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L'ACTE DE FOI

Examinons de plus près la structure de l'acte de foi, selon la théologie catholique. Elle déclare d'abord qu'il ne peut être détaché de la vie du fidèle que par une fiction arbitraire. L' « habitude de la foi » précède et prépare l'acte de foi. Cette liabitude, c'est, au sens psychologique, la manière d'être du fidèle, l'ensemble de ses dispositions et de ses inspirations ; au sens théologique, une vertu divinement infuse, une grâce habituelle qui rend capable de produire des actes de foi sous l'influence de la grâce actuelle.

La théologie décrit ici un fait incontestable, qu'elle entend, à vrai dire, comme un état surnaturel. Newman disait que c'est la pureté du sentiment, la sainteté, la soumission ou l'amour, peu importe le mot, qui est l'œil de la foi : on gagne à saintement vivre une élévation, une délicatesse, une pureté d'esprit indispensables à l'intelligence de la vérité des Ecritures. Les âmes de sensualité ou d'orgueil se suflisent à ellesmêmes.

l'aflirmation logique que de telles assertions sont à croire. Mais on constate ensuite (jue la loi ne se produit pas ainsi, parce que la Coi exige en outre rintervenlion de la grâce et de la volonté. Et on constate ensuite qu'il n'est pas possible de mettre sur pied cette démonstration parfaite avant de se décider et pour se décider à croire. Bien plus, il ne faut pas que cette démonstration soit jamais parfaite parce que les vérités étant scientifiquement démontrées ne pourraient plus être objet de foi. Et c'est alors que sous des lormes différentes on fait appel aux suppléances subjectives, aux dispositions du sujet et à l'intervention de la grâce... En même temps, pour ne pas voir que de la sorte on avoue, non seulement l'insuffisance de la démonstration, mais le besoin qu'on a qu'elle ne suffise i)as, tout en la disant nécessaire et po.-;sil)le, 0:1 laisse entendre que si elle ne suffit pas, c'est par la faute des individus qui ne sont pas ce qu'ils devraient être. » (i) Renouvier, Manuel de philosonhic ancienne, II, 391.^

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C'est pourquoi l'habitude de la foi, qui maintient ferme le fidèle, le dispense, jusqu'à un certain point, de l'examen qui prouve la croyance et des raisons sur lesquelles s'appuie la crédibilité de la révélation. La plupart du temps, du reste, le croyant s'arrête à l'intention de la foi, c'est-à-dire à cet acte primitif et initial, qui contient à l'état de désir volontaire tout ce qui constituera l'acte intégral de la foi formée.

Mais voici le schéma classique de cet examen.

Il y a des raisons de croire, des « motifs de crédibilité ». L'assentiment de la foi n'est pas un aveugle mouvement de l'esprit.

Les raisons de croire ne suffiraient pas, sans une illumination et une inspiration qui font trouver à tous suavité dans le consentement et la croyance. La foi est une vertu surnaturelle, une grâce.

Cette illumination et cette inspiration, cette grâce, en un mot, est l'essence de la foi. C'est à cause d'elle que l'on croit, et non pas à cause des preuves et de leur action sur l'esprit. L'absolu de l'assentiment du fidèle ne se mesure pas à la force démonstrative des motifs rationnels d'adhésion. Dieu se révèle dans la grâce de révélation qu'est la foi. C'est la lumière divine qui fait la certitude de l'acte de foi. La foi, c'est avant tout la grâce de croire : de croir^ en la puissance qui est la grâce. La puissance de la grâce devient la puissance de croire (i).

(i) C'est ce que Leibniz a puissamment compris : « La foi diAÛne, quand elle est allumée dans l'âme, est quelque chose de plus qu'une opinion, et ne dépend pas des occasions ou des motifs qui l'ont fait naître ; elle va au delà de l'entendement et s'empare de la volonté et du cœur pour nous faire agi avec chaleur et plaisir, comme la loi de Dieu le commande, sans qu'on ai plus besoin de penser aux raisons, ni de s'arrêter aux difficultés de raisonnement que l'esprit peut envisager. » [Discours de la Conformité de la Foi et de la Raison, p. 29.)

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Mais la difficulté inévitable, c'est que la foi, qui, en un sens, est illumination et inspiration gratuites, au delà de toute raison, est, en un autre sens, raison de croire.

Selon que la théologie accentue l'un ou l'autre élément, l'acte de foi prend couleur de fidéisme ou de rationalisme ; mais, inévitablement, les exigences de l'orthodoxie ramènent l'autre élément pour faire contrepoids au premier. De sorte qu'au sein de chaque système, il y a plus ou moins la recherche du compromis ; de sorte que la succession des systèmes est gouvernée jusqu'à un certain point par cette oscillation.

Et en effet, il y a des théologiens qui mettent la science dans la foi, et qui assimilent la foi divine à la foi scientifique fondée sur l'évidence du témoignage. Je crois parce que je vois que Dieu l'a dit et que ce que Dieu dit est vrai. Puisque la foi est une adhésion intellectuelle et raisonnable et qu'elle ne repose pas sur l'évidence directe de la vérité, c'est donc sur l'évidence de la vérité dans le dire d' autrui, sur l'évidence du témoignage, qu'elle est fondée. L'acte de, foi tend ici vers l'acte de science. 11 deviendrait aisément une simple conclusion logique de prémisses rationnelles (i), la vue trop nette de l'autorité abolirait la foi, qui repose sur l'autorité pure et simple (d'un côté l'autorité ne peut se passer de l'évidence, et de l'autre l'évidence est destructive de l'autorité), si le théologien ne constatait aussitôt Texcès de l'adhésion sur les motifs ; ce qui lui fait admettre qu'elle est proportionnée au poids de l'autorité, non pas telle qu'elle apparaît, mais telle qu'elle est en elle-même. Autrement et sans franchir la nature, comment atteindre le monde surnaturel ? De sorte que le réalisme de la ^ràce vient compenser rintellectualisme de la raison raison-

II On usera, il est vrai, de subterfuges, pour parer au danger; liberté d'examiner ou de ne pas examiner; liberté d'aUitude intérieure au cours de la recherche, liberté d'un relus dans le passage du jugement de foi à l'acte de foi.

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liante et la force surnaturelle de la lumière divine s'ajouter aux conclusions de la lumière naturelle. L'orthodoxie est sauve ; sauve aussi la vérité psychologique.

Mais, à la limite, ne peut-il y avoir, sous l'empire de la volonté, une adhésion de l'esprit indépendante de toute influence logique des motifs et de toute vue de la vérité ?

Seulement, si l'on superpose une telle adhésion à la première, ne cesse-t-elle pas d'être une adhésion raisonnable, à moins de rester en rapport avec les preuves?

Ou bien encore, n'est-il pas possible, dans l'acte même de foi, de fusionner les motifs de crédibilité avec r« objet formel », l'autorité de Dieu, qu'ils éclairent d'une lumière rationnelle. Les prémisses ne peuvent-elles être admises immédiatement avec leurs preuves tellement renfermées en elles-mêmes, tellement fusionnées avec elles, qu'il n'en résulte plus qu'une seule pro position immédiatement connue, par une sorte de vision synthétique (i). Le discours disparaît et fait place à l'iatuition.

Ou bien encore, la Foi n'est-elle pas un simple déplacemeni de gravité de l'àme humaine ? L'adhésion naturelle, c'est une] adhésion de simple constatation ; les vérités divines n'y pré-j sentent aucun intérêt ; elles y sont comme non avenues, comme si elles n'existaient pas. L'adhésion surnaturelle, au contraire, consiste, sous l'action de la grâce, à adhérer à ces mêmes vérités, comme au bien suprême auquel l'homme est destiné. Ainsi la foi surnaturelle succède immédiatement à la crédibilité théologique, la vérité est à la fois objet de foi et objet de science (2).

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