COEXISTENT EN CHINE
On ne saurait douter de la susceptibilité des Chinois à so convertir au christianisme si l’on étudie convenablement leur histoire religieuse passée et présente, l^’étudo de leur littérature et l’observation personnelle de leurs coutumes et de leur manière de penser conduit directement à cette con~ clusion.
Trop souvent le Chinois se présente à l’observateur étranger sous un aspect exclusivement ridicule et fantastique. Joint à cela, on le })eint généralement avare, suffisant et menteur. Des écrivains, comme M. Iluc, pi’éfèrent le comique au vrai, et le plaisir (ju’ils trouvent à faire une peinture amusante les empêche de rendre justice aux bonnes ipialités du caractère de la nation qu’ils cherchent à décrire. Les croquis pris sur nature de M. Fortune et les aperçus philosophi([ues de M. Moadows représentent ce pays et ce peuple bien plus exactement que le débordement de plaisanterie et la vivacité de Al. Une ne lui permettent do le fdre. L’auteur (pu vise à être comi(|ue ne peut pas donner une appréciation exacte du peuple [)armi lequel il voyage; il négligera les éléments les plus profonds et les ])lus importaids de son caractère s’il fixe tro[> ses yeux sur les qualités etïervesceides.
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La Ghina présente un clminu flivorable pour observer les influences réflécliies et les conflits des idées qui constituent pour la plus grande partie le caractère d’un peuple — les idées relig'ieuses et morales. Ici trois grands systèmes nationaux vivent en harmonie; les trois méthodes de culte et les trois philosophies qui forment leur base agissent mutuellement l’ime sur l’autre de})uis des siècles. Quelquefois ils se sont trouvés en lutte, mais habituellement ils ont préféré vivre en paix. Le Chinois est plus porté à la tolérance qu’à la persécution. Il n’a pas repoussé l’intrusion de la religion venant de l’Inde, comme l’a fait le Japonais pour le christianisme sous sa forme catholique romaine. Le confucianisme n’a pas cherché à expulser le taouisme de son pays natal, comme le firent les Brahmanes pour le bouddhisme. Les Chinois ont adopté toutes ces religions après une courte }iériode de persécution, et maintenant elles vivent côte à côte, non seulement dans les mêmes lieux, mais, ce qui est plus extraordinaire, dans les croyances d’un même individu. C’est chose commune en Chine de voir la même personne se conformer aux trois religions. Cette malléabilité est très avantageuse pour le gouvernement. Toutes les divinités qu’il désire faire adorer au peuple sont admises sans difficulté dans son panthéon par complaisance pour la volonté des gouvernants et par res[)ect superstitieux pour les nouveaux dieux. Le peuple croit que l’Empereur a le pouvoir de donner à l’àme d’un mort un poste et des fonctions dans le monde invisible, comme il le fait dans le monde visible; aussi, quand il voit cette image dans un temple nouveau, revêtue d’un costume approprié, assise dans sa niche comme tous les autres dieux, il apprend bien vite à l’adorer aussi volontiers que n’importe quelles autres vieilles divinités avec les noms desquelles il est depuis longtemps familiarisé.
Il y a, dans un coin de la ville de Shanghaï, un temple élevé à la mémoire d’un héros chinois mort en combattant dans la première guerre contre les Anglais; il a été tué à la prise de Woosung par l’armée anglaise. Il avait le grade le plus élevé auquel un Chinois puisse prétendre, celui de Té-taë, ; le rang de Tséang-kéun est réservé aux seuls Mandchous. Dans le temple, se voit la statue de ce héros, Chin-te-tae, de grandeur naturelle et d’une ressemblance parfaite, à ce que l’on dit. On lui rend les honneurs divins, et si le temple a pmi de visiteurs pour le moment, la foi superstitieuse des
voisins pour le nouveau dieu que leur a donné la volonté de l’Empereur augmentera probablement plus tard, et ses adorateurs deviendront plus nombreux. Du moins c’est ainsi que les choses se passent en Chine. Evidemment les voisins pensent qu’une certaine sainteté s’attache à ce temple nouveau; c’est là qu’ils ont voulu enterrer le corps de ce magistrat de la cité de Shanghaï qui fut tué lors de la prise de la ville par les rebelles, il V aciu({ ans. Quand les Impériaux ont réoccupé la ville, le cercueil du mandarin tué fut exposé là pendant plusieurs Jours. Un savant du voisinage composa une biographie où il était classé parmi les patriotes et les fidèles morts dans l’exercice des fonctions <pie l'Empereur leur avait confiées. On estime que pour ces personnes lapins belle récompense consiste à leur attribuer, par ordre de l’Empereur, des litres et des sacrifices divins.
La facilité avec la({uelle le peuple accepte les nouvelles cérémonies religieuses a permis aux trois religions d’agir très activement l’ime sur l'autre. Il sera curieux de signaler des exemples de cette action réfléchie et aussi de faire voir comment elles peuvent coexister en bonne harmonie ; ce sera une étude intéressante pour tous ceux qui s’occupent des religions du monde et pour ceux qui ont à cœur la christianisation de toute la race humaine. La Chine est b' seul exemple d’un pays où trois religions puissantes aient existé côte à côte pendant des siècles, sans que l’iine d’elles ait réussi à détruire les autres.
Les autres religions de la Chine sont exclusives, et leurs adeptes considèrent comme un devoir absolu de ne pas observer les rites des systèmes rivaux. Parmi ces religions, le mahométisme compte le plus grand nombre de fidèles. On dit que dans les provinces du Nord ils forment souvent le tiers de la population. Bien que les mahométans chinois soient ])eut-être les moins zélés de tous les sectateurs de l’Islam, ils conservent [larini eux l’esprit de résistance à l’idolâtrie, et ne veulent adorer que Ghin-Choo, le rériiahle seigneur. Ils ne nous ont pas demandé d’ôter nos chaussures en entrant dans leurs mosquées, comme les visiteurs étrangers sont obligés de le faire dans l’Inde ou à Ceylan; mais souvent ils se sont prétendus nos frères, parce que, comme eux, nous repoussons le culte des images.
Les convertis au catholicisme romain s’élèvent en Chine à près d’un
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million; chiffre important en lui-môme, mais bien faible en comparaison du reste de la population.
Nous laisserons de côté, pour le moment, ces deux religions et nous essayerons de démontrer les intluouces mutuelles des trois grands systèmes (pie l’on peut dire ajuste titre nationaux.
Les religions de Confucius, de Bouddha et de Taon sont vraiment des croyances nationales, parce que la masse du peuple croit en elles trois. Il ne Voit aucune inconséipience à agir ainsi. Les philosophes ne savent que })onser en présence d’un fait de ce genre; mais il n’en est pas moins positif. Ceux qui aiment avidement la vérité et ont de fermes convictions sur certains sujets ne comprennent pas qu’on puisse appartenir à trois religions à la fois ; aussi quelques écrivains ont-ils réparti les Chinois entre ces trois systèmes, attribuant tant de millions à l’un et tant à l’autre. Dans la supputation du nombre des bouddhistes répandus dans le monde, un auteur a placé en tète di3 son énumération des nations cent quatre-vingt millions de Chinois ; il est arrivé à ce chiffre en prenant la moitié de la population totale, procédé assez expéditif, mais qui est loin do donner un résultat exact. S’il peut être utile, quand il s’agit des autres nations, de rattacher leurs habitants à quelque religion, cela ne servirait à rien pour la Chine ; il faut employer quelque autre méthode de classification. La majorité d<' ses habitants se complaît dans le culte de plusieurs religions, croit en })lusieurs mythologies de divinités et subvient à l’entretien de plusieurs clergés.
Quelle est la cause de cette indifférence? Pourquoi se préoccupent-ils si peu de chercher la vérité et de s’y tenir ? On peut donner plusieurs réponses à ces questions. Ils sont superstitieux et déraisonnables. Ils acceptent les lég(?ndes pour vérités sans examiner si elles sont prouvées ou no le sont pas. Ils s’inquiètent plus d’avoir des divinités qui semblent répondre à leurs besoins et pouvoir faire pour eux ce qu’ils souhaitent que de s’appuyer sur la vérité et la certitude. V^oici une réponse.
Un autre fait peut aider à exjiliquer comment il se peut que les Chinois croient à trois religions à la fois : c’est qu’elles sont complémentaires l’imede l’autre.
Le confucianisme s’adresse à la nature morale. Il traite de la vertu et du vice, du devoir d’obéissance à la loi et aux ordres de la conscience. C’est sur
cette base que repose son culte. Le respect religieux des ancêtres — c’est le culte de ce système — est basé sur le devoir de piété tilialc. Le sens moral des Chinois se révolte si on les engage à négliger cette coutume .
Le taouisme est matérialiste. La notion qu'il donne de l'ame, une forme épurée de la matière, est en quelque sorte physique. 11 su])pose que l'ànie gagne rimmortalité par une discipline, sorte de procédé chimique qui la transforme en une essence plus étliérée et la prépare à }»asser dans les régions de l'imniortalité. Les dieux du taouisme sont ce que l'on })Gut attendre d’un système qui a de telles notions sur l’ànie. Il déifie les astres; il déifie les ermites et les médecins, les magiciens et les alchimistes qui cherchent la pierre philosophale et la plante de l’immortalité.
Le bouddhisme ne ressemble à aucune des deux autres religions. 11 est méta[>hysique ; il parle à l’imagination et se plaît aux thèses suldiles. Il dit que le monde dos sens est en même temps imaginaire et soutient cette proposition par les démonstrations les })lus savantes. Ses dieux sont des idées personnifiées; il nie absolument la matière et ne s’occupe que des idées. La plupart des personnages adorés par les bouddliistes ne sont que des ]»ersonnitications fictives de quelques-unes de ces idées. Le culte bouddhique n'est pas une adoration rendue à des êtres que l’on croit C'xister; c'est un hommage rendu à dos idées et que l’on croit seulement réfléchi en ses etfets. 11 est utile en tant que discipline et inefficace en tant que }uière. Le bouddhiste n’a nul besoin de prière ou de culte s’il peut arriver [>ar quelque autre moyen à détacher son esprit du monde.
Ces trois systèmes, occupant les trois sommets d’un triangle — les systèmes moral, niéta})hysi({ue et matérialiste. — sont complémentaires l’iin de l'autre et peuvent coexister sans se détruire réciproquement. Chacun d’eux a sa base propre et s’adresse à des parties différentes de la nature humaine. Lo confucianisme « cojinaismit Dieu mais ne V ado rail pas comme Dieu; c’est pourquoi la place restait libre pour le [tolythéisme bouddhi(j[ue. Dans les vieux livres chinois, on parle de Dieu comme Souverain Suprême. Il est représenté exerçant surriiumanité une [)rovidence infiniment juste et bienfaisante; mais il n’est pas ordonné de le prier, il n’est pas permis au peuple d’adorer. L’empereur seul, agissant comme pontife pour le peuple, devait adorer Dieu. Par
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cett(3 lacune, le système de Cunfucius fut plutôt un code de morale qu’une religion.
Le bouddhisme vint remplir ’cette lacune. La foi individuelle en Dieu, accompagnée d'une forme rationnelle de culte, ne pouvait pas découler des enseignements religieux qui précédèrent dans la Chine cette religion, elle ne pouvait pas être développée par cet enseignement. Dans le bouddhisme, les Chinois trouvaient des objets d'adoration d’une mystérieuse grandeur, richement parés des attributs de la sagesse et de la bienveillance. Cet appel à leur foi religieuse était appuyé par la pompe du culte. Les processions, les sonneries de cloches, les fumées de parfums délicieux, les }>rières, les chants, les instruments de musi(|ue aidaient à leur dévotion. 11 n’est pas surprenant que ces cérémonies additionnelles aient été les bienvenues pour les aftinités religieuses d’une nation renfermée jusque-hà dans les limites d’un système }iresque exclusivement moral qui éloignait la masse du peuple du culte de Dieu.
Nous allons maintenant taire comprendre par un exemple comment le taouisme répondait à certains besoins que les deux autres systèmes ne satisfaisaient point. Par tme froide matinée de janvier un missionnaire se rendit, une fois, à un tem[)le situé près de la porte de l'Ouest à Shanghaï. Dans ce temple réside une divinité médicale qui guérit, à ce que croient ses adorateurs, les maux de ceux qui l'implorent. Le }*rètre taouiste chargé de ce temple adressa au visiteur étranger une apostrophe quelque peu inattendue: « Vous venez chez nous nous donner de bons conseils. Laissez-moi vous en donner aussi quelqu’un. A'otre religion ne répond point aux besoins du peuple. Quand il prie, il veut savoir s'il deviendra riche ou guérira de ses maux ; s'il adore Jésus il n’a rien de semblable à attendre, d 11 désigna une petite image, r.q)résentaut un médecin d’une précédente dynastie, assise dans une niche dans un demi-jour (H qui se devinait à peine par l'entre-bàillement des rideaux. « Voyez, dit -il, voici le dieu, prêt à dire au pieux cro^mnt la nié-decine qui lui convient et à garantir ses effets salutaires. Voyez les inscriptions fixées au-dessus et de chaque côté de la niche. Elles décrivent son pouvoir miraculeux. » On lui denianda qui avait [>lacé là ces tablettes. « Ce sont, répondit-il, les offrandes des personnes guéries par le dieu. Dans le royaume du Centre, les particuliers ont coutume[de placei' dans les tem[)lesdes
tablettes qui rappellent les bienfaits reçus du dieu à (|ui le temple est consacré. » A ce moment, survint un visiteur venant d’un village distant de quelques milles dans la cain])agne qui accomplit les cérémonies babituelles. On lui demanda. « lA^urquoi ne consultez-vous pas un médecin ? Cette idole n’est (|u’un bois inanimé. Elle ne peut vous voir, ni vous entendre, poiinpioi vous adressera elle? » Le dévot répondit avec une grande simplicité : Je ne connais pas mon mal, comment pourrais-je consulter un médecin ? C’est pour
cela que je m’adresse au dieu. 11 me guérira. Je viens de loin dans cette
intention; sa réputation est répandue très loin, » On lui demanda encore: « Ne voulez- vous pas aller à l’iiôpital libre des étrangers? » Il répondit : « Ce n’est pas l’iieure convenable, et puis, je veu.v venir ici ; pourquoi ne le ferais-je pas ? » On lui demanda encore : « Savez-vous que brfder de l’encens, demander un oracle à une idole déplaît à Dieu ? Il est aussi ridicule que dé raisonnable do prier ce dieu de vous dire quel remède vous devez prendre. » A ce moment, le prêtre taouiste vint défendre sa religion : « AAus croyez en Jésus, nous croyons en nos dieux. Los religions varient suivant les lieux, et chaque pays a ses dieux, KAvan-Kung, par exemple, le dieu de la guerre et d’autres divinités tiennent parmi nous la même place que Jésus chez vous. » « Comment ces dieux supposés peuvent-ils vous. venir en aide? » lui dit le missionnaire; « ce ne sont qiu,' des représentations imaginaires d’hommes de votre nation, morts depuis longtemps. » Le taouiste répondit [lar cette question: « N’en est- il donc })as de même avec Jésus? Lui aussi est mort de])uis longtemps. Que itouvez-vous attendre de lui ? »
Le clirétien lui dit alors : « Nous n’enfermons pas ses images dans des niches ; nous ne jetons pas devant lui des sorts dans l’es})oir d’a[)prendré ' comment il faut guérir une maladie. Le lairallèle n’est pas exact. Ce que nous attendons de lui, c’est qu'il nous aide à devenir vertueux et à atteindre le bonheur de la vie future. Le but de nos livres religieux est de nous délivrer du péché, et Jé,uis’, qui vit toujours dans le ciel, peut nous donner cela. » L’allusion aux livres lui inspira cette remarque : « Nous avons aussi nos livres qui exhortent l’iiomme à la vertu. » Il prit un exeiiqdaire d’un ouvrage bien connu que distribuent gratuitement en Chine ceux (pd consacrent leur argent à répandre parmi leurs c.oncitoyens des traités religieux.
« Ceci, dit- il, est le Kan-ying-pien, Ih'i'e de Rétribution ; tout ce qu’il Ann. g. — IV. 17
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renferme a pour but de rendre l’iiomme meilleur. Il promet une longue \de aux bons et toutes sortes de misères aux méchants. Notre but est le même que le vôtre, rendre riiomme meilleur. » On lui rappela que, d’après la doctrine de son livre, le bonheur et le malheur étaient la rétribution de la vertu ou du vice, et que cela ne s’accordait pas avec le système de divination qui faisait la fortune de son temple ; on lui demanda pourquoi il encourageait ses fidèles à espérer quelque bien de l’acte de jeter des baguettes sur le sol, et d’agiter des sorts dans une coupe de bois, si les' deux répartissent aux hommes la bonne et la mauvaise fortune selon leur mérite seulement. A cela, le prêtre de Taon, s’asseyant au milieu de ses boîtes à médecines disposées dans des casiers, sur la table devant lui son livre de recettes dans lequel il cherchait, guidé jiar l’oracle, le remède secret à appli(pier, répliqua : « Si la personne qui vient prier est vicieuse dans son cœur, sa prière n’est pas écoutée, l’oracle ne répond pas. » « Si elle est seulement vertueuse, observa son interlocuteur, elle n’a nul besoin de venir ici. La chose importante est d’être vertueux, a
Il est curieux de remarquer combien les propagateurs des superstitions les plus dégradantes tiennent à affirmer qu’elles sont les auxiliaires de la vertu et qu’elles reposent sur les plus purs principes de morale. Le taouisme, dans sa forme populaire, est une des religions les plus abjectes que le monde ait connues; il est tellement rempli de misérables insanités que son étude en devient absolument décourageante. A tout instant on se demande ; l’aine humaine peut-elle donc tomber si bas? Go pauvre docteur taouiste gagnait sa vie [>ar une industrie aussi peu respectable que celle des bohémiens diseurs de bonne aventure. L’histoire de sa secte présente une succession de nécromanciens évoquant à volonté les esprits, de rêveurs cherchant l’art de transmuter tous les métaux en or et d’un petit nombre de philosophes qui, avec des aspirations un peu plus relevées, n’ont })Ourtant pas su donner un air de dignité à un système si incurablement aljjcct ; et pourtant cet homme prétendait — la conversation continuant — que sa religion s’efibrçait à rechercher la vertu. « G'était par la vertu, disait- il, que ses coreli gionnaires cherchaient l’immortalité ; les génies qui habitent les forêts et les montagnes, qui ont pour jamais dit adieu aux foyers des hommes et sont délivrés de l’obligation de mourir, sont arrivés à ce bonheur par la puissance
de leurs mérites. » Il avouait cependant que de nos jours il n’y a plus d’homme assez vertueux pour gagner ainsi l’immortalité.
Le missionnaire lui rappela que si réellement il désirait que les hommes devinssent vertueux il y avait })Our cela de meilleurs moyens que le service d’un temple de cette nature. Les idoles avec leurs ornements brillants, les lanternes suspendues, les cierges brûlants, la fumée du bois de santal, et les appareils de divination ne sont pas faits pour développer la vertu dans la communauté; tout cela est l’œuvre de riiomme; il n’y a rien de divin dans toutes ces choses. « Telles sont nos coutumes, » remarqua le villageois; « les coutumes changent selon les lieux. » Le }irêtre paraissait un peu piqué, il observa : « Si vous tombiez dans une rivière, Jésus vous sauverait, je suppose? Il viendrait vous tirer de l'eau. Vous adorez Jésus et vous faites bien ; mais il n’a rien à voir en Chine ; ce n’est pas le dieu de notre pays et il ne nous servirait de rien de le prier. » Evidemment aucun de ces deux hommes n’était préparé à croire que Jésus est le vrai Dieu et qu'en lui est la vie éternelle.
Cet incident fait voir comment le système taouiste opère parmi les Chinois. Il s’adresse aux instincts les plus bas de leur nature; il invente des divinités qui président au bien-être matériel du peuple, les dieux des richesses, de la longévité, de la guerre et ceux de certaines maladies appartiennent tous à cette religion. Un tel système ne peut manquer d’être populaire parmi tous ceux dont la nature spirituelle n'a pas été fortiliée par l'activité, et en Chine leur nombre est écrasant ; leurs appétits sont grossiers et le taouisme leur a servi la pâture qui leur convient.
Nous avons déjà établi qu’il y a deux raisons de l’existence parallèle de trois religions nationales en Chine. La première de ces raisons est que le peupl<3 de ce pays, enclin à la superstition, néglige de rechercher les preuves ; il n’a point de preuves écrites du genre de celles du christianisme, et ses notions ne sont basées ni sur la logique ni sur la science.
La seconde consiste en ce que ces religions s’adressent chacune à des parties différentes de la nature humaine.
Nous en ajouterons encore une troisième. Ces trois systèmes sont tous également soutenus par l’autorité des écrivains. Confucius faisait profession de suivre les traces des anciens sages du pays, et le proverbe favori des Chinois est : Kin puh jookoo, » les 7)iodernes ne peuvent se compare^' aux
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anciens. » Depuis l’époque de Confucius, tous les hommes remarquables de la Chine ont employé leur influence à soutenir le même système, qui a toujours été la religion de l’Etat. Mais si les auteurs les plus influents et les empereurs des dynasties successives ont toujours suivi l’étendard du confucianisme, beaucoup d’entre eux ont montré de l’attachement au bouddhisme. Au siècle dernier, l’empereur Kien-lung donna aux bouddhistes le palais de son grand-père à Ilang' cbow pour en faire un monastère, et de sa propre main écrivit une inscription sur une tablette monumentale destinée à être placée sur le toit de l’édiflce. La littérature de cette religion — plus de mille volumes — est publiée par le gouvernement aux frais de l’Etat. Des empereurs et des écrivains de grand renom ont écrit des préfaces aux ouvrages bouddhiques. L’influence de cette religion peut se reconnaître dans les productions de beaucoup des auteurs les plus écoutés. Le clergé bouddhique a été reconnu par beaucoup d’actes publics du gouvernement. Enfin le bouddhisme est protégé par l’Etat comme religion nationale des Tibétains et des Mongols, et à Péking d’immenses établissements de Lamas de ces nations sont entretenus aux frais de l’empereur,
Plus que le bouddhisme, le taouismo [)eut être considéré comme religion d’Etat. Tous les dieux de l’Etat, tels (]ue le dieu de la guerre, Wen-chang dieu de la littérature, et les innombrables divinités patronnes des cités et des bourgs, a’ppartiennent à la religion taouiste, et d’après les édits impériaux doivent être adorés suivant les rites de celte religion. Les fonctionnaires do l’Etat, résidant dans certaines cités, visitent régulièrement les temples de ces dieux nationaux à des époques déterminées. En théorie, le confucianisme est la religion d’Etat; mais pratiquement le taouismo l’est tout autant. En outre, l’influence do la philosophie du système taouiste sur les grands écrivains et la forme particulièrement nationale de ses légendes ainsi que de la partie plus fiâvole et ridicule de ses doctrines démontrent qu'il est positivement un culte national et })Ourquoi il en est ainsi.
Actuellement chaque cité doit avoir ses temples, et ceux-ci ne peuvent être convenablement entretenus sans l'assistance de prêtres bouddhistes ou taouistes. Le dieu protecteur de la cité possède un tem[)le où le culte est rendu spécialement le P’’ rd le 15 de chaque mois, et ])ersonne n’est aussi apte à accomplir ce devoir que le prêtre de Taon.