III
(3) LooFS, Dogmengeschichte, 3'jÔ.
(4) Inst. IV, c. 17, n. 19. Cf. Loisy, Le Sacrifice, p. ôig. « Même les communautés issues de la Réforme, par l'importance qu'elles continuent d'attachei à la Cène, par la signification qu'elles lui prêtent, et tout en protestant que la Cène n'est pas un sacrifice, même en niant la présence substantielle di Christ, ne laissent jias d'attribuer 'à la Cène une vertu, et elles n'ont réuss qu'à en faire un sacrifice décoloré. Tant que l'on opère avec les notions de péché et d'expiation, de régénération mystique et de vie éternelle, comme avec des réalités, l'on reste dans la ligne d'évolution de l'action sacrée, sui le terrain où a régné, où règne encore le sacriûce. »
(5) Z\VI?fGLE.
(6) Voir, par exemple, sur ce point, l'embarras de l'Apologie : Hitiis qui habent inaiidatum Dei, et quibus est addita prornissio gratiae. Ap. 200, 3 Notae pro/essionis inter homines... sed inagis signa et testiinonia voliintatis de erga nos... Caercmonia est ([uasi pictava verbi seii sigilliim. 267, 70.
L'Kucharistic a-t-elle été d'abord seulement commémoration du dernier repas du Maître? Cette doctrine, chère à la critique protestante, permet au protestantisme de se retrou\'er aux origines, ^lais saint Paul prend les formules eucharistiques au sens réaliste. Et dès i5o, sans aucun doute, l'Eucharistie n'est plus ({u'un simulacre de repas. Elle est organisée comme rite et dans sa relation avec la mort du Christ (i). Par quel travail interne, sous quelles influences, juive (2), païenne, s'est formée et développée la doctrine eucharistique? Cette question dépasse notre sujet et notre compétence (3y.
On ne peut nier ni l'extrême fréquence, ni la grande importance du motif que nous venons d'analyser. Le « réalisme » , le besoin de réaliser le sacré, de le fixer ou de le traiter comme fixé en des objets matériels, abonde dans toutes les formes de religion et à tous les moments de l'histoire religieuse. Peut-être n'est-il d'abord que l'impossibilité de penser l'un sans l'autre, le sacré sans les forces ou les objets matériels qui le supportent et le véhiculent. Comme tel, il est un trait nécessaire des religions « primitives » et il persiste ou reparaît avec l'état d'esprit dont il est la suite. Peut-être, après tout, nous Tavons
iij GoGUEL, L'Eucharistie, 1910.
(2) HoussET, Religion des JadenUiums, 179.
('3) LoisY, Les premières années du christianisme {Rev. d'hist. des relig-ions), 1920, 177, allriljiie un grand rôle à la communauté d'Anlioche : « C'est là que la Cène eueharistique, au lieu d'être uniquement pleine de son souvenir et comme un avant-goùt de son avènement, lut ressentie à l'instar des repas de sacrilifc, comme un acte de communion actuelle avec sa sublime personnalité. Cela se faisait par la force des choses, parce que les païens, gagnés à l'espérance qui s'attachait au nom de Jésus, ne pouvaient hi sentir religieusement que selon des catégories vers lesquelles s'orientait déjà la pensée de leurs maîtres juifs. »
VU, n'est-ce là que cette loi psychologique qui attache la pensée à ses images, soutenue par cette autre loi qui attache le sentiment à ses mouvements d expression.
Mais rintensité du réalisme varie singulièrement. Les religions et la religion dans son ensemble, malgré les oscillations qui sont de règle, semblent bien évoluer du matérialisme au spiritualisme, d'un ritualisme coercitif à des relations plus humaines. L'histoire de la communauté religieuse se reflète dans ces institutions..
Certaines religions s'incorporent cette doctrine et ces pratiques, auxquelles leur tendance primitive semblait opposée. Il est bien probable que le christianisme primitif, malgré toutes les vertus qu'une partie du judaïsme contemporain attribuait au sacrifice, a été, chez ses premiers fondateurs, à peu près étranger aux institutions rituelles qu'il s'est assez vite données. Mais il demeurait enveloppé dans le culte judaïque, et à mesure qu'il s'en affranchissait, c'était pour tomber dans le cercle d'idées et de pratiques des <( Mystères païens ».
Comme il est de règle, une théologie se forme autour de telles croyances et de telles pratiques, et leur fournissant des raisons, elle leur fournit une raison de durer, contre d'autres théologies.
Bien entendu, un fidèle indifférent ou à peu près et qui pratique, et même beaucoup de pratiquants d'un niveau inférieur, se contentent de l'autorité et de la tradition pour croire comme on croit, agir comme on agit et croire de l'action rituelle ce qu'on en croit. Mais les fervents et les passionnés retrouvent en eux-mêmes quelque chose des forces initiales qui ont établi les rites et quelque besoin de posséder l'objet de leur foi en une réalité qui la fixe et qui l'assure; ils vont, pour ainsi dire, au-devant de ce qu'on leur demande et retrouvent aisément dans le culte, matière, geste et formule, la réalisation de leur attente secrète.