LA RECHERCHE DE LA VERITE
Beaucoup de fidèles croient par raison, ou du moins, la raison entre pour une bonne part dans la formation et le maintien de leur croyance. Descartes exprimait la pensée de beaucoup d'hommes, lorsqu'il écrivait à propos de l'immortalité :
« Quoique la religion nous enseigne beaucoup de choses sur ce sujet, j'avoue néanmoins en moi une infirmité qui m'est, ce me semble, commune avec la plupart des hommes : à savoir que nonobstant que nous veuillons croire et même que nous pensions croire très fermement à tout ce qui nous est enseigné par la religion, nous n'avons pas néanmoins coutume d'être si touchés des choses que la seule foi nous enseigne et où notre raison ne peut atteindre, que de celles qui nous sont avec cela persuadées par des raisons naturelles et fort évidentes (i). » Et saint Augustin, dans une lettre à Nébridius, constate, non sans quelque surprise, le besoin qu'il a de raisonner dans les
(i) Correspondance, III, 58o. Le même Descartes écrit aussi : « Pour le mystère de la Sainte-Trinité, je juge, avec saint Thomas, qu'il est purement de la foi, et ne peut se connaître par la lumière: naturelle. Mais je ne nie point qu'il y ait des choses en Dieu que nous n'entendons pas, ainsi qu'il y a, même en un triangle, plusieurs propriétés que jamais aucun mathématicien ne connaîtra, bien que tous ne laissent pas pour cela de savoir ce que c'est qu'un triangle. «
moments même où il sent le plus vivement sa foi (i). Et Tertullien ne distinguait-il point, en matière^ de foi, les simples, incapables et insoucieux de spéculation, qui se contentent de la tranquille possession de leur foi, mais qui sont exposés, en raison de leur naïveté même, aux sophismes amollissants; et les intellectuels, qui se piquent d'aborder les plus abstruses questions de la métaphysique religieuse (2) ?
Pratt, dans son enquête, sur les soixante-huit cas examinés, en signale quatorze oii la croyance en Dieu est basée sur des raisonnements. Ainsi Bradley n'avait point tort de dire que, pour certaines natures, la tendance intellectuelle à comprendre l'existence est le moyen d'accès le plus important à la divinité (3). Tels «ont, en général, et par nature et par profession, les docteurs des Eglises. Beaucoup de simples fidèles adhèrent, pour des raisons réfléchies, à l'apologétique officielle, ou môme se font une apologétique personnelle, qui représente leur efl'ort pour se maintenir dans leur croyance. Un des moyens qui ont rendu possible la conversion de l'ancien monde au christianisme, n'était-ce pas la formation d'une théologie exprimée dans le langage philosophique de l'époque et qui, mieux que tout autre système d'idées, répondait aux besoins du temps?
C'est un lieu commun du catholicisme que d'insister sur le rôle de la raison dans la foi : interrogez un catholique instruit de sa religion et intelligent; il vous dira fort bien que les graves réserves de Pascal sur la raison tiennent à son jansénisme; il vous esquissera toute une apologétique en grande partie rationnelle. La foi « du docteur » est, du reste, presque nécessaire à la plupart des chrétiens modernes, qui sont au courant du monde : un monde où le sens commun n'est plus chrétien.
(I) Ep., IV, 2.
(a) De Baplisrn, l; adv. Pr., II; adv. Marc, I, II.
(3) Cité par Hôffding, Philosophes contemporains, p. 656.
La vérité a sur les esprits un divin prestige. Beaucoup de croyants diraient volontiers, avec Ernest Psichari :
« Que les faibles se nourrissent des plus nobles rêves : Lui, il veut la vérité avec violence. Il est saisi par la noble ivresse de l'intelligence, et cette fièvre d'esprit le travaille, d'aller à la véritable raison, à cette assurance très sereine de la raison bien assise. Il demande d'abord que Jésus-Christ soit vraiment le Verbe de Dieu, que l'Eglise soit de toute certitude la gardienne infaillible de la vérité, que ^Nlarie soit en toute
réalité la reine du ciel C'est en vain que... le rite, l'usage
seront invoqués. Si le temple qui a su créer l'union des peuples du Latium est mensonge, son œuvre ne sera pas durable. Car le mensonge ne fonde rien, et les œuvres de mensonge portent en elles leur condamnation. Mais la querelle est misérable de savoir si telle illusion est nécessaire f i). »
Ou encore :
« Le désir de la connaissance essentielle. Le plus beau des poèmes n'étanchera pas la soif immense de cjette âme. Nulle musique n'endormira plus ce malade que la misère du monde a circonvenu. Il lui faut le pain de la substantielle réalité, afin que ces mirages, dont il meurt, s'évanouissent, — et non pas les douces rêveries du cœur, mais le vol sévère de l'esprit tendu vers la possession éternelle... Il n'est pas de consolation hors de la clarté de midi et de l'étincelante certitude... Il n'est de paix que de la raison (2). »
Si le croyant ne s'avise point par lui-même de cette exigence de vérité, son directeur fen fait souvenir. Voici comment Ghéon, intérieurement pressé de se convertir, raconte son entrevue avec le prêtre qu'il consulte :
« Je commence timidement, et, malgré moi, peu à peu je m'anime. Il ne m'interrompt pas; il ne me calme pas; mais il ne me semble pas participer. Quand j'ai fmi, il tousse et sans
(i) Le voyage du Centurion, p. io4- (2) Ibid.. p. 106.
se départir de son impassibilité sacerdotale : « Si je vous comprends bien, dit-il, vous êtes venu à Dieu en artiste. » Alors, toujours posé : « Mon cher enfant, Dieu est raison... » Mais je serais incapable aujourd'hui de restituer avec fidélité la belle et froide leçon de doctrine qu'il administre à mon cœur exalté. Il me prouve par a~\-b que la foi catholique est imbattable sur le terrain de la logique et de l'expérience des siècles ; il m'explique pourquoi Dieu est, et Dieu étant, pourquoi notre Dieu est le vrai. Ne nous laissons pas égarer par le sentiment : évidemment, c'est une diose respectable, utile en son temps (et j'en suis la preuve), mais sujette aux défections. Il faut croire avec son esprit (ij. »
Même les esprits ordinaires, et que ne presse point un ardent besoin d'intellectuabté, sentent qu'un minimum de philosophie leur est nécessaire pour la foi. Voici ce que le comte de Paris écrivait à M»' d'Hulst :
« Vous savez que je n'ai aucun goût pour la philosophie dans mon existence actuelle; elle ne parle ni à mon cœur, ni à mon imagination, ni à mon esprit. J'estime qu'il y aura bien le temps de nous en occuper, avec des lumières plus grandes dans l'autre monde, si cela en vaut encore la peine, et que, dans le cas contraire, il n'y a pas lieu de s'en occuper dans celui-ci.
« Je ne demande qu'une chose : c'est que ma raison, mon esprit, mon cœur et mon imagination soient absolument persuadés de l'existence de Dieu tout-puissant. Une fois ces prémisses admises, tout le reste en découle si naturellement que je ne me préoccupe même pas de la démonstration (2). »
RATIONALISME ET IRRATIONALISME
La Foi oscille entre l'attitude rationaliste et l'attitude irrationaliste. Elle se défend d'être la raison, car elle enseigne ce
(i) Ghkon, Témoignage d'un converti^ 2o3. (2I Baudrillart, M«'^ d'Hulst, II, 5oo.
qu'on ne peut pas savoir : elle disparaît devant le savoir (i). Aussi le rationalisme religieux a-t-il toujours été mortel à la religion : aussi bien le rationalisme qui fait de la religion un symbole, une approximation de la vérité, l'enveloppe mythique d'un idéal éternel, que celui qui prétend qu'en religion tout se prouve, que la foi est toute raisonnable, qu'elle est la raison même. L^explication et la démonstration des dogmes positifs en abolit le caractère mystérieux. A redevenir naturelle, la religion perd la puissance immense du Surnaturel.
D'autre part, ce qu'elle enseigne doit se justifier en quelque manière. Le fidéisme absolu, c'est l'arbitraire pur.
Ainsi, la foi est un mélange de savoir et de non-savoir; d'adhésion raisonnée et d'élan irréfléchi.
Telle quelle est, la foi s'estime supérieure au savoir; ce qu'elle contient d'obscurité lui paraît une lumière supérieure à la lumière naturelle; soit qu'elle humilie la raison humaine devant elle et qu'elle ne veuille voir dans le monde du savoir qu'un monde d'apparences ; soit qu'elle condescende à admettre que le savoir est un ordre de vérité, compatible jusqu'à un certain point avec la foi et même préparateur de la Foi; on sait combien de tentatives d'accommodation l'histoire a successivement enregistrées.
Jusqu'à un certain point, la foi, certitude sans preuves, représente, si elle ne la réalise pas entièrement, l'appréhension immédiate d'une réalité suprasensible ; certes, la foi n'est pas « vision béatifique » ; mais elle tend vers la vision béatifique, elle en est l'équivalent provisoire (2), et dans toutes les reli-
(i) C'est l'axiome thomiste : Impossibile est qiiod de eodem sit fides et scientia.
(2) PÈGUES, Commentaire de la Somm.e théologique, X, 26 : « Les fidèles ont la connaissance des choses de la Foi, non parce qu'ils les voient en ellesmêmes ou dans leur vérité intrinsèque, mais parce que la Foi les contient et que cette lumière de la Foi qui les enveloppe ou les renferme en garantit l'absolue certitude. Nous avons même dit que l'habitus surnaturel de la Foi les fait un peu atteindre en elles-mêmes, pour autant qu'elle en donne à notre esprit le goût intellectuel. »
gioiis il y a toujours eu des fidèles qui ont prétendu passer de la foi à la vue, de la représentation à la réalité : ce sont les mystiques.
Irrationnelle en un sens, la foi est, par là même, affective et active : elle est sentiment profond, confiance, confiance qui exalte ; dans la foi le croyant éprouve une puissance qui le dépasse et qui le régénère; elle a toujours, même dans ses formes les plus volontaires, quelque chose de passif, d'irrésistible.
Jusqu'à quel point ses formules expriment-elles ce sentiment profond? Jusqu'à quel point le satisfont-elles? La Foi subit-elle, en l'acceptant pleinement, comme une révélation extérieure, une formule qui la précède et s'impose? Ya-t-elle au-devant de cette révélation, expression adéquate ou inadéquate de ses exigences? Grée-t-elle son objet de sorte que le dogme ne serait que la révélation de la Foi? Créc-t-elle inévitablement un dogme qui la représente ou peut-elle se satisfaire de sa propre effusion, libre de toute forme positive?
L'histoire de la religion nous montre le continuel antagonisme de deux états d'esprit : l'intellectualisme, avec sa défiance de l'inconnaissable et de la croyance pure, sans connaître, à l'aveugle, comme par un coup de force ou de lésespoir; le sentimentalisme, avec sa défiance de la science et le la foi, comme conclusion d'un raisonnement. La plupart des •eligions, pour la raison que nous avons dite, se sont appli- [uées à concilier les deux tendances : la Foi Croyance enlerme me part de raison, mais en même temps un surplus d'affirmaion, qui vient d'uh élan de sentiment.
L'intellectualisuie se présente sous deux grandes formes. Ou
Iien il ignore ou abolit les notions de mystère et de révélation : ■
gH LA RELIGION ET LA FOI
les vérités religieuses sont alors des propositions d'ordre métaphysique, auxquelles la raison accède par des démarches naturelles et inévitables; le mystère n'est que l'obscurité initiale; la révélation, si elle existe, l'aide bienveillante d'un Dieu qui prévient la raison et fournit à l'esprit le résultat avant la recherche. Un tel croyant est un métaphysicien. Reste à savoir si, dans un tel système, l'enchaînement des raisonnements aboutit, à lui seul, à la certitude; pour franchir la probabilité, la possibilité, pour sortir de l'hypothèse, ne faut-il pas — et beaucoup le reconnaissent, et cette prétendue métaphysique devient alors une métaphysique affective — une part d'adhésion affective, sentimentale, personnelle? Le mouvement qui va de l'essence à l'existence n'a-t-il point toujours pour moteur un surplus d'être? De la perfection log:ique à l'être, de la possibilité à la réalité, le chemin ne passe-t-il pas toujours par la valeur, c'est-à-dire par l'accord senti de l'hypothèse avec les aspirations les plus profondes du sujet? Qu'il s'agisse de Dieu ou de la vie morale, du progrès de l'Humanité, de la Société, du sort de la vérité et des valeurs, de l'avenir de la Science, il n'y a peut-être toujours pour l'esprit que des possibilités et des probabilités que l'ardeur des esprits et des âmes transforme en certitude.
Une religion à mystères et à révélation, du moment que les notions de mystère et de révélation sont formellement proclamées, reconnues et comprises, peut encore se proposer à la raison par le détour de l'illumination et de l'intuition intellectuelle. D'où, en apparence, une seconde forme de rationalisme, qui, en réalité, ne fait que doubler la première ou verser dans le sentimentalisme. La révélation se propose directement, intrinsèquement, par elle-même et sans preuves externes ; mais alors c'est à une raison illuminée, à une intuition au-dessus de la raison qu'elle s'adresse, et cette illumination, complaisante et guidée par la foi, est bien près de lui ressembler; ou bien c'est au cœur qu'elle s'adresse, et l'on conviendra franchemeiU
qu'une telle intuition n'est qu un autre nom de la sensibilité et du cœur : équivoquant parfois sur le cœur, comme Pascal; on sort alors de l'intelligence et c'est parce qu'elle convient à l'àme €t qu'elle lui propose, par exemple, une vie et une image idéales, que la religion est acceptée. Pour se justifier aux yeux de la raison, il faut plus que cette adhésion de sentiment. Mais, puisque le contenu de la foi est mystérieux et irrationnel, puisque la critique de la raison tend à la vider de cette prétendue fonction d'illumination, le rationalisme est obligé de faire un détour; ce n'est plus le contenu, c'est le contenant qu'il s'appliquera à justifier. Et c'est une seconde forme d'intellectualisme.
On fera marcher de pair l'histoire et la métaphysique. C'est à un moment donné de l'histoire du monde que le Surnaturel a fait irruption dans la nature. On peut faire l'histoire de son apparition et de son développement; des témoins dont le témoignage doit être reconnu comme valide le garantissent et son caractère merveilleux; des témoins sûrs authentiquent ainsi le message du témoin céleste, de l'envoyé de Dieu, quel qu'il soit, qui est venu apporter des vérités surnaturelles, qui a prouvé sa mission par des signes, au moins autant que par ces vérités elles-mêmes. C'est la vérification de ces titres qui constitue le travail de la raison.
Par exemple, dans la religion chrétienne : un mort ressuscite sur l'ordre de Jésus de Nazareth, un homme qui se dit envoyé de Dieu; le fait de la mort, le fait de la résurrection, le farttde l'intervention et de l'affirmation de Jésus sont du domaine de l'observation et de l'histoire, et le raisonnement qui conclut de CCS faits à la réalité d'une intervention divine et à la vérité de la mission de Jésus, a la prétention de s'appuyer sur des données et sur des principes parfaitement objectifs et scientifiques (ij.
fi; Hricout, Où en est Vhistoire des religions? I, 37. Amikl écrivait justement : « Le surnaturel doit se prouver historiquement, ou sinon il doit renoncer à sortir du domaine de la Foi et à entrer dans celui de l'histoire et <ie la science. » [Journal, I, i43.)
lOO LA RELIGION ET LA FOI
La rigueur de cette vérification dépend du niveau des esprits et de l'état de la civilisation. Elle est à chaque époque ce que sont l'histoire et l'exégèse; la notion de nature et de loi naturelle; la notion de Dieu et du divin. Par exemple, la doctrine du miracle varie singulièrement au cours des temps : depuis la notion confuse du fait frappant et extraordinaire, de l'apparition magnifique, qui introduit dans le cours habituel et attendu des choses une étrange rupture, jusqu'à l'affirmation méthodique et tranquille de la prééminence de f ordre de la ^ràce sur Tordre de la nature, lorsque s'est formée la doctrine du déterminisme de la nature et celle de la distinction radicale delà grâce et de la nature. De même, le Dieu révélateur et son autorité évolueront d'une puissance et d'-une sagesse à peine supérieures à celles de l'homme, à la toute puissance et à la toute sagesse de la théologie médiévale.
Il y a bien des degrés depuis l'Apologétique grossière qui ne met en œuvre qu'une théodicée sommaire, une physique grossière et une théorie populaire du témoignage, jusqu'aux Apologétiques savantes qui sont de grands systèmes compliqués. Mais dans toutes les religions positives, quelles qu'elles soient, cette forme de rationalisme religieux met en œuvre les moyens que nous avons distingués. Pour le mahométan, il y a un problème de Mahomet, comme pour le juif un problème de Moïse, comme pour le bouddhiste un problème de Bouddha^ comme pour le chrétien un problème de Jésus;. et pour tous, des questions d'histoire et d'exégèse, et pour tous des questions de théodicée et un problème de Dieu et du divin. Même lesj dieux des religions élémentaires et leurs traditions posent aux croyants les mêmes problèmes ; à moins que la tradition ne soit acceptée par simple autorité comme aussi la conclusion du raisonnement; mais nous retombons alors sur la forme de foi que nous venons de décrire au précédent chapitre.
Il faut, du reste, distinguer encore les formes plus ou moins rationalistes de ce rationalisme indirect et extrinsèque, f
LA FOI RAISONNANTE lOÏ
Le rationalisme pur est celui chez qui radhésion est produite nécessairement par les arguments de la raison naturelle. Les motifs de crédibilité deviennent les motifs mêmes de la foi et la foi raisonnable se confond avec la foi rationnelle. Par exemple, l'authenticité des écrits saints se démontre comme celle de Pascal ou de Tite-Live : l'existence de Jésus-Christ se prouve comme celle de César; ses miracles sont des faits hîstori([ues aussi solidement établis que le passage du Rubicon ou la victoire d'Alésia; ainsi son caractère divin se dégage de riiistoire elle-même; quant à l'existence et à la véracité de Dieu, dont il est le porte-parole et dont il faut croire l'enseignement, ce sont des thèses de philosophie naturelle, qui se démontrent rationnellement. Il ne reste plus rien^ croire; tout est prouvé (i). Le rationalisme pourra aller plus loin et expliquer les dogmes. Ainsi toute la religion positive deviendra religion naturelle.
Le semi-fidéisme refuse à la raison, dans la démonstration des préambules de la foi, la possibilité d'arriver à un jugement ferme ; ou du moins il n'exige pas ce jugement ferme comme condition de l'acte de foi, et ainsi il se contente de probabilités que dépasse largement l'élan de la foi.
Enfin le fidéisme nous mènerait hors du rationalisme. Il n'admet pas que l'on prouve d'abord les préambules de la Foi par la raison naturelle, et qu'ainsi la raison conduise l'homme à la Foi; il fonde la Foi sur la Foi. Il remplace la preuve rationnelle par l'autorité extérieure de la Révélation, ou par la Foi toute pure à l'autorité de Dieu qui révèle, et qui révèle son autorité, ou par un coup de volonté, une décision arbitraire du sujet, ou par une illumination subjective. Ce qu'expriment toutes les formes du iidéisme, c'est la défiance de la raison.
(il C'est la l'onnule de Sabatier : « Prouver qu'une doctrine est vraie par des arj^unients rationnels, c'est faire d'elle une vérité rationnelle. Le rationalisme de l'argument implique et amène nécessairement le rationalisme de la conclusion. » Les religions d'autorité, 1904.
Mais les raisons de cette défiance peuvent être différentes : traditionalisme, autoritarisme, subjectivisme, illuminisme, volontarisme. Le fîdéisme a tous les aspects de l'irrationalisme.
Il se fait de ces attitudes mentales, de ces positions logiques, un mélange plus ou moins complexe et confus, selon certaines nécessités historiques ou selon certaines exigences systématiques. Nous les étudierons par la suite.