LA PUISSANCE DES CHOSES SACREES
"I^^efficàce du désir et i>efficace des i Rites.
Les signes et les pï>océdé8, que Je ^ culte met en œuvre, dépassent la commémoration et la réalisation plastiques. Le lidèle croit à-lît-Tertu des objets sacrés, à l'efficace 'des rites. Des résultats particuliers et précis sont .atteints par leur moyen, en même tentps que, par eiix, il' entre^n contact avec le monde surnaturel (hmft son ensemble.
l.K CUI-TE
loi encorey le pite ne fait que rendre, dans l'ame du. fidèle, L'enicace dont son origine l'a chargé; expression de la foi, il est à son tour. instigateur de la foi. Mais entre la foi d'où il procède et celle qu'il suscite, il y a toute l'histoire du rite et toute celle delà communauté religieuse. Le rite a pu se compli(}uer, dévier, s-' altérer : souvent sarsigïiification a changé ou disparu, sa puissance directe de suggestion s'est afï'aiblie. Et \v fidèle (f aujourd'hui ne retrouve plus, sinon à un faible degré et par exception, à certaines occasions solennelles, sous la poussée de l'enthousiasme collectif,. /ou dans des; moments de ferveur privée, les grands états d'âme, oii le sentiment sur de soi et de sa puissance sur le jnonde, confère aux gestes et aux actes qui l'expriment et aux objets qui le reflètent, la vertu de réaliser, souverainement, dans la nature ou dans un inonde surnaturel, rintention profonde qui l'anime et, la foi dont il est chargé. Ainsi, sous la suggestion des rites, le lidèle peut retrouver momentanément l'élan créateur d'où ils procèdent. Mais, en dehors de ces moments de foi vive, .et en dehors de cette possibilité latente» endormie dans les objets religieux et qui, toujours apte au réveil, leur confère, mqme du fond de son sommeil, une part de leur puissance,, le fidèle continue d'y croire par habitude, et par autorité.
Appelons réalisme cette croyance à la vertu des objets sacrés, à. l'efficace des rites. Le réalisuie sacramentel est très probablement l'attitude première de la pensée religieuse. La cioyance à la fqrce des rjtes, à la puissance absolue des objets <aci*és, se retrouve dans toutes les religions élémentaires. Les rites des cultes primitifs sont des figurations qui sont supposées produire reflet qu'elles représentent. Rites totéiniipies, rites de, chasse et de pèche, rites de guerre, ;:'ites d'initiation, rites agraires, symbolisant leur objet, le mettent en scène cl par cela même sont, censés le réaliser (i). » Ce
^ii LoisY : La Religion, îoo.
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n'est qu'après coup que l'intcrp relation symbolique attribue une signification plus subtile aux formules et aux rites religieux, qui ne correspondent plus aux aspirations des temps nouveaux. On peut suivre dans presque toutes les religions la substitution progressive du symbolisme au réalisme.
Mais le Symbolisme lui-même a bien des degrés. Lorsque au terme, on interprète les mythes et les rites comme Tillus- I ration brillante d'un drame d'idées qui se suffirait aisément à soi-même, on est bien près de déclarer inutile cette enveloppe et on ne la justifie guère que par 4es raisons de condescendance ou d'opportunité. Beaucoup, il est vrai, ne vont pas si Ibin, et tout en considérant le mythe et le rite comme inadéquats à la signification spirituelle, dont ils sont les signes, ils îfes tiennent pour son expression nécessaire : l'idée ne pouvant se passer d'une matière, encore qu'elle la déborde.
Ainsi l'attitude symboliste oscille entre la matière et l'esprit, avec une tendance croissante à rabaisser la matière devant l'esprit ; ainsi les théories sacramentaires qui sacrifient l'a matière du sacrement et son action objective à la présence spirituelle et à la grâce morale; symbolisme encore pourtant puisque la matière sacramentaire retient encore une dignité particulière de cette présence spirituelle dont elle est le signe. Enfin Ton arrive au symbolisme réfléchi. 11 y a de même trois phases de création religieuse : l'objectivation directe de la pensée et de l'intention dans des actes rituels, oîi, en toute naïveté, elles se trouvent réalisées tout entières, présentes et agissantes à la lettre, puis la demi-objectivation du Symbolisme proprement dit (i), où l'esprit a conscience de dépasser le symbole, où pourtant il se retrouve et se complaît; et enfin îe Symbolisme réfléchi : tel un artiste qui, volontairement et à
(i) Le caractère d'obscurité de 'cette tendance s'explitiue plus aisément encore, si l'on admet qu'il y a dès l'origine dans le Symbole une certaine confusion et une certaine richesse : il y a plusieurs idées dans la même matière, et la même idée dans différentes matières.
froid, enveloppe une morale dans une parabole : telles l'énigme, l'allégorie et la métaphore littéraire (i;. Ces trois phases de <îréation rclip^ieuse et ces trois procédés d'interprétation se correspondent (2).
Il peut sembler, au premier abord, que l'évolution historique témoigne que les rites sacramenlaires aboutissent à n'être plus
(ij Tel sera le système de ceux qui veulent que « toute partie d'église, tout <)l>jet matériel servant au culte « (et l'on pourrait ajouter tout acte rituel) soit « la traduction d'une mérité the'ologique )^. Hitvsmans, la Cathédrale, Pages iiitholiqnes, 3ii.)
(2) Voir p. ex. Moret, Itois et dieux d'Egypte, p. 211. A l'origine le sacrilice du Dieu en Egypte était inconscient et ses effets bienfaisants sur l'huma- Jiité, involontaires. C'est la force d'un rite purement magique qui ressuscite Osiris : et c'est au nom du même principe que les liommes qui imitent la îuort d'Osiris participeront automatiquement à sa renaissance et à l'immortalité. A mesure qu'on avance dans la civilisation égyptienne, le sacrifice du •dieu tend à être considéré comme un acte raisonné. Au temps des mystère» «siaques, l'évolution dans le sens spiritualiste est encore plus marquée ; c'est Isis elle-même qui appelle le néophyte ; le baptême isiaque lave l'àme plus que le corps; la mort du myste signifie .surtout que l'âme meurt au péché; la renaissance est le point de départ d'une vie morale épurée, la transtiguration de l'initié en dieu Rà, c'est l'apothéose de l'homme; voir aussi, p. 3io, les trois étapes dans l'évolution d'Osiris. Cumont, les Religions orientales, a l)ien signalé la puissance <lu rituel, dans la religion égyptienne. Le rite y a une forme opérante par lui-même, et quelles que soient les intentions du célébrant et les dispositions intimes du iidèle ; l'homme acquiert par la conaiaissance de la liturgie un pouvoir immense sur le monde des esprits. D'où la iixit(; et raI)ondance du rituel. Waxdt, Volkerpsychologie, II, 3^ partie, veut voir dans les doguies catholique, luthérien et calviniste de l'Eucharistie ics degrés d'évolution de la Magie syuipatliique à la Spiritualité. Ceci deman ilerait à être examiné de plus près; il faudrait analyser très exactement les notions de présence réelle et de présence spirituelle. En un certain sens, il y a dans le catholicisme plus de .symbolisme qu'on n'en aperçoit à première vue, voir Bossuet, Variations, IV, 126 : « Bien plus, il faut reconnaître qu<' tout ce qui est le plus vérité, pour ainsi parler, dans la religion chrétienne, est tout ensemble mystère et signe sacré. L'incarnation de Jésus-Christ nous ligure l'union parfaite que nous devons avoir avec la divinité dans la grâce et dans la gloire. Sa naissance et sa mort sont la ligure de notre naissance et de notre mort spirituelles. Si, dans le mystère de l'Eucharistie, il ■daigne s'approcher de nos corps en sa propre chair et en son propre sang, par là il nous invite à l'unité des esprits et nous la figure. Enfin, jusiju'à ce que nous soyons venus à la pleine et manifeste vérité qui nous rendra éternellement heureux, toute vérité nous sera la figure dune vérité plus intime. » La tliéorie catholique des sacrements témoigne anqdement que le sensible est moyen pour le spirituel et, à certains égards, n'existe que par <léfaut de spiritualité; la nature humaine a besoin de signes sensibles qui la conduisent à la vie spirituelle et qui attestent la communication de la gràee. L'homme déchu s'est soumis au sensibb' et a besoin d'une médiation sensible pour s'approprier le si)irituel. On pourrait dire, en empruntant le lan-
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que des signes (ij, destinés à rappeler un événement ou une promesse, que le a*éalisme originaire se perde dans la commémoration. Mais il faudrait se demander si la conuiiémoration elle-même n'ajoute pas au souvenir la vertu (le son identification avec la personne, la chose ou Févénemen^ représentés. La religion ne pense guère en images mentales et en rapport d'images entre elles. Elle pense en choses, et là oii les images sont présentes, les objets aussi sont présents. 11 y a donc souvent, sous la commémoration, si simple en apparence, l'éveil d'une foi profonde, prête à donner le sens mystérieux d'une présence ou d'une efficace, à des formules verbales ou àcles gestes rituels, liés à l'image évoquée. Elle dispose le croyant à .prendre le signe pour la chose même. Les religions sont A'olonliers réalistes -parce qu'elles oui besoin d'agir sur une réalité divine, extérieure au fidèle.
gage kantien, que les saçitmcuLs sont un sclicj^nc destine à assiiiei- le passage du spirituel au sensible.
D'antre part, il est bien, probable, malgré la critique protestante, que le réalisme sacramentel d^ite , des premiers temps du christianisme ; non pas qu'il se soit çxpriméi Ctt tlicories analogues à ceslles de la scplastique, ni même qu'il ait; fait appel à une notion précise; c'est ce que Loisy, VEvaniiile cl l'IiJglise^.i> 284, paillant dçs origines chrétiennes, a (inemi^nt exprimé. « On ne spécule pas sur le signe, ou ne parle, pas d'eflicacilé physique du sacrement dans le baptême, ni de Iranssubstantiatipn dans l'Eucharistie; mais ce qu'on croi4, et ce qu'on dit va. presque au delà de <îes' assertions tliéologiques. Le culte de cet Age primitif pourrait se déiinir :. une sorte de réalisme spirituel qui ne connaît pas de purs symboles et qui <tst essentiellement sacramentel par la place qnv tient le rite eomme véhicule de l'Espril et moyen de vie divine.
(11 Sous réserve des oscillations inévitables, et des ictours à Vopus operoliun strict. Ainsi Loisv rappelle, justement, 6'rtt7'(/it't% '6bg, que les rabbins des premiers siècles de notre ère ont enseigné que les saeritices du taureau et du bouc.deïahveh effaçaient les impuretés et les fautes involontaires, et «]ue l'expiation (de tous les péchés et crimes se faisait par le bouc émissaire.
On oite même des labbins .«|ui ont enseigné, contrairement à l'opinion commune, qu.e la rémission de tous les péchés s'opérait par le fait môme et sans que le repentir du pécheur fût requis pour l'efticacité du sacrement . Habbi-Judah-{vQir.MooP.»'. SV/r/v'/Ficr'. Ency('l. lilblique. TV .