se calment alors et nous ne les voyons pas venir à l’aidjerge. Quelques gens }dus sages leur ont peut-être dit qu’il était irrégulier de faire payer le droit à des étrangers.
Nous avons la preuve aujourd’hui que, même en nous étant arrêtés un dimanche en route et voyageant très lentement, nous allons encore plus vite que beaueoiq) de Chinois, car nous rejoignons à midi une société qui nous avait dépassé à un jour de marche de Péking. Soixant-dix li (trente-trois milles) par j(Uir leur ont sufti. Un jeune débauché, qui voyage dans une chaise portée par des mules, est le chef de la cavalcade. Ses intirmités paraissent provenir d’une vie d’excès. Comme nous nous sommes arrêtés un jour à An-su et la moitié d’une journée dans une autre ville, nous avons gagné un jour sur six sur les voyageurs chinois ; cependant l’impatience nous tourmente et eux sont satisfaits. Pour le Chinois, l’important c’est d’avoir ses aises ; pour l’Anglo-Sa-xon son but est d’aller vite.
Nous suivons maintenant une vallée parsemée de grands blocs granitiques.
Elle nous rappelle la passe de Nau-Kow, près do Pékiiig'. La force de 1 eau est immense quand elle est augmentée par sa profondeur ; la pression hydraulique qui en résulte a de terribles effets destructifs. Nous en avons vu les effets dans le Siau tsing-ho. Une chapelle d’idole, une statue, une table et des offrandes avaient été placés sous une falaise escarpée. Impuissantes comme Dagon, les idoles gisaient sur le sol. Sur la saillie du rocher ou elles avaient été primitivement érigées, nulle trace ne marquait leur ancienne place, à l’exception de quelques grossières peintures faites sur la falaise }»ar des dévots.
Une croix gravée sur les murs et les pierres excite notre curiosité. Elle protège les moissons. Les paysans forment des associations pour se protéger mutuellement contre le brigandage. A tour de rôle les membres de l’association font la garde. vSi on prend un voleur on l’amène devant l’assemblée ({ui la punit. Les terres closes de murs garanties par l’association sont distinguées par un signe en forme de croix gravé sur les murs ; si un paysan refuse de faire partie delà société, sa terre, n’est pas marquée et il n’a point de recours contre le mal.
Nous sommes maintenant dans une }>etite forteresse au pied de la grande muraille. Nous passons la nuit dans une auberge. Le matin, nous sommes retenus jusqu’au coup de canon tiré au point du jour; c’est le signal de l’ouverture des portes.
Samedi 28 octobre. — Déjeuner à 11 heures à Sbi-tsui. Ce matin, nous a^ons traversé la passe nommée Lung-tsuien-kwan, qui est très escaïqtée et élevée. Au sommet de la montagne, nous trouvons de la farine d’avoine et des patates cuites préparées pour les voyageurs. Nous les trouvons délicieuses' après notre ascension.
Foo-ping est situé dans la province de Gbibdi. A Lung-tsiuen-kwan, nous avons quitté cette province et nous sommes entrés dans le département de Tai-yuén-foo de celle de Sbansé. Le mur qui sépare ces deux provinces date de l’époque de la rivalité des Etats Gbau-kwo, (300 ans avant J. -G.) quand le royaume de Gbau se sépara par une muraille de celui de Yén ; Sbansé était Ghau, et Gbib-li était Yén. Plus tard à l’épo([ue de Tsin sbi-lnvang, 220 ans avant J. -G., de Sui-yang-ti, 500 A. D., et de la dynastie Ming surtout, quand on étendit et répara les diverses murailles frontières, l’attention se porta sur cette ramification. La solidité qu’elle a actuellement, elle la doit aux
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efforts de la dvuastie Ming' pour se g-arantir des attaques dos Mongols. Tsiushi-lnvang fut le plus grand constructeur de murailles parmi tous ceux qui Tout précédé et suivi. Gomme ses prédécesseurs il trouvait que les montagnes formaient la frontière naturelle de son pays et comme eux il pensait qu’il était utile de fortifier les défilés. Les forts et les portes dans les passes étaient l'idée essentielle de son système de barrières. Les anciens souverains de la Chine pensèrent cependant, comme les Romains en Bretagne, qu’il fallait construire un mur continu reliant ces forts pour obtenir une apparence de force et de sécurité plus grande. Tsin-shi-lnvang ne fit qu’étendre les idées des premiers souverains en ordonnant à Meng-Kwa de construire un mur continu de Slian-bai-kMan, au bord de la mer, à l’extrémité occidentale de Shansé, à l’ouest de la rivière Jaune. Lung-tsiuen-kwan n'a pas autant d’im portance que Tsi -king-liwan et Ku-yung-kM'an plus éloignés vers le nord. (Juand des armées ont envahi la }irovince d(> Gliib-b, trois fois sur dix elles sont entrées par Ku yung sur la route de Kalgan et sept fois sur dix par Tsi-king- k^'an près des tombeaux inqtériaux. Gela vient en partie de la plus grande facilité de la marche par la route qui mène de Kwang-cbang (et plus haut Yu-chow) à Tsi-king-kwan en suivant la vallée du Ivou-ina-ho. Une fois ce fort passé, une descente rapide par une bonne r )ute amène le voyageur dans les plaines fertiles de Yu chow et de l’au-ting-foo.
Le pavs, actuellement connu sous le nom de département de Pau-ting-lbo, a été pendant deux siècles le champ de bataille de la dynastie Tang et de l'antique dynastie Sung. Ghen-ting-foo était, à une époque encore plus reculée, la capitale centrale du royaume de Kié-tan. La Gliinc septentrionale avait donc trois capitales sous cette dynastie tartare, dont l'une dans la Mongolie.
A Lung-tsiuen-kM'an, nous devio'is être probablement de mille 2'ieds })lus haut qu'à Pa-ta-ling, sommet de la [lasse de Xan-kow. Il y a vingt li dopuis le fort jusqu’au sommet de la passe. A Nan^lcow, la distance est de (piarante-cinq li. Les falaises s’élèvent beiucoup plus rapidmient à Lungtsiuen-kM'an.
Gliaque montagne cscaiq)ée, ou chaque montagne remarquable en (pioi que ce Soit, a un esprit local particulier chargé de la garder. L<' gouvernement chinois fournit abondamment aux sacrifices pour le culte impérial à certaines
divinités des montagnes. Le peuple professe la inêine croyance religieuse et adore les esprits de certaines montagnes dans de petites chapelles ou temples placés sur les bords des routes. Dans une de ces chapelles, sur la route qui conduit au sommet de la passe, étaient placées cinq petites tablettes de bois. Sur celle du milieu, on lisait : Tahlede de l'espiit de la montagne; à gauche, était une tablette consacrée aux esprits des cinq routes et une autre à l’esprit de la hèvre locale. A droite, étaient des tablettes pour le Tsiang-kiun, nommé Péli, et les esprits des eaux, de l’herbe et du grain. Tsiang-kiun est un titre militaire qui correspond à notre général.
Près de ce temple, il y en avait un autre dédié au dieu Liou-wang que l’on implore dans ces régions }»our obteinr la pluie. Ces deux chapelles étaient réparées de[)uis peu et richement peintes.
i\. peu de distance de là, plus }>rès du pi('d de la montagne, se trouve un temple de Kouan-yin, qui est appelé, d’après les inscriptions des tablettes, Ling-ying-foo, le Bouddha efficace qui exauce les prières. Des deux côtés de la route, se trouvent de nombreuses tablettes érigées [»ar de dévots admirateurs. Voici ipielques spécimens des sentences qui y sont écrites : — Kwang-kiô, grande perception ; Me-yew, assistance, secrète; Hwayu-man-feng, les peurs to)nhent comme la pluie sur loule la montagne ; Tsi-hang-poo-too, navire de compassion (qui sauve V univers ; Woopoo-ying, efficacité qui jamais ne /i«V c/d/’an^ ; Kiow-koo, U sauve de Nan-hai-ta-shi, (draml Madré de la mer du Sud.