‹ La religion en Chine, exposé des trois religions des chinoisChapitre 8 sur 33 · C II A PITRE VI · texte numérisé non relu

C II A PITRE VI

INFLUENCE DU BOUDDHISIVIE SUR LA LITTÉRATURE, LA PHILOSOPHIE ET LA VIE NATIONALE DES CHINOIS

Nous prions lo lecteur de prêter sou attention à cotte esquisse de TinRuence du bouddhisme sur la vie nationale des Clliinois. Elle est et a été très g-rande, sans contredit. L’Hindou a une forme de pensée }»lus spéculative et plus philosophique que le Chinois; l’esprit pratique du Chinois ne s’est pas amusé à fouiller les profondeurs subtiles de la spéculation familière aux Hindous ; il n’aurait pas pu inventer une philosophie abstraite comme le bouddhisme, mais il peut la suivre et la comprendre quand elle est traduite dans sa langue. Dans les premiers temps de Père chrétimme, un grand nombre d’ouvrages philosophiques et autres furent traduits du sanscrit ; ils enseignaient les doctrines bouddhiques sous une forme élégante qui ne})Ouvait moins faire que de séduire h^s lecteurs chez un peujile aussi civilisé que les Chinois. Nous allons indiquer (piehpies traces de leur intluence relevées dans les écrits d’auteurs illustres.

Les prêtres de cetti' religion aiment les fontaines et les grottes. Afin de leur donner un reflet de sainteté, ils inventent des légendes d’apparitions de personnages divins dans leur voisinages ou bien leur appliijuent (|uehpie souvenir des visites des hommes illustres. Ils considéraient le poète Soo-tung-po comme un de leurs meilleurs amis, bien qu’il n’eùt jamais renié le confucianisme.

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Pour conserver son souvenir et montrer leur reconnaissance pour les poésies où il célébra leur srenre de vie et leurs doctrines, il lui ont consacré le long des routes plusieurs sources où, dit-on, il s’est arrêté dans un voyage. J’en ai vu quelques-unes dans la province de Gliekeang; les prêtres de l’endroit les indiquaient comme Se-yen-tseuen. c( la source où le poète a lavé son encrier. «

Un autre poète, à peu près de la même époque, Taou-han, a raconté une visite à l’im des plus fameux monastères de la Chine, celui de Teen-chuli-szé, ù Hangcliow. Cet antique monument présente, dans sa forme moderne, les proportions les plus grandioses. Il tire son nom de celui de l’Inde, que les Chinois nommaient Teen-chuh, lorsqu’ils commencèrent à la connaître (ou du moins ù l'époque où leurs livres en parlèrent pour la première fois), ù peu près au temps du Christ, fù^and je le visitai, il y a environ vingt ans, il renfermait ù peu près sept cents prêtres desservants. Il est situé dans un vallon, à trois milles, de la ville. Une longue route pavée y conduit; elle est bordée d'arbrisseaux, et ornée de nombreux monuments funéraires, tombes ou édifices appelés pailow, composés de dalles verticales et horizontales de granit gravées d'inscriptions rappelant les noms et les vertus de personnes illustres.

Le poète dépeint l’aspect du monastère au moment où il y arrive dans la soirée. Après avoir cheminé quelque temps sur le sentier ombragé par un épais couvert de cyprès et de pins, il se trouve en face du temple. 11 décrit la porte majestueuse par laquelle le visiteur pénètre dans la grande cour après avoir dé[)assé les gigantesques divinités gardiennes qui se dressent comme des sentinelles à la porte du Bouddha. Il dépeint la grande salle où* l’on voit Shakyamouni Bouddha assis sur un immense lotus ; de chaque coté et derrière cette salle s'étendait un dédale de cloîtres, de salles latérales, de chambres à coucher et d'appartements destinés aux moines suivant leur rang. Il y passe la nuit et signale le contraste entre lesbois silencieux du dehors et les salles du monastère résonnant, par moment, du chant des prières et du son des cloches. De sa fenêtre il voit la lune qui miroite sur le lac et le murmure des ruisseaux frappe son oreille. L’aspect tout spécial de son logement d’un jour le fait songer au pays des Brahmanes. 11 dit alors comment il tomba dans une agréable rêverie où, délivré des soucis qui l’ubsédaient, son esprit se sentait libre d’errer dans les régions de l’abstraction.

Chaque grand monastère possède son histoire imprimée, et les poèmes du genre des précédents y sont soigneusement conservés comme des hommages rendus par la littérature à la religion ,

Les prêtres de ce vieux monastère offrent aussi l’hospitalité aux visiteurs. L’abbé fut très aimable dans ses manières lors de la visite que je lui fis avec mon compagnon ; au point même de nous recommander un terrain dans le voisinage pour la construction d’une église chrétienne. 11 pensait que le bouddhisme et le christianisme pouvaient vivre en bonne harmonie à côté l’un de l’autre. 11 ajouta quelques observations sur l’hostilité des missionnaires chrétiens contre l’idolâtrie, demandant qu’ils montrassent ce qu’il appelait un esprit plus libéral et cessassent leurs attaques contre les rites des autres religions.

On retrouve dans les écrits de Ghoo-tôo-tsze et des autres auteurs de cette époque la trace de rinfiiieuce du bouddhisme sur la philosojfiiie chinoise. Le premier a exercé sur la littérature de son pays une influence très profonde et très persistante. L’école des auteurs modernes a changé de ton à son égard ; elle lui reproche l’imperfection de son système de critique, les concessions qu’il fait au liouddhisme dans sa philosophie particulière, et sa méthode d’interprétation des anciens livres; mais récemment encore il était estimé comme un second Confucius. Ce fut incontestablement un des plus grands hommes de la Chine, et le plus remarquable des auteurs du moyen âge dans ce pays. Les reliques de ce grand homme sont conservées avec un pieux respect. J’ai vu une harpe qui lui avait appartenu; elle était en la possession d’un indigène, amateur de harpe, qui la portait partout avec lui dans ses voyages, la regardant comme la tfius précieuse de ses curiosités et 011 jouait pour divertir ses amis ; je l’entendis jouer sur cet instrument un morceau (|ui devait représenter une querelle entre un hiicheron et un pêcheur. Cette harpe était un instrument à cinq cordes ; les cordes étaient modernes, mais le bois paraissait très vieux. Je n’entreprendrai pas de discuter s’il avait subi se})t cents hiver et autant d’étés, ni si réellement il avait servi au giund philosophe ; il est certain cependant, à ce que disent les légendes, que Confucius, de même que son commentateur, était grand amateur de musique. Clioo -foo -tsze était enfant et pouvait bien juste dire quelques mots lorsqu’un savant renommé, ami de son père, lui dit en

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lui montrant le ciel : « Vois, c’est le ciel. » L’enfant répliqua: « Et qu’y at-il au delà du ciel ? » Le savant ne répondit que par un regard d’étonnement; il était émerveillé de rintelligence que ces mots révélaient. A cinq ans, l’enfant alla à l'école, et dans une seule lecture comprit le sens complet du Livre de la piété filiale. 11 écrivit en marge : « Celui qui ne possède pas ceci n’est pas un liomme. » Quand il allait avec d’autres enfants jouer dans le lit sablonneux d’un torrent de la montagne, il les quittait et s’occupait à tracer sur le sable les huit diagrarnes qui forment la base de la philosophie chinoise. Jeune homme il étudia avec avidité les livres de Bouddha et de Taou, à seule tin d’étendre le cercle de ses lectures, car il ne se convertit jamais à leurs doctrines. Elles laissèrent pourtant une im})ression visible dans son esprit ; il parle avec des termes de vive admiration de l’im de leurs livres, le Lenr/-Yea-Kinf/ , dans lequel se trouve une savante discussion pour prouver qu’aucun des objets que nous présentent les sens ne sont réels.

Cet auteur, de même que ses contemporains, avait honte de la simplicité de sa religion quand il lisait les traités si subtiles des bouddhistes sur les questions philoso})hi(pies et essaya de lui donner un air de profondeur philosophique. Les diagrarnes de Fuh-hi, (pi'il traçait sur le sable dans son enfance, n’étaient que des lignes dis[)Osées parallèlement les unes aux autres selon certaines formes variables. Les sages prétendaient que ces figures renfermaient en elles le système de l’univers. De simples symboles peuvent représenter toutes sortes de chos es, et il n’était pas dlfiicilede prétendre que ces lignes, les plus anciennes reliques de l’art de l’écriture pour les Chinois, représentaient la formation du monde. Confucius ajoutait que le Grand Extrême, ou Tae-Keih, existait au commencement de toutes choses, mais il ne définissait pas le Grand Extrême. L’école à laquelle a|)partenait notre auteur n’était pas satisfaite de ces doctrines ; elle lit de nouvelles additions, trop abstraites pour que nous les développions ici, au dogme du Tae-Keih.

Elle essaya de détinir le Grand Extrême. Confucius n’entendait probablement par cette expression qu’une limite dans le temps, l’époque initiale de la formation graduelle de toutes les choses. Notre auteur et ses amis, frais émoulus de l’étude de livres (|ui niaient l'existence de la matière et celle d'un Créateur Suprême, s’aventurèrent à prétendre que le Tae-keih est identique à la raison suprême, Taou-li, et à Dieu, Shang ti; que la créa-

tioiiest une action spontanée qui n’a pas eu d’agent, et que la personnalité de Dieu n’existe pas. Telle fut la forme qu’ils donnèrent à leur pliilosopliie nationale ; elle est bien différente de l’ancien système chinois, dans lequel la doctrine de la personnalité de Dieu est manifestement un article de fui, bien qu’on ne dise pas expressément qu’il soit le Créateur existant par lui-même et éternel.

C’est renseignement de ce système moderne que le commissaire Yéli développe dans ses entretiens avec INI. Wingrove Gooke, et que ce dernier rapporte dans son livre : La Chine en JSôl-nS. Dans le portrait très exact et très intéressant qui est fait du commissaire Yéli, celui-ci parle quelquefois avec l’esprit d’un Chinois de })ure école confucéenne, comme lorsiju’il dit : « Tien, signitie proprement le ciel matériel seulement, mais il désigne également Shang-ti (le S(uiverain suprême); il n’est pas permis de prononcer son nom avec légèreté, et c’est pour cela que nous le désignons par le nom de sa demeure qui est Tien, a D’autres fuis, il tombe dans la [*braséologie do l’école moderne lorsqu’il dit : « Shang-ti et Taou-li (la raison, la raison suprême) sont une seule et même chose. » Il dit ensuite, à propos du personnage que les taouïstes adorent commo Shang-ti (un prêtre de cette religion qui vécut sous la dynastie de Han) : « Shang-ti est un Taou-li, taouiste. » Ceci est un exemple de la facilité avec laipielle, dans la conversation, les Chinois sautent d’un point à un autre sans donner à leur interlocuteur le moindre avertissement. Pour comprendre des individus tels que le commissaire Yéli, il faut distinguer entre les différents systèmes avec lesquels ils sont lamiliers. L'ancienne philos(ji)hie confucéenne doit être séparée de la nouvelle, et il faut tenir bon compte dos [)articularités du bouddhisme et du taouisme. Une des conclusions de M. Gooke est que « la philosophie confucéenne ne connaît que la nature, spontanément créée, active, mais sans volonté comme sans intelligence ». Mais ceci est l’opinion des commentateurs modernes de Confucius et non de Confucius lui-même. Ils ont commencé à s’ex[»rimer de cette façon quand ils ont ap[)i'is du Ijouddhisme à édifier un système de doctrines négatives au lieu de doctrines positives. C’est l’esprit hindou ({ui fut leur guide dans cette opinion téméraire que la nature peut exister sans Dieu. Les philosophes chinois ne surent pas résister au désir de spéculer sur les lois du monde, et conservant la phraséologie de a.nn. g. —

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Confucius, ils éliminèrent successivement les idées du Dieu personnel et do la rétribution morale, en tant que réj)artie }iar une personne, et une fois qu'ils eurent, autant que possible, réduit l’imivers cà des abstractions, ils iinirent par identifier les termes de leur philosophie. C’est exactement ce que font les Allemands quand ils disent que raison, Dieu, science, être et pensée sont des exqtressions identiques. Il n’est pas facile de reconnaître, d’après le récit de Gooke, de quel côté penchait Yéli, du côté de la vieille doctrine d’un Dieu personnel, habitant dans les deux, dont le nom ne doit pas se prononcer à la légère ; ou de l’école sophistique moderne qui ne voit qu’un principe pour base de la nature. Les savants chinois se divisent actuellement en deux camps, dont les o})inions sont entièrement opposées, et il eût été intéressant de savoir sous quel drapeau il s’engageait de préférence. Nous penchons à croire qu’il eût préféré la première doctrine, d’après laquelle Dieu est connu simplement comme le Siq)rème Régulateur infiniment juste, bon et [)uissant. C’est la vraie croyance des Cldnois. Pour les besoins de la discussion, ils peuvent sj)éculer et sophistiquer ou répéter les sophismes des autres; mais le principe plus profond de la religion nationale s’affirme dans leurs moments plus sérieux et ils reviennent à un système plus raisonnal)le.

M. Gooke tire encore une autre conclusion des opinions de Yéh, c’est-à-dire que les missionnaires protestants ont tort d’employer l’expression Shang-ti pour Dieu, parce que c’est le nom d’un être créé. Si c’est le nom d’un être créé, ce n’est, en tout cas, que dans l’opinion de l'école philosophique moderne ; mais, môme dans ce cas, le terme « créé » ne comporte pas l’idée renfermée dans l’expression chinoise corres})ondante. Elle exprime le développement plutôt que la création. Les Chinois peuvent dire que Shang-ti est le dévelo])pement du principe suprême; mais si l’école moderne professe ce dogme sur l’origine du Shang-ti — sujet dont .on ne trouve pas de trace dans l’ancienne littérature du pays, — ce fait ne rendrait pas nécessairement cette expression impropre à traduire notre mot Dieu. Gomment pouvonsnous espérer qu’ils aient sur tous les points des idées exactes de l’Etre divin ?

L’intluence du bouddhisme, parfaitement reconnaissable dans les modifications qu’il a introduites dans la philosophie des Chinois, est niée pourtant

par ceux-là mêmes qui l’ont subie. Par contre, on affirme souvent, et de la façon la moins justitiable, que les deux religions sont identiques dans leurs principes. Exemple : Le commissaire Yé“h dit à M. Gooke que « le Taoiili de Confucius ne tint qu’un avec le Taouli dr' P)Ouddlia ». Cette opinion est soutenue par une catégorie de livres que l’on distribue souvent gratis comme traités religieux. Les bouddhistes disent que rien n’est réel exce[)té le Bouddha, que l’esprit est Bouddha, et que pour atteindre à l'état de Bouddha il suffit de maîtriser son esprit et de suivre sa nature. C’est probablement ce ([ue répondrait un prêtre de cette religion si on lui demandait de résumer en deux ou trois phrases les traits essentiels de sa croyance. Très souvent, le coiifiicianiste bien disposé pour le bouddhisme })rétend (|ue dans ces exposés l’expression Bouddha, « intelligence, » représente ce qu’il appelle « raison » li, ou « nature », sing, et qu'ils se réduisent purement à cette doctrine que l’âme humaine est primitivement lionne, et que le chemin de la moralisation et de la perfection consiste à suivre le penchant de la nature. C'est ainsi qu’ils arrivent à affirmer l’identité du Taon- li de Confucius et de Bouddha .

.J’ai connu un savant indigène de grande capacité qui avait été prêtre bouddhiste dans sa jeunesse; peu satisfait de l’avenir qui s'offrait à lui comme membre de la confrérie, il laissa repousser ses cheveux et revint au confucianisme. Il n’y a pas de comparaison entre ces deux religions au point de vue de leur considération et de la carrière qu’elles ouvrent à ceux qui possèdent l’énergie et la hardiesse. Ce savant était ambitieux et quitta le cloître }iour chercher fortune dans un champ [dus vaste. Ses études bouddhiques lui avaient ce[iendant donné une idée avantageuse de cette religion. 11 me disait une fois : « Tous les [»ays ont leurs sages. Nous avons Confucius, l’Indi' possède Bouddha, les Mongols ont le Dalaï Lama, les Musulmans Mahomet, et dans l’Occident vous avez -Tésus. 11 doit en être forcément ainsi selon les décrets de la Providence. Vos écritures [larlent d'Adam; il est le même que notre Pan-Kou. »

Les Chinois font souvent ainsi étalage de libéralité quand ils conversent avec les étrangers sur le christianisme ; c'est en [lartie par politesse qu'ils consentent à admettre, pour un m unent, l’égalité de leur religioji et de celle de leur interlocuteur ; en [»artie aussi [larce ([u’ils ne donnent pas à Confucius un caractère divin. Il n’est, [tour eux, rien de plus que le plus sage des

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hommes; jamais ils n’en parlent comme d’im dieu, jamais ils ne prétendent que ses œuvres aient été inspirées. Ils peuvent donc admettre que d’autres religions soient aussi convenables pour d’autres peuples que les leurs le sont pour eux, si elles professent une morale pure; ils ne connaissent qu’un critérium éthique. Ouandon leur présente les preuves d’une nouvelle religion ils la rapprochent tout d’abord d’un étalon nioral, et approuvent avec une grande facilité si elle soutient l’épreuve; ils ne s’inquiètent pas si elle est divine, mais seulement si elle est morale. Cette tolérance envers les autres religions est un des résultats de l’introduction du bouddhisme en Chine.

Etant donné que le Chinois considère toutes les religions comme également lionnes, il est aisé de com[)rendre la difticulté que rencontre souvent le missionnaire chrétien à le persuader de croire à la religion du Christ. 11 ])eut donner les preuves de sa divinité, mais il n’avance guère }»armi un peu|)le latitudinaire q\d ap[)rouve au même degré tous les systèmes offrant une bonne morale.

On voit, de la façon la plus évidente, l'action du bouddhisme sur le confucianisme dans le mélange de ses rites avec le culte des ancêtres.

De toutes les cérémonies, c’est la plus importante pour le peuple chinois. On raconte que certains hauts fonctionnaires visitent chaque matin la chapelle (hî leurs aïeux et j demeurent quelque temps à examiner leur conscience, persuadés qij,’ils acconqdiront plus loyalement leurs devoirs en présence des tal)lettes sacrées qui ra}ipellent le souvenir de leurs ancêtres et sont en quelque sorte les pénates gardiens qui protègent et sanctitient leurs demeures, llegarder ces tablettes est pour le Chinois comme un appel à son honneur ; il craint de commettre quelque acte qui déshonorerait le nom de sa famille ; il se sent recompensé de ses peines s'il a la conscience que ses actes ne sont pas indignes de ses ancêtres; son respect pour eux constitue le sentiment religieux le plus puissant qui règne dans son cœur.

Les messes bouddhiques en l’honneur des morts ont donné l’occasion de montrer ouvertement le respect pour les aïeux. Le culte des ancêtres est simple; la simplicité est le caractère des t mples funéraires et des cimetières d> famille. Le vulgaire, dont l’œil n’apprécie pas la simplicité, s’est plu aux riches habits, aux génutlexions et aux processions des moines bouddhistes

et surtout aux préparatifs qu’ils promettent de faire dans le monde invisible pour les âmes des trépassés.

Ces rites complémentaires s’accomplissent au foyer de la famille et non ' dans le temple des ancêtres. La métempsycose des Hindous donne liljre carrière à l’imagination pour se représenter la condition de l’âme du mort dans l’autre monde. J’eus occasion, à Kwun-slian, de voir brûler une grande maison de papier destinée à servir d'habitation au défunt dans les Hadès. Kwun-slian est une ville que le voyageur rencontre sur son chemin en allant à l'Ouest, de Shanghaï à Soochow. Ses murs entourent un espace beaucoup trop étendu pour sa population ; mais le manque de }»opulation est compensé par l'activité du fauliourg qui s'étend au dehors des portes le long de la rivière. Une colline, surmontée d’une pagode, située dans la ville en est le principal ornement et constitue un repère visiljle à plusieurs milles à la ronde. Vue du haut de cette colline, la ville se présente sous un aspect très ombreux ; les Chinois aiment beaucou}> les arlires dans leurs villes, ce qui leur donne l’aspect d’habitations fort agréaldes.

Mes compagnons de route et moi, nous avions, suivi une procession funéraire que nous avions rencontrée dans les rues, et sans difficulté nous fûmes admis dans la maison oû devaient se faire les cérémonies principales- Nous entrâmes avec une foule d’autres étrangers [)ur les portes grandes ouvertes, comme c’est l’habitude en Chine dans ces occasions. La maison de papier destinée â l’âme du mort était presque terminée ; elle avait environ dix pieds de haut sur douze de large; elle comprenait une chambre â coucher, une bibliothèque, un salon, une antichambre et une salle pour le trésor. Elle était meublée de chaises et de tables en papier. Nous vimes a2)porter des lioites de monnaies de papier. Une image dn mort en papier était assise dans l'intérieur ; il y avait aussi une chaise â porteurs avec ses porteurs et un l)ateau avec son batelier â l’usage du défunt dans le monde invisible devant la porte de la maison était dressée une taille couverte de mets. Alors s’avança une bande de prêtres bouddhistes, marchant en procession, sonnant des cloches et chantant; tout en faisant le tour de la maison, ils jetaient du riz et du froment. Puis la fannlle s’avança et adora la mère défunte pour laquelle la maison avait été construite. Tous les membres étaient vêtus de toile de coton blanc ou de toile de chanvre, de souliers de coton blanc, et portaient des

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tresses de coton blanc à l’extrémité do leurs queues, au lieu do la tresse de soie habituellement employée comme décoration do cet ornement. Les Chinois estiment que rétoflb d’un costume de deuil ne doit pas avoir de couleur, c'est pourquoi ils emploient le blanc. Ln ceci ils ressemblent aux anciens juifs qui portaient des vêtements de toile de sac, étoilé grossière et incolore, lorsqu’ils voulaient exprimer leur douleur par une marque extérieure. Après l’adoration, on tira quelques coups de feu, puis une lumière fut approchée du fragile édifice de papier et en un instant il fut en flammes. Gela se passait dans une cour ouverte de l’habitation de la famille.

D’après la doctrine de la métempsycose, nous passons tous par une succession de vies, les unes passées, les autres futures ; la vie où l’ânie va entrer peut assez ressembler à la vie jirésente pour que l’on puisse faire des préparatifs pour son bien-être de la façon que l’on vient de lire. Les riches familles confucéennes de la Chine ont la constante habitude d’accomplir des cérémonies de ce genre pour leurs morts \ ah uno disce ornnes. Interpelé à ce sujet, chaque individu dira que ces cérémonies n’ont pas do valeur, qu’il ne croit pas à leur efficacité, et qu’il ne les autorise que pour se conformer aux coutumes locales ; mais peut-être que, dans la plupart des cas, sous cette incrédulité }u'étendue se cache beaucoup de foi en la métempsycose et dans la validité des rites bouddhiques basés sur ce dogme. Par leur nature même les hommes ont tous quelque croyance en une vie future; elle provient des leçons du conseiller intérieur, « le dieu qui est en nous, qui nous montre l’avenir, et nous fait entrevoir l’éternité. » Tandis que les chrétiens ont longtemps attendu avant de porter la vérité aux innomlirables multitudes de la Chine, les bouddhistes ont saisi l’occasion qui leur était offerte, et ont nourri avec les fictions de l’Inde l’ardeute aspiration à la connaissance de la vie future qu’ils ont trouvée chez ce peuple et parmi les autres nations qu’ils ont visitées,

La croyance aux idées hindoues sur la vie future est très répandue parmi les confucianistes chinois. Elle ne se marie pas bien avec leur religion ; les deux doctrines sont loin de s’accorder. Ils le savent et ne se blessent point quand on repousse l’opinion bouddhique. Ils ont pour elle moins de respect que pour l’enseignement de Confucius, mais pourtant ils y ont quelque foi ; ils se conforment aux cérémonies bouddliiques et croient jusqu’à un certain

point qu’elles sont valables et efficaces. Obligés de choisir, ils préféreraient la doctrine de Oonfficiiis ; mais, comme on ne demande }>as en Chine qifiin homme n’ait qu’une seule religion, ils les suivent tontes deux sans s’imjuiéter de la contradiction et de l’inconséquence qui en résulte. Cela ne doit pas nous surprendre si nous nous rappelons que chez lieaucoup de nos concitoyens la croyance en la sorcellerie et aux fées a existé [dusieurs siècles après que le christianisme fût devenu la réligion nationale.

GHAPITUE VII

INFLUENCE DU BOUDDHISME SUR LA LITTÉRATURE ET LA VIE SOCIALE DES CHINOIS

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