‹ La religion et la foiChapitre 12 sur 78 · I.A KOI FMPMCITK I I · texte numérisé non relu

I.A KOI FMPMCITK I I

«oiicenlralion dans les inônies iiiains des ronctiout? admiiiistiutives (i), du soin d'ciiftcii^ner la foi, du privilège de disposer de la force des ri les.

Celle aiiLorité doii^iiiatique, ce magislère s'exerce du reste sous des rorinesdiiï'é rentes et plus ou moins nettement définies ; ainsi par exemple les drf initions formelles de l'autorité ecclésiastique; ren6eiii:nenient exprès Iia])itiiellement communiqué : renseij»nement implicite contenu dans la discipline et la pratique gc'nérale de ri]i>lise: l'approbation tacite que TK^lise donne lorsqu'elle laisse un enseii^nement se répandre.

Ce <]ui frappe avant tout, c'est le caractère objectif de l'Eglise. Klle est un dépôt, un trésor des grâces, indépendant des individus; elle administre les forces religieuses, les sacrements et' la parole: la vérité y est conservée : le salut y circule. Autorité extérieure soustraite aux oscillations de l'enthousiasme individuel, elle conserve et propose au fidèle des moyens de salut, qu'il est incapable d'atleindre lui-même (2).

Mais la foi que FEglise éveille dans ses fidèles, la loi qu'elle leur impose par son existence même, se développe et se prolonge pour deux raisons qu'il est aisé d'apercevoir.

1) Anlojiti' (|ui \a, dans certains cas. jn.s(|n ;i linquiisilion et an des])otisuie. La conrorniilc est surveillée et imposée; appuyée de lornies de contrainte pins ou moins impérieuses. Elle peut se doubler aussi d'une prétention au pouvoir temporel : ne découle-t-il pas de la puissance spirituelle? Pour (jue les âmes soient soumises, ne laiii-il pas un pouvoir coercilif. qui règne sur les corps el «gouverne la soci('té ?

i'j) Il \ a lieu de tenir compte, en outre, du dcj;ré d'organisation et de condensation de l'I'lglise. Historiquement, une Eglise n'est constituée comme

- telle que (fuond les trois élénuMils lituri^iqne, symbolique, liiérarchique se sont dégages. Mais elle peut exister antéri(Hirem('ut en puissance et en asi)iration; l'histoire de la lormation de l'Eglise chrétienne en témoignerait. Les communautés encore dépourvues de lien politique commun se savaient appar-

' tenir à l'Eglise qui ne devint vraiment une réalité que vers la fin du iir sièch-. L'unité dogmatique, liturgique, hiérarchique est iirécédée et })réparée parles professions de toi de la prédication é\ angélicjne, l'autorité du Seigneui' et de la tradition ai)ostolique, le crédit dont jouissaient les apôtres, ])rophèles, docteurs. L'I-glise, d^abord communion des Saints, par la possession de .l'Esprit, de la foi en Dieu, de l'espéranxîe et de la sainteté de la vie, devient IMMi à ])ru linstilulion visible de cette même confession de foi.

l^uisque l'individu reçoit sa religion du dehors, par tradition, la croyance à la tradition devient Tessentiel : la croyance passe de la chose garantie à la garantie. La foi de TEglisc suscile la foi dans l'Eglise; c'est ainsi que les Eglises sont logi- (juenient amenées à renforcer, à rendre plus visible leur authenticité; et aussi à exalter leur caractère sacré (i). D'autre })art, de l'Eglise visible se dégage l'Eglise invisible. L'Eglise est une réalité ; mais aussi une idée, une société idéale en même temps qu'une société réelle; visible, elle est pourtant objet de loi (2), d'une foi qui dépasse de loin ce qui lui est proposé (3) et

(i) L'Eglise ayant, en eilcl, pour niissioil de ti'ansmeUre le dépôt de la révélation, s'interpose inévital)lenient entre la révélation et le fidèle. Elle tend à se substituer à la révélation sçins arriver jamais à en tenir la place, même dans les religions qui lui font la plus grande part. Par exemple, dons le catholicisme, l'Eglise qui garantit la révélation divine, puise dans cette révélation toute la valeur de sa garantie. Ce qui est transmis par elle est accepté comme vrai, non point parce' qu'<'lle le dit, mais parce que Dieu l'a dit. La théorie catholique est que, dans l'Eglise catholique, on ne croit rien (jue parce que Dieu l'a dit. Et même quand on y croit, comme infailliblement vrai, ce que l'Eglise affirme avoir été dit par Dieu, parce que l'Eglise l'affirme, ici encore on ne tient comme infaillible l'autorité de l'Eglise que i^farce que Dieu, dans la personne du Christ, a afQrmé cette infaillibilité. (Voir Pègues, Commentaire de la Somme théoioglqiie de saint Thomas, X. 85).

(2) MiJnLMii, Symboliqne^ll, 7. En un sens, l'Eglise est l'incarnation permanente du fils de Dieu, la parole du Christ devenue objective.

(3) Il y a une notion mystique et religieuse, et une notion ecclésiastique et |>ratique de l'Eglise. Batiffol {Le catholieisme de saint Augustin) montre bien tommeut la théorie de l'Eglise est chez lui une conciliation de la foi en la sainteté du corps mystique et du fait de la société mêlée qu'est la « Catholica » visible.

L'Eglise, d'abord communion des Saints, devient une institution visible, \u\e société juridique, qui a ses titres de légitimité. Mais sous l'institution visible transparaît la communion des Saints. De même, la notion de la sainteté de l'Eglise a eu beaucoup d'importance. La pratique du pardon des ))échés a modifié l'idée de l'Eglise chrétienne; elle contient dès lors les purs et les impurs. Elle n'est sainte qu'objectivement, en vertu de son institution et de sa lin. Ainsi se précise la distinction de l'Eglise, communauté des saints, et de la Sainte Eglise visible, laquelle est une accommodation de la cjjrétienté au monde, tempérée et corrigée par les moyens de grâce.

Ainsi la notion mystique et religieuse, la notion ecclésiastique etpratiqu<' de l'Eglise, interfèrent pendant toute l'histoire ecclésiastique; et l'on reprochera souvent au catholicisme d'attribuer à son organisation les pouvoii's surnaturels et les prérogatives divines de la société idéale des croyants, par confusion de l'Eglise au sens religieux et de l'Eglise au sens juridique, de l'Eglise invisible et de l'Eglise visible. (Voir Sohîm, Wescn iind f^rsprnng des Katfwlizis/nas, 191L» .

LE CULTE l3

([ui atteint, sous les marques visibles, la pure essence de spiritualité, rassemblée idéale des élus, unis dans le Cbrist ( r).

La prati([ue de la religion, la participa lion effective du fidèle à la vie religieuse, dépassent largement l'adhésion tacite, le simple enveloppement dans l'Église, auquel nous nous en sommes tenus jusqu'à présent, ('omme le « militant » des parfis

Getle distiiiclion a élé précisée Irès nettement par les réformateurs et par les théologiens catholiques après la Réforme.

Pour Luther, l'I^^glise invisible est composée des seuls croyants; l'Eglise visible, composée de ces mêmes croyants, manifestant extérieurement leurfoi, caractérisée par deux marques extérieures, la prédication de la pure parole de Dieu et l'administration convenable des sacrements. Pour .sati.sîaire au besoin d'ordre, il admet dans la Lettre aux Frères de Bohême une autorité provenant de l'élection des fidèles et s'exerçant avec la protection des souverains temporels.

Pour les Z\viugliens et les Calvinistes, l'Eglise est la société des |)rédestinés; mais il y a une Eglise visible et des signes de cette Eglise.

Bellarmin dégage très bien cette double notion. I/Eglise, bien qu'elle soit visible, est en même temps objet de foi, parce que, ce que l'on Aoit d'elle, n'est pas ce que l'on en croit. On voit la société des hommes professant la même foi, sous l'autorité des pasteurs légitimes, et l'on croit que cette même société, instituée par Jésus Christ, est la seule véritable Eglise ; vérité en elle-même révélée et inévidente, qui suppose la foi. Ainsi l'Eglise visible est en même temps le corps mystique de .lésus-Chiist. Cette foi, du reste, est soutenue jusqu'à un certain point par des raisons (témoignages, traditions, miracles, valeur de l'r.glise).

Il semblerait assez exact de dire avec Mohlkr (Symbolique, lll, 3H\)), <|ii('. dans le catholicisme, l'Eglise invisible sort de la visible et que c'est l'inverse dans le protestantisme. La liaison nécessaire de l'Église visible et de l'r.glise invisible est fortement affirmée dans l'Encvclique Satis cogniliim du yg juin

Dans cette analyse de la notion d'Eglise, j'ai eu surtout en vue les églises chrétiennes; mais il serait aisé de montrer que les résultats dégagés ont une' portée générale. Voir par exemple Tiklk, EinleAtung, II, p. l'W et suivantes; Oldenbehg, La religion du Bouddha, p. 333). La Communauté bouddhiqu<', représentant l'idée auparavant incarnée dans le Bouddha, est l'unique dépositaire de la vérité qui délivre. Elle est l'unité idéale des moines orthodoxes répandus sur toute la surl'ace de la terre. On consultera, sur l'ensemble de la question, Tutn/iscn, Gesammelte Schrilten, t. 1.

Il) D'où la formule de Tyrrell : L'Eglise n'est pas seulement une so<"iélc ou une école; elle est un mystère et un sacrement, comme l'huniaiiité du Christ, dont elle est une extension.

l4 I-A IIELKHON ET LA TOI

politiques, le praliquant ag:it, se dépense, et se& œuvres nourrissent sa foi. Le eulte tend à pénétrer, à consacrer tonte la vie (lu fidèle (i).

L(*s fidèles entendent le eulte de bien des manières; au bas de l'échelle il y a ceux qui, à tout propos, appellent la divinité à l'aide de leurs besoins et de leurs désirs, et qui achètent cette intervention par des pratiques; au sommet les fidèles en esprit et en vérité, ceux qui, vivant dans la méditation constante des dogmes, de l'histoire, des sentiuients essentiels, animent de leur spiritualité toutes les pratiques. Car la foi ardente et profonde n'exclut pas le culte, bien au contraire : la foi s'épanche volontiers en actes, et volontiers aussi en actes collectifs. jNlème chez les mystiques les plus raffinés on trouverait, croyons-nous, qu^au moins à de certains moments une certaine place est faite aii eulte positif, ou qu'il en est créé des équivalents. Le culte, accompaguaut tous les degrés et toutes les formes de la foi, ne se rattache donc pas exclusivement à une certaine forme de foi. Plus que jamais il est utile de rappeler ici les réserves que nous avons faites sur notre classification et nos coupures. Là même où il semble s'exercer de la façon la plus indépendaute, le culte se joue dans une atmosphère d'intellectualité; les rites sont étroitement liés à des mythes (2) ; la foi qui se fonde sur la pratique est doublée d'une foi plus ou moins explicite et plus ou moins réaliste à ce que la pratique exprime et contient (3).

(i) Voir Bainvel, hi Vie in/i/ne du ((ttholique \Reviie de Pliilosoplde, igiS, p. 6o5), et LoisY, l'Evangile et l'Eglise, p. ^04.

(2) Nous reviendrons sur ce point dans notre dernier chapitre. Toutes les religions s'accordent à reconnaître cette correspondance générale des cérémonies et des dogmes. Le rite et le dogme ne peuvent être dissociés qu'abstraitement : le rite est virtnellement du dogme ; vérité dont les théologiens ont abusé, par exemple en se servant des rites ijour établir des dogmes' : ainsi saint Augustin se servant des rites usités dans le baptême des etilants pour établir le péché originel.

3i Inversement les signes et les emblèmes sont nécessaires pour permettre au sentiment de prendre conscience de soi; pour le maintenir, en révoquant sans cesse. La vi(' intellectuelle et affective n'est possible que

LE C:ULTE lO

Le culte est l'ensemble des pratiques par lesquelles la foi s'exprime et se recrée.

On peut ramener à trois ses motifs principaux :

i"" La commémoration : le culte du souvenir, l'entretien de la vie affective par la résurrection du passé sacré qui devient un perpétuel présent et un éternel avenir; Tabolilion du temps profane par le temps sacré, la substitution à la vie profane du rythme de l'histoire divine ramassée dans ses actes essentiels;

•j"* Le besoin d'une matière, qui soit un véhicule de la force sacrée : la synthèse de la parole et de l'élément, de la matière et de l'esprit ; la grâce captée, visible et voilée sous des espèces sensibles qui témoignent de sa réalité et de sa présence;

3^ L'exercice en commun, l'action sociale, et cela sous deux formes ; l'enthousiasme libre et orgiastique, l'exaltation des foules ; le culte organisé et méthodique, la discipline cérémonielle. On pourrait parler d'un culte extatique et d'un culte méthodique.

^11 va sans dire que ces motifs s'entre-croisent et se soutiennent mutuellement.

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