‹ La religion en Chine, exposé des trois religions des chinoisChapitre 5 sur 33 · TEMPLES · texte numérisé non relu

TEMPLES

Dans une ville chinoise, les édiiices les plus reinanpiables sont les Yainuns et les Temples. Dans les premiers, les officiers du gouvernement ont leur résidence et traitent les affaires; ils sont souvent vastes et beaux. Les temples sont très nombreux, par la raison fpdils appartiennent à trois religions. Ils sont de toutes sortes et de toutes dimensions. Un des plus intéressants à voir est celui de Confucius. 11 est situé sur une grande place ornée d’arbres et d’eau; tout près de là se troiuamt la salle d'examens du gouvernement, le temple qui renferme les tablettes des Sages de la nation et celui où les noms des personnages illustres de la cité sont conservés sur des tablettes monumentales.

La salle des Sages contient les tal)lettes de soixante-douze personnages rangés à droite et à gaucho de Confucius, et (|ue l'on vénère comme ses disciples les plus distingués. Ces tablettes }»ortent leurs noms et leurs titres. Les sages antérieurs à Confucius n’j sont }tas représentés, vu que le temple est spécialement consacré à ce })hilosophe. Unie nomme « Koong-foo-tsze », le très saint ancien sage ; les jésuites ont latinisé ce nom et en ont fait Confucius. Sur les portes d’entrée sont des inscriptions telles que « le maître et l’exemple pour dix mille générations », et « Égal des Cieux et de la Terre ».

On célébré les sacritices en l’honneur de Confucius aux é({innoxes de

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printemps et crantomue. Des boeufs et des brebis sont immolés, et leurs corps, dépouillés de la peau, sont placés sur des guéridons devant sa tablette. Les mandarins assistent à ces cérémonies à trois heures du matin. On distribue ensuite la chair du boeuf et des autres animaux aux lettrés de la ville qui le désirent.

Le temple a un caractère funéraire. Après avoir passé la porte, le visiteur traverse une longue avenue de cyprès pour arriver à la salle principale, où les tablettes et les dispositions sont les mêmes que dans les temples fnnéraires élevés aux ancêtres décédés. On n’y voit aucune image de Gonfiicius, et quand il y en a, ce n’est qu’nne statue d’ornement et nullement une idole. On rend pourtant un culte à la tablette qui porte le nomde^j/ace de l'âme. Quand on honore Confucius, on n’emploie aucune prière; l’adorateur reste muet, il se prosterne seulement }iour exprimer son respect pour les vertus du sage. Tous ceux (|ui ont, en Chine, rang et propriété s’accordent avec la classe savante pour témoigner leur mépris pour toutes les religions autres que celle de Confucius ; ils associent son nom à leur vieille ])olitique nationale, ù leur littérature, à leur système de morale universelle, et entin à tous les éléments de leur civilisation. Il fut si grand et si }»arlait qu’ils le croient infaillil)le. Pourtant il se distinguait par son humilité et n’aurait jamais eu l’idée do se proclamer infaillible; il n’aurait jamais accepté cette haute dignité ù laquelle ses disciples l’ont élevé.

Leur respect pour lui est devenu une religion. On apprend aux enfants à s’incliner devant Confucius quand ils entrent ù l’école ; et quand, plusieurs années après, ils viennent à la salle d’examens pour prendre leurs degrés, ils répètent cet acte de respect. Ils no lui prêtent sans doute pas les attributs d’un dieu, mais ils lui rendent un respect religieux, comme personnitication de tout ce qui est l)on et sacré.

Près du temple de Confucius est un édifice plus petit élevé à la mémoire des femmes vertueuses de la province. Devant chacune d’elles est placée une tablette où l’on bride de l’encens dans certaines circonstances. Le temple des femmes vertueuses est moins grand et moins ornementé que celui de Confucius et des soixante-douze sages. Quelquefois il est élevé dans d’autres endroits. Nous en avons vu un dans l’ile de Tung-tin, ])rès de Soochou, ù la mémoire des femmes de cette île. Il est situé sur une hauteur, dans une

position splendide, en vue des autres iles qui garnissent la partie nord du lac Tae-lioü. 11 s’élève sur un rocher de pierre calcaire, fournissant d’excellents matériaux pour la maçonnerie. Il y a quelque temps, on adressa une reipiête au gouvernement pour défendre l’exploitation de la pierre en cet endroit; la demande fut prise en con.hdération. Nous avons remarqué qu’une partie de ce calcaire était remplie de coquillages fossiles.

Dans le voisinage de chaque cité chinoise se trouve un temple à l’agriculture, dans lequel on voit une talilette de .Shin nung, l’empereur mythologique qui, suivant les Chinois, a enseigné l’agriculture à leurs ancêtres. Il y en a un autre dédié aux esprits des montagnes et des rivières et à ceux qui protègent le grain. Aux premiers jours du printemps, les fonctionnaires visitent ce temple pour sacritier devant les tablettes et labourer une petite pièce de terre attenante. Cet acte est un exemple de travail donné aux populations agricoles, un avertissement que les travaux des champs doivent commencer, et un a[)pel aux divinités qui veillent aux intérêts des paysans atin d’obtenir une année prospère.

Le caractère dominant de ces temples et de tous les autres de la religion confucéenne est funéraire; ce sont les demeures des morts. Le nom de la tablette, Shin-wei, ouLing-wei, place de l'i'une, indique que l'on suppose que l’esprit y est présent.

Tout ditiérent est le caractère des temples bouddhistes. Ils sont destinés aux vivants et non aux morts. Ils renferment des salles où sont placées les images qui représentent les a[)ôtres de la doctrine bouddhique s'adressant à leurs auditeurs. Bouddha, qu’on appelle le niaUee de ce uiotide, en occupe le centre; des personnages inférieurs sont placés à sa droite et à sa gauche. Un temple bouddhique est la résidence de moines ipii se sont retirés du monde, autrement dit un monastère, tout autant qu’une réunion d'édifices dans lesquels sont groupées des images destinées à être adorées selon leur rang, ou temple à proprement parler.

Les temples funéraires, tels que ceux de (Joiifucius ou des ancêtres d’une famille sont appelés Meaou ; les monastères ou teirqdes bouddhiques sont désignés par le mot Szé. Tous ceux (|ui ont voyagé en Chine savent quelle quantité d’édifices de ces deux sort.is, aiimi (jue de ceux qui portent d’autres noms, se trouvent dans ce pays.

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Eli écrivant ces lignes, je me souviens d’une ville fort peuplée construite au pied d’une colline, dans la région orientale de la soie en Chine. La colline formée d’une pierre rouge brillante, est couronnée d’une pagode qui commande une vue très étendue. En entrant dans le temple voisin le visiteur traverse plusieurs }ûèces bien meublées où il voit une série d’idoles bouddhiques en argile, avec leur expression habituelle de bienveillance et de méditation. Derrière, est une fontaine dédiée à quelque divinité et un souterrain où se voient, dans des niches taillées dans le rocher, les images de la déesse compatissante, Kwan-yin (la Kouan-non des Japonais), et de ses deux serviteurs. A une des extrémités do la ville, dans la plaine située au-dessous , est un temple ruiné , bien plus maltraité que son rival do la colline. De cbaquc côté du Bouddha sont doux rangs de statues d’argile représentant les Dévas de la mythologie hindoue avec leurs noms sanscrits. Là sont Brahma, Indra, Shakra et autres divinités que l’on connaît si bien dans le pays qui s’ennorgueillit de ses trois cent millions de dieux. Ils font partie de rassemblée qui honore le Bouddha par son attention repectueuse et par ses oflrandes de tleurs.

Près de Iloo-chow, ville peu éloignée de là, j’ai visité quelques grands monastères cachés dans les collines, loin de la fréquentation commune des hommes, et bien faits pour ceux qui aiment les vues et les bruits de la campagne. Là sont de paisibles cellules où peuvent se retirer ceux qui souhaitent vivre dans une solitude que rien ne trouble. Du haut de l’imc de ces collines, celle de la Pie-Blanche, on a une belle vue du Tae-hoo, le grand lac de Iloochow ; le monastère est environné de bois de bambous et autres arbres. D’une autre colline, on embrasse l'horizon de Iloo-chow et la plaine bien arrosée où se trouve cette ville. La vue s’étend jusqu’à la région montagneuse où les pics du Teen muh-shan et des hauteurs adjacentes s’élèvent à quatre ou cinq mille pieds au-dessus du niveau de la mer,

C’est dans de telles retraites que le mandarin dégoûté des affaires publiques ou le marchand malheureux dans ses spéculations viennent quelquefois finir leurs jours en goûtant le plaisir de la solitude.

Au sud de Ningpo, d’autres régions, plus sauvages que celles-ci, sont devenues l’asile de ces réfugiés des désencliantements du monde. Là. dans des sites horribles et glacés, des milliers de moines bouddhistes sont réunis dans

dos couvents autour desquels, à plusieurs milles de distance, on ne trouve ni villes ni villages. Là, au milieu de montagnes d’une élévation considérable, quelques huttes de bergers sont, à l’exception des monastères, les seules habitations humaines. Beaucoup de ces ascètes, désireux de porter leur renoncement à ses limites extrêmes, refusent de vivre dans les monastères où ils trouveraient dans la société des autres moines quelque compensation à la privation des satisfactions du monde ; ils se construisent une hutte de roseaux et de paille dans quelque vallon écarté de la montagne ou dans quelque endroit abrité par des arbres, pour y vivre seuls, sans autre société qu’une petite image du Bouddha, sans autre occupation (]ue de brûler de l’encens ou de chanter des prières en l’honneur de leur dieu. Ils reçoivent leur nourriture des monastères voisins. Pour eux point de soucis de famille, point de besoin de gagner leur subsistance par le travail. La monotonie de leur existence n’est égayée que par les rares visites de leurs frères, les habitants du monastère qui les nourrit et aux règles duquel ils doivent se soumettre.

Il y a plusieurs aimées, je visitai le lieu célèlire où le bouddhisme chinois se montre dans toute sa gloire et où l’on peut le mieux observer le style des temples et la manière de vivre des moines. C’était le iS avril, le beau moment de l’année pour parcourir les régions montagneuses de la Chine ; je traversais avec deux compagnons un passage de toute beauté sur la route de Teen-tae. Nous avions couché dans un monastère paisible — car dans ces parties de la Chine les monastères sont les seules auberges que l’on rencontre — et depuis le m:itin, nous suivions les méandres d'un torrent bruyant, courant dans une vallée étroite. De temps en temps, à un coude du chemin, nous nous trouvions en face d’une jolie cascade se précipitant d’un rocher abrupt; souvent nous traversions le courant sur un radeau de bambou en guise de bac, quand l’eau était trop profonde pour être affrontée par un piéton et pourtant trop peu pour permettre l’usage des avirons ou des rames. Enfin nous commencions l’ascension de la passe ; tout autour de nous s’étageaient six ou huit croupes de collines dont les lianes étaient couverts d’azalées en pleine floraison. Au loin, dans le bas, le torrent aliéctait avec un amour évident cette forme sinueuse que suit le AVye près de Chepstow. La vue des collines avoisinantes nous parut très belle; mais c’est en atteignant le

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liant de la passe que nous perçûmes l’effet le plus saisissant : en un clin d’œil, l’horizon élargi s’était plus que doublé en face de nous, et nous apercevions dans la vallée le cours supérieur du torrent dans la direction du célèbre asile bouddhique, but de notre vovage. Jamais, je crois, nous n’avions vu pareille profusion de Heurs poussant en toute liberté de chaque côté de notre sentier. Cette passe est celle de (Jliaou -vang-lin. Après l’avoir quittée nous avançâmes encore tout un jour, et ayant couché dans une auberge sur notre route, nous atteignîmes, dans la soirée, le monastère, de Tsing-leang-szé dans le district deTecn-tae. Le supérieur dos moines était fort poli ; il nous reçut bien et passa longtemps à discuter avec nous des principes du bouddhisme.

Plus loin, en continuant notre route, nous trouvâmes de grands monastères situés à environ cinq milles les uns des autres au milieu de ce pays montagneux, qui autrement n’est habité ipie par quelques paysans. Dans ces établissements, on voit le monachisme entouré de toutes les séductions de la mise en scène naturelle, et dans les temples on peut étudier les modes de célébration du culte dans leur forme la plus complète et la plus parfaite. Près d’un de ces monastères, se trouve une magnifique chute d’eau do soixante pieds de hauteur que suiqilombe un pont naturel de rochers. Il a quatorze }»ieds de long et huit pouces de large. Les pas de ceux qui le tra versent pour aller adorer la châsse â l’autre bout de ce pont l’ont considérablement usé. 11 se trouv(3 au milieu d'une vallée richement boisée où s’élèvent plusieurs temples. Les prêtres qui les habitent racontent qu’au lever du jour ils entendent dans les bois environnaids les êtres qu’ils appellent des Lohans chanter les prières bouddhiques; mais ils n’ont jamais pu les voir. Dans la châsse au bout du pont sont cinq cents [letites figures sculptées dans la pierre^ qui représentent les Lohans, ou, selon leur nom sanscrit, les Arhans L Ces figures très petites ne paraissent pas avoir [)lus d’un demipouce d’épaisseur. Nous passâmes la nuit â Ilwa ting-sz monastère élevé à trois iTiille pieds au-dessus du niveau de la mer ; il se compose d’une longue rangée de bâtiments couverts en paille, ce qui est rare en Chine. La salle principale contient à peu près les mômes images que celle de tous les monastères ; Bouddha est au centre, idole d’argile dorée sur toute sa surface et

1 On les appelle aussi Rakans ; ce .sont les cinq ceiils premiers disciples du Boiuldln.

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i,E bouddha shakyamouni

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assise sur un lotus gigaiites({ue, il a ordiiiairemeiit Ananda à sa droite et Kasyapa à sa gauche, tous deux disciples indiens du Bouddha. Quehpietbis ces deux disciides, Tun auteur des livres sacrés de la religion, rautro gardien de ses traditions ésotériijnes, sont reni[)lacés }iar dmix autres représentations du Bouddha, c’est-à-dire le Bouddha passé et le Bouddha futur,

A Koh-tsing-szé, très ancien monastère réceininent reconstruit à grands frais, nous avons trouvé deux cents prêtres résidents. Là, nous vîmes dix prêtres enfermés ensemble dans une salle consacrée au Bouddha du Ciel Occidental ; ils avaient fait vœu d’y demeurer trois ans, sans cesser ni jour ni nuit leur chant mélancolique; i»endant que les uns dormaient les autres continuaient leur chant monotone. Nous entrâmes dans la salle et leur distribuâmes quelques livres reçus avec de vives démonstrations de plaisir.

Dans chacun de ces monastères une grande salle est consacrée aux cinq cents Lohans, êtres surnaturels (]ui [tassent [tuiir faire à Teeu-tae leur résidence habituelle. Ces salles, construites pour recevoir cinq cents statues de grandeur naturelle, sont naturellement très vastes. De chaiiue côté de la porte des temples bouddhiques se trouve une tour ; l’une d’elles renterme une cloche et l’autre nn gong que l’on sonne aux jours de fêtes, a l’arrivée de visiteurs et [tour les cérémonies funèbres.

Dans le voisinage du monastère de Koh-tsing, on voit une [tagode à neuf étages d’une très grande antiquité. La [tagode est fré([uemment un accessoire des temples bouddhiques. Primitivement elle devait servir de tombeau aux prêtres bouddhistes décédés, ou do dépôt pour les reli([ues du Bouddha ou d’autres personnages vénérés. Maintenant ce sont, en Chine, des nntnuments élevés en l’honneur du Bouddha ou dans un but géomantique. On croit qu’elles assurent la prospérité de tout le voisinage des lieux on elles s’élèventL Ordinairement une galerie extérieure entoure cha([ue étage, et le toit est orné d’une ceinture de [)etites ch ches ([iie le vent fait sonner. s’élevant, le tintement des clochettes se fait entendre les prêtres disent que c’est le tribut d’hommages que rend an Bouddha la nature inanimée.

Un monastère bouddhique c mqdet renferme, outre les salles destinées aux images des différentes divinités, les a[)partements de l’abbé et des

i Voir Fcng'-shoui, Annales du musée Guîmet, 1. 1, p. 235 et siüv.

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moines, une gTande salle à manger, une bibliothèque, des salles de réception pour les visiteurs et des constructions extérieures pour les cuisines.

En entrant par la porte principale, le visiteur rencontre d’abord la chapelle ou salle des dieux, en chinois teen, subordonnés au Bouddha et représentés comme les gardiens des portes de la demeure du héros ou maître des dieux et des hommes, ainsi qu’on le(|ualifie habituellement.

Plus loin on rencontre assez souvent des monuments impériaux en pierre, portant une inscription et protégés par un toit supporté par des pilliers ; immédiatement a[)rès se présente la grande salle du Bouddha.

La pagode de Koh-tsing date do plus do mille ans et les traditions du monastère remontent à la même époque. Parmi les nombreuses générations qui se sont succédées depuis sa fondation jusqu’à nos jours ont pris naissance des légendes innombrables sur les ra}>ports qu’avaient avec la pagode et le monastère les ermites et les Lohans, soit qu’ils habitassent les bois et les grottes des collines environnantes, soit qu’ils les visitassent seulement en passant. Le même fait existe en réalité dans toute la région de Teen-tae. Les tombeaux et les reliques do beaucoup do célèbres liouddhistes chinois y sont conservés avec soin et visités avec grand intérêt par les voyageurs.

Eu disant adieu à Koh-tsing et dirigeant nos pas vers la plaine, nous laissions derrière nous une région réellement remarquable. Dans ces collines élevées (une d’entre elles atteint quatre mille cinq cents }>ieds d’élévation), sont réunis plusieurs milliers de cénobites, moines ou ermites. Nous songions au mont Sinaï et à ces nombreuses sociétés de moines chrétiens, quittant les cités syriennes et égyptiennes pour se retirer dans ces lieux où ils ont laissé leur souvenir dans les inscriptions qui depuis peu sont devenues si célèbres. Nous essayions de tirer do la comparaison du monachisme de l’Orient et de l’Occident quelque lumière sur la philosophie de l’ascétisme.

La descente dans la plaine nous ra})pela que nous étions dans le pays natal du mûrier et du ver à soie. Les femmes et les enfants ramassaient les feuilles pour les Paou-paou « les précieux », ainsi que le peuple de la campagne appelle aflectueusement les vers. Nous arrivions au milieu d’une population très dense ; partout nous remarquions les signes visibles d’une industrie llorissante ; aussi étions-nous étonnés qu’un si grand nombre de

Chinois eussent préféré la vie solitaire d’un ermitage dans la montagne ou d’un monastère aux plaisirs et à l’activité de la vie sociale. Outre les raisons matérielles qui amènent un homme à fixer sa demeure dans un monastère au milieu des montagnes, il doit quelquefois y avoir un sentiment de foi sincère dans les croyances qu’il a embrassées et une aspiration do l’âme vers un but qu’elle ne lient atteindre que par la méditation religieuse.

Il faut maintenant faire pénétrer le lecteur dans une autre sorte d(? temples, ceux de la religion taoiiiste. Quelques-uns de ces temples portent le nom de Kung, palais. On cherche à y représenter les dieux de la religion dans leurs demeures célestes, assis sur leurs trônes dans leurs palais, administrant Injustice ou distribuant rinstruction.

Dans les grands temples taouistes, souvent appelés Kwan, on voit un grand nombre de divinités dans les diverses salles et appartements latéraux de l’édifice. Les sages illustres de l’iiistoire do la secte taouiste, les dieux des divers cioux dont parlent ses livres, les divinités des astres, et les dieux cycliques présidant aux soixante années du cycle national sont représentés suivant leur rang par des images.

Il y a, outre ces édifices, des temples dédiés aux dieux de l’Etat, au dieu de la guerre et aux protecteurs des cités et des villes. Ces constructions portent le nom de Meaou ; elles ont le même caractère que les temples de la secte de Confucius, dont nous venons de parler, et sont destinées à honorer les morts; le gouvernement désigne leur place dans le panthéon national aux héros et aux hommes d’Etat défunts auxquels ces édifices sont consacrés. Les personnes qui occupent des position.s officielles dans chaque cité visitent les temples dans certaines solennités publiques, quoique ce ne soit pas toujours avec des intentions amicales qu’ils donnent ainsi leur appui à la secte de Taon.

Que le lecteur se figure qu’il va, le matin du jour de la nouvelle ou de la pleine lune, au temple consacré au dieu patron d'une ville chinoise, le Ching-hwang-maou. Si riieure est assez matinale, il pourra assistera une cérémonie intéressante. Les mandarins de la ville sont réunis pour entemlre une des lectures impériales adressées aux classes ouvrières sur leurs devoirs spéciaux; il y a seize de ces lectures. L’empereur y parle au peuple comme un père à ses enfants : « Laboureurs, tisserands et cultivateurs de mûriers, soyez

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« diligents à accomplir votre tâche. Gomment le pays pourrait-il fournir à « votre nourriture et cà votre vêtement sans votre travail ? » C’est l’empereur Kang'hi, Kanglii le grand, ainsi que les jésuites le nomment avec justice dans leurs lettres, qui institua cette coutume mise en pratique pour la première fuis sous le rogne de son fils au commencement du dix-huitième siècle. Dans une de ces instructions, lue publiquement par le greffier de la ville en présence des fonctionnaires du gouvernement et d’un auditoire restreint qui l’écoutent avec respect, l’empereur attaque les religions idolâtriques du pays. Le peuple est averti qu’il ne doit point fréquenter les temples bouddhistes ou taouistes, ni prendre part aux fêtes idolâtriques célébrées en certains jours dans les villages. L’impérial censeur appelle les prêtres bouddhistes les bourdons de la société, des créatures semblables aux teignes et autres insectes mal faisants , qui vivent du travail des autres et ne se livrent à aucun travail honnête. Quand il en a fini avec ces deux religions hétérodoxes, l’empereur passe à la critique de certaines autres sectes; parmi lesquelles, dit-il, est le Teen-choo-Keaou (le christianisme catholique romain). « C’est, dit-il, la religion des Occidentaux. Ces hommes de l’Ouest (( sont habiles dans les sciences mathématiques ; aussi sont-ils employés au « tribunal astronomique pour calculer les éclipses et le cours des corps cé- « lestes; mais leur religion no s’accorde pas avec les doctrines orthodoxes, « Vous, mon peuple, vous no devez, en aucune façon, croire en elle, »

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