‹ La religion en Chine, exposé des trois religions des chinoisChapitre 29 sur 33 · I.A RE MG ION EN CHINE · texte numérisé non relu

I.A RE MG ION EN CHINE

le soo-taî-chay des Moug'ols. Un vieillard à longue barbe, nommé Pan , et un autre, tous deux de Lhassa, causent assez longtemps avec nous. Ils doivent liientôt retourner dans leur pays. Ils savent bien que l’Inde, la contrée au sud du pays Uoorka, appai'tient à l’Angleterre; mais ils [»araissent ne pas connaîtiela visite de IIiic et de Gabet au Idbet. L’appartement est disposé à la chinoise, avec une estrade cliauHee d’un côté et des buftets en face. La chaleur est maintenue par un feu de charbon de bois, ou de coke sans odeur, qui brûle dans un bassin de cuivre; sur ce feu chauffe une casserole pleine d’eau ])Our préparer le thé. L’air chaud fait tourner en s’élevant une roue à prière suspendue au plafond. Nous contions à nos interlocuteurs des livres pour l’abbé, entre autres l’Ancien et le Nouveau Testament en mongol, avec un catéchisme et des traités. 11 nous envoie en échange par le Lama Pan deux paquets d’encens tibétain avec ])lusieurs phrases de poli tesse, telles que : « Sommes-nous bien logés, dans notre auberge ? — Notre « voyage a- 1 -il été agréable ? — ( lombien de temps resterons-nous ici ? » L’encens est en pa({uet de douze baguettes dé vingt pouces de longueur.

Le Poo-sa-ting était [)rimitivement appelé Ghén-yung-yuén, temple de la vj-ate fif/ure ; il date du quatrième siècle. L’empereur tartare de cette époque, Hiau-wen-ti, ht élever douze temples autour du monastère de l’Empereur Ming-ti de la dynastie Ilan, qui existait alors, et envoya périodiquement des fonctionnaires pour y adorer Bouddha. Ceci donne au Poo-sa-ting une antiquité de quatorze cents ans, si nous ne considérons pas un changement de nom comme une interruption de son antiquité. On ignore en quels lieux s’élevaient les onze autres temples, ainsi que le monastère primitif construit sous la dynastie Ilan, dont le nom était Ta-fow-lingtsiou-si.

Ashoka, qui régnait sur l'Inde entière un peu avant l’époque d’Alexandre le-Grand, ht, dit-on, construire par les esprits et les démons de Pair, les Kwei-shéns, 84,000 [>agodes dans tous }»ays pour recevoir les reliques du Bouddha. Dans ce nombre comptait celle de Woo-taï. Il existait autrefois un édihee aiu|uel on rattachait cette tradition; mais nous n’avons rien pu apprendre à son sujet. Trois des (piatrc-vingt-quatre mille reliques se trouvent en Ghiiu' ; j’en ai vu une dans un temple [»rès de Ning-po, jiro vince de Ché-Kiang. Je désirais voir celle deWoo-taï, mais je n’y pus réussir.

Ann. U. - l\

Sur les portes dos maisons où demeurent des Lamas on écrit habituellement des sentences d’heureux présage à la mode chinoise. Elles sont traduites du chinois en mongol. En voici quelques spécimens :

(( Puisse votre âge égaler celui des pins des montagnes du sud. »

« Puiss ‘ votre bonheur être aussi al)ondant que les eaux de la mer Orientale. »

« Nasu anu uniun agola no narasun adeli.

Poy in anu jagon dolai ne usii metu ».

Le chinois lit :

« Eoo joo tung bai chang liow sliui,

Show po nan shan poo lau suiig. »

Les [ihrases de ce genre ont l’avantage de présenter continuellement aux yeux des sentiments poétiques et peuvent avoir sur l’esprit une iniluence adoucissante et civilisatrice; mais elles aident à la su[)erstition parce qu’elles reposent sur la doctrine du bonheur et contribuent à perpétuer son empire sur le peuple.

Deux Lamas, un vieux et un jeune, viemient à notre auberge; le dernier est un garçon de quinze ans. 11 demeure depuis quatre ans à Woo-taï. Ils habitent le teni[)le de Hormosda-Tingri, à i»eu de distance en descendant la vallée méridionale. Lejeune garçon est né dans la vallée d’Ordos et y a vu la toinlje de (lenghis Ivhan. On pratique l’agriculture dans son pays, mais sa lamille no s'y livre [>as ; son frère s’occupe de préférence de l’élevage des breliis et des chevaux. Je lui donne un livre pour qu’il apprenne à le lire; le vieux Lama dit qu’il trouvera un maitre ou bakshi pour l’intruire. Nous aj)prenons do ces Lamas ((ue samedi soir en venant à Taï-hwaïnous avons passé à côté de l Ehen-omai ’. Cette exhibition se fait dans une grotte, près de laquelle se trouve un tenq>le, à vingt milles chinois au sud de la ville.

Ce matin (mardi) nous sommes allés au temple de l’Ubegun Manjusri, ù l'ouest de Loo-sa-ting. 11 est à un mille en montant sur le flanc d’une moiitagne. Iai statue req)r<''sente un vieillard, forme (pi’a prise Manjusri, avec une barbe blanche longue di3 ti'ois jMiuces. Elle est placée dans une

J Mulriee île la niere du bouddliisine.

LA REr.IGION EN CHINE

petite cliapelle. Dos monceaux de [»etits moiichoirs de suie placés sur S(\> genoux et ses mains par les adorateurs enthousiastes empikdient de bien voir la figure. Dans le grande salle qui est par derrière, on voit encore Manjusri accomiiagné de Samantabhadra et de Kwan -yin. Là il porte la couronne de Bodhisattva sur h} bonnet en forme de coquille d'iiuitre des Bouddhas et n’a point de barbe. Tous ces personnages ont subi, à ce qu'on suppose, diverses métamorphoses. Manjusri porte un arc dans sa main gauche et un sceptre dans la droite. Il peut être rouge, blanc, noir, vert ou jaune. 11 a presque toujours une fleur dans sa main gaucho. Ouand il est représent() avec huit mains il tient un petit parasol, une foudre, une roue et d’autres objets. Quand il n'est pas sur un lion il est assis sur un trône en forme de lotus, ses pieds nus croisés la ])lante tournée en dessus. On croit (pi'il apparaît souvent aux habitants de la vallée sous la forme d’un aveugle, d’un berger, d’un Lama ou de quehpie autre personnage. Il ai)pariit une fois sous les traits d’une pauvre fille qui donna son cheveu à enterrer à l’endroit désigné maintenant sous le nom do Wf'm-shoo-la-ta, la tombe du cheveu, dë ^lanj^^sri; c’est sur le Clmng-taï, terrasse centrale. Sous le régne de Wan-leih (seizième siècle), cette tombe fut réparée et on vit le cheveu; il avait une teinte d’or et émettait une lumière multicolore.

Au douzième siècle, un berger nommé Oliau-Kang-pé, vit un prêtre étranger entrer dans la grotte, de Nala-yén, sur le Tung-taï, et y laisser un parasol. Il construisit un tombeau pour enterrer cet olqet. A peu de distance de cette tombe, on vit une fois une femme à cheveux blancs qui lavait son écuelle à manger le riz. Un moine nommé Ming-sin lui demanda d’où elle venait. Elle réjiondit : « Je suis venue depuis Chung-taï en mendiant ma nourriture. )) Puis elle disparut subitement, et on ne vit itlus rien (pi’une lumière extraordinaire qui illuminait le bois et la vallée.

Une jeune fille de la ville avoisinante de Taï-chov' refusait de se marier et s’enfuit dans un lieu ap}»elé le Rocher de miséricorde., sur le Tung-taï également; là elle se nourrissait des feuilles de certaines plantes et buvait la l'Osée. Son père et sa mère ari-ivïu’ent et essayèrent de la contraindre à rentrer au logis }>our se marier. Alors elle se précipita du haut du rocher; mais soudain elle prit des ailes et s’envola dans les régions supérieures.

Woo-taï est un lieu important. Les vallées, les grottes, les sources, les

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r )cliers, les l'uio.icàii.x, les tombeaux, les jardins, les images sont innombrables. La plu[>art ont une légende et les miracles que l’on affirme avoir vus sont tous produits par le j)Ouvoir magique d ■ Manjusri, dieu protecteur de la montagne. La fontaine où est apparue la vieille femme aux cheveux d’argent est désignée sous le nom de Wen-shoc-sé-po-ché, la fontaine on Manjusri a lavé son bol à riz. C’e'st sa prés :'nce' qui fait que les habitants voient toute cette région à travers le prisme de 1 1 légende. La fille qui ne voulait pas se marier était une incarnation de Manjusri.

Chacune des cinq montagnes a reçu une des cinq couleurs sacrées et o:i prétend que les fleurs qui croissent sur le Nan-taï revêtent de même ces cinq couleurs. On les dessèche pour en faire des remèdes qu’on vend en petits paquets aux visiteurs de ÙVoo-taï. Ils les font infuser dans l’eau chaude et se figurent que cette infusion les guérit. Si celui qui en fait usage ne constate aucune amélioration dans sa santé, il se console en pensant que d’autres plus heureux ou plus dignes ont obtenu l’assistance toute-})uissante de Manjusri, grâce à laquelle ils sont délivrés de leurs infirmités corporelles. C’est ainsi que s'est exprimé le Lama Liang, un de mes amis du Yung-ho-kung, qui lui-même avait rapporté de Mùjo-laï quelques paquets de remèdes.

Vue du temple du Vieux Manjusri la vallée est très belle. Juste en face, SC présente le temple de Poo-sa-ting ; dans le haut de la vallée du nord, on voit }tlusieurs monastères, à côté desquels serpente la route qui conduit au llwa-yén-ling. La passe de ce nom franchit un épaulement du Taï septentrional et du Taï oriental. On voit serpenter la route au-dessus du coteau; demain, nous la suivrons en quittant Woo-taï. Au sud, s’étale la petite ville de Taï-hxvaï, où nous avons notre aub erge, et tout près de Poo-sating, se groupent un amas de monastères, le bazar mongol et une agglomération de constructions ressemblant à une petite ville, où sont soignées les bêtes de sommes des voyageurs et des monastères. Ces groupes de brdiments donnent de la variété à la vallée qui, avec son gazon rabougri et jauni par l’automne, a réellement besoin do cet appoint partout où no passe pas le ruisseau argenté qui la traverse dans toute sa longueur, du nord au sud, et disparait derrière les collines qui bornent l’horizon. A l’ouest, la vue s’étend dans la direction du Taï se])tentri(mal ; à l’est, on aperçoit le Taï oriental.

Nous continuons notre route jus([u’au Dara-éhin-sum, le temple de la mère du Bouddha . Le culte de cette divinité s’est établi sous la dynastie Tang, à l’époque où le slvaïsine s’introduisit dans la religâon bouddhique. liGs Hindous qui sont venus en Chine et au Tibet depuis cette époque' semblent tous avoir été dos [)roi)agateurs du bouddhisme sivaique. Ce lut du septième au quinzième siècle, antérieurement au lamaïsme et postérieurement à l’école contemplative, Ghan-men, que fleurit cette forme de la religion bouddhique. La fête des esprits aflaniés, les positions magiques des mains, l’usage de miroirs de fer ou do bronze, avec des charmes sanscrits et une image de la mère du Bouddha, ap])artiennent à cette épO({ue.

Nous allons visiter actuellement un temple si)écialement dédié en l’honneur do Dara-éhé. 11 y a deux salles pour les imagos. La })reniièro renferme les vingt et une métamorphoses de Dara; toutes les images sont assises, bras et poitrine nus. Le bras droit allongé touche le siège, en forme de fleur de lotus, sur lequel la statue est assise. Une grande han-kwang (littéralement gloire chevelue, par allusion à ses rayons parallèles semblables à des cheveux) forme un écran derrière le corp 3 et un cercle coloré autour de. la tète : on lui donne à volonté les cinq couleurs sacrées. La coilfure de la déesse so compose habituellement de cinq touffes de cheveux et d’un nœud au sommet de la tête ; mais dans cette salle, elle porte la couronne à six fouilles de l’oosa. Une fleur se dresse toujours à sa gauche. Derrière elle sont les trois Bouddhas, Passé, Présent et Futur. Ils occupent la place d’honneur, mais Dara-éhé est jilus en évidence. Oiiaiid on introduit de nouvelles images dans les temples dn bouddhisme septentrional elles n’éliminent pas les anciennes ; on peut seulement les placer en face ou à côté de celles-ci.

Dans l’autre salle principale, se trouve le Bouddha, et, dans une antichambre, Tsung-khai)pa, fondateur du lamaïsme, qui vécut il y a quatre cents ans ; ses traits sont reproduits dans plusieurs grandes peintures. C’est là que sont disposés, pour le culte quotidien, tous les coussins et les chaises, car c’est cette salle qui sert pour les priï'res du matin et du soir.

Un lama que j’avais rencontré à Kalgan, il y a cinq ans, s’est fait recevoir dans ce temple. Il me dit qu’il mène ici, de{)uis quatre ans, une vie assez heureuse. Lorsipie je l’avais connu autrefois il était employé comme professeur de langue mongole par un missionnaire américain. Je pense qu’il se

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reporte avec plaisir à l’existence plus variée et plus intéressante qu’il menait alors.

La danse sacrée, Cham-harailL procession d’une mascarade de dieux hindous, se célèbre à Woo- taï d’après le rite usité au Yung’-lio- kung- à Péking:. A Poo-sa-ting, on commence par dix jours de chants, du 6 au 15 ; la danse et la mascarade sont réservées pour les deux derniers jours de la fête. Pendant cette cérémonie, on se sert du livre Kongso. Les exécutants sont au nondn'e d’environ soixante; ils étudient leurs })arties deux mois à l’avance.

Le Lama de Kalgan médit qu’à Woo-taï l’usage impose aux Lamas enfants un liabillement rouge. Adolescents, ils revêtent des vêtements couleur tsi on brun pourpre; à l’Age mûr, ils adoptent le jaune. Il estime qu’il j a à A\’oo-taï deux mille Lamas mongols; selon d’autres, ils ne sont pas plus de sept cents. 11 est difficile de se procurer des statistiques sérieuses à cause du caractère flottant de la po}iulation. Les Lamas aiment à vagaboiuh-r et, comme ils ont des habitudes frugales, il leur est facile d’obtenir l’hospitalité dans les temj)les. Ils accourent en foule à AVoo-taï et se prosternent devant les diverses chapelles avec une grande apparence de ferveur. Il y a ici plusieurs centaines de prêtres bouddhistes, chinois de naissance ; il y a aussi beaucoup de Lamas chinois. L’usage est, que ces derniers chantent les prières en ti bétain, (|ue leurs tenqdes soient ornés des mêmes images et qu’ils portent les mêim^s costumes qui sont usités au Tibet.

A sa re(piête, je donne au Lama de Kalgan une Bible en mongol; il désire l’avoir })Our un de ses amis. La santé de cet homme est très gravement compromise par l’habitude de fumer l’opium.

Les Lamas qui viennent en pèlerinage augmentent beaucoup le nombre des résidents mongols. Les laïques mongols, les femmes surtout, sont aussi très friands des visites à AVoo-taï sous le prétexte d’adorer les images. Nous remarquons quelques-unes de ces pèlerines autour du Dagoba, au sud de Poosa-ting; cette pagode ressendjle à celle (pu se trouve dans l’intérieur de Ping-tséh-men, à Péking. Elle présente un aspect réellement remarquable quand on pénètre dans la vaUée de AAAo-taï }»ar le sud. A sa base, on voit

(Gliani, eu tibétain « danser ».

U116 eiiiprciiito de la plante des [»ieds du Bouddha gTavée dans un bloc de marbre. A côté, nous remarquons une empreinte de ses mains également gravée dans le marbre. Plus de trois cents cylindres à prières sont suspendus autour du Dagoba. Le tidèle monte quelques degrés de pierre, fait le tour du monument et touche les clochettes. Nous remarquons des femmes mongoles qui, en faisant le tour du Dagoba, poussent chaque cylindre par marque de respect pour le Bouddha. Elles sont toutes suivies d'un domesti(pie. Plus loin est une petite chapelle avec des images ; on y accède }»ar des degrés de pierre. Woo-taï a donc, aussi bien (|ue Home, sa Sancta Scala, où il est méritoire de monter.

Un pèlerin du paysd'Ordos porte un })istolet à sa ceinture. Interrogé, il me répond (pie c'est pour se défendre contre les voleurs. 11 me demande quelque argent. Je ne juge pas utile de lui en donner, car il }»arait bien vêtu et bien nourri. En pleine campagne, s'il n’y avait en vue ni tentes, ni gens, il ne serait peut être pas prudent de lui refuser. Porter un pistolet parait très peu conséquent avec la doctrine lamaïque ; le vrai Lama ne doit })as tuer volontairement, môme en cas de légitime défense.

Les pèlerins mongols achètent au bazar des livres sacres de leur religion. Ces livres, écrits enmongol et en tibétain, viennent de Péking. Ils achètent aussi des clochettes, d^s cylindres à prières, des chapelets, des vadjras, ou sceptres de diamant, qui se tiennent delà maiimlroite tandis (pie la gauche agite la sonnette, des trompettes et des peintures de divinités. Les chapelets sont en verre, en bois, en grains ou en pierres précieuse. Les peintures, à l’huile, représentent des Bouddhas, des Bodhisattvas, des Lohans, des Sahfgdséns ou protecteurs de la loi, divers dieux hindous ou chinois, les autels de différents Bouddhas et autres personnages. Ces autels sont de grandes constructions carrées à l’intérieur, rondes ù l’extérieur. L’image de la divinité adorée en occupe le centre. Leur caractère distinctif principal consiste en quatre grands pai -lews, ou arcs de trionqdie, (pii figurent les quatre qiiai'ticrs de l’horizon. L’autel est tantôt grand, tantôt [letit. (Juand il est grand, c’est sur la [date-forme ou terrasse (|ue les Lamas ou les IIoshangs accomplissent les cérémonies du culte ; elle est pourvue de tables pour les oifrandes, de coussins, de lampes, de suspensions peintes, de baldaquins. A Péking, quand l’empereur ordonne des prières pour la [duie, ces autels ou

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tans sont improvisés on pende temps en face des temples, au moyen de pièces mobiles, Ilsdemeurent debout tant qu’il estnécessaire. Dans l’idée des Lamas, le Iloto -Mandai (sanscrit man,a adorer; » mandari, « une ville, un temple; » Iloio^ en mongol, « une ville ») représente la ville résidence de chaque dieu dans le pays du Bouddha; quelquefois le Hoto-Mandal est placé en face du Bouddha pour recevoir les offrandes. On montre également aux pèlerins des images rei»résentant toutes les }»rinci})ales merveilles des divers temples.

Derrière le grand Dagoba, à un étage inférieur, se trouve une bibliothèque tournante mise en mouvemeid par deux hommes; elles est octogone et haute de soixante pieds; elle renferme rexem})laire chinois du Kandjour (livre sacré des Tliibétains). Le visiteur voit tourner lentement de l’est à l’ouest toute cette immense roue. Les cylindres à prières doivent toujours tourner dans le sens du mouvement du soleil. Avant l’époque des Taï-pings, il y avait à Ilang-cliow, au monastère de Lung yin, une bibliothèque tournante comme celle-ci; je l'ai vue il y a environ vingt ans. 11 en existe aussi une au Yungho-Kung, il Péking.

Les femmes mongoles aiment à acheter. Un les voit dans les boutiques du bazar discutant les juûx avec les marchands. Elle trouvent à acheter ici à peu }irèstout ce dont elles peuvent avoir besoin. Les coiffures des femmes A'arient suivant leur tribu. Elles em|)loient à profusion les perles, le corail et l’argent, souvent toute la tête en est couverte. Leurs cheveux noirs sont disposés en plusieurs grandes nattes, dont le nombre et la disposition varie suivant l’usage adopté par les tribus.

Les femmes mongoles sont très affables pour les étrangers, et dans leurs déserts verdoyants elles leur jiaraissent moins égoïstes que les Chinoises. Elles sont prom|)tes à donner du lait et du fromage et se lèveront volontiers ou milieu de la nuit [lour céder leur ht à quelque piéton harassé de fatigue. Une lumière reste toujours allumée dans leurs tentes; elle sert à deux hns. C’est une olfrande aux dieux du fo}-er et un [)hare })Our les voyageurs. L’étranger pousse la }>orte de la tente, entre, active le feu et })répare son repas })endant que les propriétaires dorment. Les femmes mongoles sont }»ortées à cette large hos[)italité en [)artie })ar une disposition naturelle à la bonté, en partie jiar des motifs religieux. Eervantes bouddhistes, elles croient

au mérite des bonnes actions et à leur efficacité pour leur assurer un grand bonheur à elles et à leur famille.

Elles aiment à clicvaiicher à travers leurs steppes natales ; on les voitgaloppcr’sur leurs poneys, côte à cote avec leurs époux, sans jamais montrer de la fatigue ou témoigner le désir de rester en arrière.

Chaque tente possède ses i>etites images. Ce sont Sliakya-Mouni Borhan, fondateur du bouddhisme, Géser-Han, champion de la religion, Galin-Egin, dieu du feu, es})rit qui préside à la cuisine et veille à la sécurité du foyer.

La dévotion des Mongols h's })orte à, pousser leurs fils à se faire Lamas et à entreprendre de longs pèlerinages à l’éking un à Mffio-taï pour adorer les images sacrées et les reliques de leurs divinités.

Le plus riche monastère de AVoo-taï est sans contredit le Hung-tsiuen-si. Entre autres curiosités, il possède un temple en cuivre. Le Poo-sa-ting est aussi fort riche ; ses domaines territoriaux apportent, dit -on chaque année dans son trésor quelques dizaines de mille taëls. Ses terres sont situées dans la province de Shanséet aussi à Pau-ting-foo, Tchén-ting-foo et autres lieux de la province métropolitaine. Chaque hiver, l’empereur donne une forte somme aux Supérieurs Tibétains du monastère lors de la visite qu'ils font à Péking à l’époque des fêtes du nouvel an.

La vie quotidienne de la plupart des Lamas paraît assez monotone. Leurs principaux devoirs consistent à lire des })rières; quelques-uns sont chargés de rinstruction des jeunes Lamas , prennemt soin deséditices et des }>ropriétés du couvent, font les préparatifs nécessaires pour certains jours de culte S}iécial et étudient chez eux la théologie bouddhique. Plus de la moitié des maisons de Taï-lnvaï leur a})})artiennent. Notre auberge est la }iropriété d'un monastère dont fait partie un Lama que l’on voit toujours à cheval sur un poney, occupé decpiestions de propriétés. J’ai vu un Lama (jui imprimait des livres de prières avec des caractères de bois apportés probalilement de Péking.

L’aubergiste qui nous loge nous affirme qu’il y a àAVoo-taï mille Lamas mongols et deux mille Lamas et Hoshangs chinois. Nous en voyons beaucoup qui récitent de mémoire leurs prières avec des chapelets dans leurs mains; ils ont l’extérieur de la dévotion, mais notre arrivée trouble quelque peu leur ferveur. Dans un temple, où se trouvent environ cent Tibétains, Ann. g. — IV

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nous envoyons deux qui S(" prosternent avec ferveur. Un autre survient, plus zélé encore, qui, non content do frapper la terre de son front, s’étend tout de son long sur le sol, tout prés deriinage; comme nous le regardons du seuil d’une porte latérale, il recommence cet acte d’iiumilité, puis se retoftrne pour nous regarder à- son tour. Une minute après, il traverse la salle pour venir en souriant palper nos habits. Tout en tfitant les étoffes étrangèi’es, il continue à réciter des prières ou des incantations. Nous sommes choqués du peu de dévotion réelle qui se manifeste dans la conduite de ce Lama, si fervent en ap[)arence.

A\To-taï est un lieu recherché pour les tombeaux; aussi sont-ils en grand nombre sur les versants des colliims. Dans la plaine, autour des monastèresj les cimetières sont aussi assez nombreux. Etre enterré dans cette terre sainte est considéré comme un bonheur inestimable. Les Gégens du monastère de Young-bo-Koung, à Péking, sont apportés ici pour y dormir en paix leur dernier sommeil. Uc tous côtés, on aperçoit des tombes blanches renfermant une urne reni[)lie des cendres du mort.

Le disciple de Confucius qui va à Woo-taï y trouve son Sage bien-aimé dans une situation relativement bien inférieure. Dans le temple qui surmonte la porte au mnal de Taï-lnvaï se trouve une image du grand philosophe; elle est bien petite et se dresse à côté de celle beaucoup plus grande de Wenc'aang dieu de la littérature. Du côté sud, est Tcbén-woo, protecteur légen daire du croyant taouiste contre la i)este et autres calamités.

Los empereur Ming allaient souvent à Woo-taï; la dynastie actuelle s’y rend moins fréquemim^nt, maisKang-Hi s’intéressait beaucoup à ce siège du bouddhisme. Le pavillon impérial où il habitait dans ses pèlerinages existe encore, quoique ruiné. La description de Woo-taï, écrite par son ordre, est pleine de sympathie pour le bouddhisme et, contrairement aux usages récusa la cour, on n’y trouve pas n i m »t de bbuir^ paur cette religion. En protégeant les monastères le gouvernement a [)Our but de faire olfrir par les moines des sacrifices et des prières pour la prospérité de l’empereur et de l’Etat.

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