VIII AVANT-PROPOS
operatum confère la grâce sacramentelle par sa force propre, sans que les bons mouvements intérieurs du sujet soient nécessaires; mais, dans les deux cas, il faut tout au moins que le « récipient » n'y fasse point obstacle, par exemple, qu'il ne soit pas en état de péché mortel. Et c'est là une doctrine extrême; car une doctrine toute différente, que Dieu opère dans l'âme à l'occasion des sacrements, que la grâce est dans l'âme et non dans les signes visibles, est soutenue par des théologiens comme Saint-Bonaventure (i)\ et entre ces deux doctrines extrêmes il en est d'intermédiaires, celle de Saint-Thomas, par exemple, ou de Bellarmin, et l'Église, comme toujours, a pris une position moyenne. La notion de la grâce sacramentelle, remède qui agit objectivement, est complétée par celle d'une assimilation subjective (2). Le catholicisme n'emploie pas, pour la désigner, le mot Foi, parce que ce mot signifie, pour
(i) Saint-Bonaventure, lih. iv, dist, i, p. i, art. i, qu. 3. : « Non causant gratiam, nisi per quamdam coîicomitantiani, quia Deus sacramentis adhibitis in anima operatur. » Nous signalons en passant l'analogie de la théorie des causes occasionnelles chez Malebranche, avec l'explication de l'efficace des sacrements chez Saint-Bonaventure.
(2) Il y a, il est vrai, une dérogation à ce principe dans le cas du baptême des enfants. Presque toutes les confessions chrétiennes ont rencontré cette difficulté; car l'obstacle au baptême des tout jeunes [enfants, c'est précisément l'impossibilité de la foi ou d'une disposition qui ressemble à la foi ; et d'autre part, des raisons que nous étudierons plus tard ont amené progressivement les églises chrétiennes à rapprocher le baptême de la naissance. Nous étudierons plus loin les moyens qu'emploient les différentes confessions chrétiennes pour résoudre la difficulté. Celles qui ne traitent point le baptême des enfants comme un acte administratif, un rite extérieur d'incorporation à l'Eglise, ou un engagement que prennent les parents et que l'enfant, plus tard, prendra à son tour, supposent chez l'enfant une foi personnelle, momentanée, miraculeusement infuse, ou le report sur lui de la foi de l'Eglise.
Une autre réserve pourrait venir d'une seconde difficulté. Quelles doivent être les dispositions subjectives du célébrant, pour que le sacrement soit valide ? Par exemple, c'est la doctrine catholique, que la foi n'est pas nécessaire chez le ministre pour la validité du sacrement; mais il s'agit de la foi au sens catholique du mot; et cette validité requiert chez le ministre l'intention de faire ce que fait l'Eglise; si les paroles de la consécration sont prononcées sans intention en présence du pain et du vin, il n'y a pas de sacrement; les paroles n'opèrent que par l'intention qui les dirige; c'est, en effet, cette intention qui fait du ministre l'instrument de Jésus-Christ, qui confère au sacrement son pouvoir. Concile de Trente. Session vu. (De sacrani. in gen. can. XII ; de hapt. can. iv).