LUGO
(2) Père Hii. AiRB, Études franciscaines, 1908. Hermès disting-uait, on le sait,, la « foi de connaissance », produit naturel et nécessaire de l'examen rationnel, assentiment qui se produit sans la grâce et sans la liberté, et la « foi du cœur » agissant par la charité, foi surnaturelle, foi vraiment libre. Mais l'intellectualisme d'Hermès est imprégné de Kantisme. La vérité et la réalité de l'histoire évangélique ne peuvent, d'après lui, être admises de telle façon que tout doute spéculatif soit exclu. Il ne serait pas absurde, pour la raison spéculative, d'admettre que Jésus, en se disant Dieu, ait été trompeur ou trompé. Hermès, après avoir discuté si le nouveau Testament et la tradition orale sont historiquement vrais « d'une façon extérieure », remet à la raison pratique le
Ou bien encore, on fera pénétrer plus profondément la grâce dans le travail de la raison. L'homme peut-il, sans l'illuminalion de la grâce, percevoir comme preuves les préambules de la Foi ? S'il en est ainsi, il ne faut point imaginer, de jugement de crédibilité, qui constitue un acte distinct. La perception de la crédibilité ne fait qu'un avec l'acte de foi. « Il n'y aurait plus lieu de dédoubler « la foi vivante en un acte de raison et un acte surnaturel », « d'appliquer sur l'acte naturel la dorure du surnaturel (i) ».
Une grande part est faite ici à la nature, sans que soit nié pourtant le caractère surnaturel de l'acte de foi. Mais la grâce surnaturelle iie sollicite à faire que ce que les lumières de la raison suggèrent: grâce surnaturelle, non quant à la substance, mais quant au mode d'opération.
C'est pourquoi line autre école soutiendra que les lumières de la raison ne sauraient fournir le motif d'actes surnaturels. Pour que la foi soit vraiment foi divine, il faut que l'autorité du Dieu révélateur qui l'inspire soit elle-mcme crue par un acte de foi.
Et ceux des Salmanticenses qui voient dans cette assertion de Suarez un cercle vicieux et qui croient répondre au problème par la distinction de Dieu comme auteur de l'ordre naturel et comme auteur de l'ordre surnaturel, et qui enseignent que la foi n'est surnaturelle et salutaire qu'autant qu'elle s'appuie sur le témoignage de Dieu considéré comme auteur de l'ordre surnaturel, aboutissent en fin de compte à la question même : Dieu, auteur de la Foi, est-il connu naturellement ou surnaturellement?
soin de décider si la doctrine de Jésus, telle qu'elle est proposée dans ce livre et dans cette tradition, est « intérieurement » vraie.
D'où un subjectivisme, qui atteint aussi la théologie morale ; car, pour Hermès, les commandements de Dieu n'acquièrent force obligatoire, qu'en tant qu'ils sont intérieurement, après examen de leur objet, reconnus conformes aux exigences de la raison pratique. (i) lloussELOT, Recherches de sciences religieuses, 1910 et igiS.
Il8 LA RELIGION ET LA FOI
D'autres supposent la vue de la vérité comme condilion préalable de l'acte de foi, mais ils en font abstraction dans l'acte même. Les jugements sur la véracité divine et sur le fait de la révélation ne conduisent qu'au seuil du sanctuaire. L'adhésion de foi ne se fonde plus sur l'évidence du témoignage ; mais sur la seule autorité du témoin.
La Foi suppose la vue des motifs, mais elle est motivée uniquement par l'autorité divine, sans aucune influence logique de la vue préalable sur l'assentiment. L'autorité divine, garante des vérités révélées, n'est plus seulement le motif de. la croyance ; elle en devient la cause. La Foi, c'est Tautorit^ divine acceptée purement et simplement ; c'est le respect quij s'incline devant la supériorité. Croire, c'est captiver son' intelligence sous l'autorité de Dieu. L'acte de foi s'appuie ontologiquement, mais non logiquement sur les certitudes préalables.
Mais, après tout, il se nourrit de ces raisonnements. Le départ est difficile entre la foi proprement dite et la contiance de la raison en elle-même et en son œuvre. m
La doctrine classique de saint Thomas ouvre magistralement l'ère de ces périlleuses spéculations. En voici l'économie essentielle :
Les dogmes ne peuvent être l'objet d'une adhésion naturelle de l'intelligence. L'objet sur lequel porte l'acte de foi, n'a }>as le pouvoir par lui-même de causer l'adhésion ; par lui-même, il rebuterait plutôt l'intelligence, car il présente
« des apparences formidables d'impossibilité (i) » ! La science que nous avons de Dieu est celle qu'à partir de données sensibles nous pouvons acquérir d'un être purement intelligible. Ainsi l'entendement, se fondant sur le témoignage des sens, peut inférer que Dieu existe ; mais non connaître l'essence divine.
L'adhésion au dogme a lieu par l'intermédiaire de l'autorité divine, qui est reconnue par la raison et qui meut la volonté.
A partir de cette illumination, l'homme commence à participer de la vie éternelle. La foi se trouve entre deux pensées enquêteuses : l'une inclinant la volonté à croire, et celle-ci précède la foi; l'autre tendant à l'intelligence des choses que l'on croit déjà; et celle-là est ensemble avec l'assentiment de la foi.
Et voici comment est traité le problème qui nous occupe. L'acte de l'intelligence, qui précède et prépare l'acte de foi, et qui travaille sur les motifs de crédibilité, aboutit à une adhésion, qui est la conclusion d'une enquête, qui est une adhésion de science. L'enquête satisfaisant l'esprit, il conclut favorablement. C'est un acte de foi au surnaturel, mais qui est d'ordre naturel.
Ainsi, à l'aide de l'histoire et du raisonnement, le sujet établit que Dieu a parlé et que sa parole est vraie. Le témoignage divin ou la révélation divine est, de ce point de vue, chose qui se prouve, objet de science. Donc, cette reconnaissance du fait et de l'autorité de la parole de Dieu ne fait pas partie intrinsèque de l'acte de foi, même quand elle est l'effet de la grâce.
Mais l'autorité divine, ainsi établie à titre de conclusion, devient, dans l'acte de foi proprement dit, le motif de l'affirmation. Elle échappe alors à toute prise de la raison, et porte en elle-même sa vertu justificative. La volonté abandonne le
1 Pègces, Commentaire, X, 63.
savoir, et s'abandonne à cette autorité, qui devient la cause de radhésion. L'intelligence, élevée au-dessus d'elle-même, atteint en quelque sorte la lumière de Dieu en elle-même, raison intrinsèque de la vérité de foi, acceptée pour elle et sur son témoignage. C'est donc Dieu lui-même qui se propose à la volonté, l'attire et s'affirme dans l'esprit par son entremise. Dans l'acte propre de la foi, l'autorité divine est chose qui ne se prouve pas, mais qui s'impose par elle-même ; Faffirmation divine se justifie par elle seule et c'est dans le fait d'y adhérer pour elle-même que consiste exactement la foi. La vérité première est à la fois ce qui fait croire et ce qui est cru;^ ou, pour parler avec l'École, l'objet formel et l'objet matériel de la foi. Mais la Vérité première n'est pas appréhendée en elle-même ; elle n'est présente dans l'esprit que par son impulsion sur l'esprit. La Foi n'est pas vision. La Foi est de l'ordre de l'absence.
Pour résumer en peu de mots, le travail de la raison met^ Fàme en présence de Dieu, mais devant Dieu, la raison s'efface, le cœur se donne tout entier, et c'est la Foi qui apparaît.
Il semble bien qu'il faille distinguer deux stades : au premier c'est surtout l'intelligence qui agit, même quand elle, est soutenue par les dispositions affectives : au second c'est un élan qui dépasse l'intelligence, une puissance d'affirmation saisie de vertige devant l'immensité qui affirme et qui est affirmée.
Cette doctrine est un dosage savant, un compromis délicat (i). Que l'on force un peu l'un des termes, et fune des tendances conciliées, prenant le dessus, s'épanouira par-dessus toutes les autres, et ce sera le Rationalisme, ou au contraire le Fidéisme.
(i) 11 s'aj^it de concilier une antinomie religieuse : la foi est libre dans son principe; et croire est toujours une solution personnelle et singulière. La science amène à des conclusions qui s'imposent nécessairement et qui sont impersonnelles et universelles. ^
Mais cet état d'esprit lui-même présente, l'histoire en témoigne, des variétés et des variations notables. Notre but n'est pas de suivre les controverses sur l'analyse de la Foi, particulièrement vives depuis le Concile de Trente, mais seulement de dégager les différentes attitudes qu'elles impli(j[uent, en tant qu'elles ne sont pas de pures constructions de l'esprit de système, de purs produits de l'imagination théologique.
Le théologien, le docteur, et avec lui le fidèle qui raisonne, ne peut pourtant pas, si loin qu'il pousse le raisonnement, se résigner à connaître de façon purement raisonnable l'autorité de Dieu, motif de la foi; sinon il n'est plus qu'un philosophe et la foi proprement dite disparaît. Ne sent-il pas du reste, parvenu en présence de Dieu qui révèle, une autorité qui dépasse les arguments de sa raison, un surplus d'affirmation et d'être, qui lui apparaissent comme inexplicables? Pour parler comme les théologiens, l'autorité de Dieu intervient, dans l'acte de foi, sous une forme toute autre que dans les préambules de la foi.
Un des théologiens de Salamanque, Elizalde, dira que, dans le processus qui commence par les préambules et qui finit par la Foi, il y a plus de vertu motrice, et par conséquent plus de certitude à la fin qu'au commencement. C'est précisément cet excès de certitude qui est la foi.
Voici Suarez qui dit nettement que c'est Dieu même qui est, en même temps, l'objet et le fondement de la foi. La foi se fonde sur l'autorité de Dieu ; elle affirme en même temps ce qu'elle croit et ce qui la fait croire, cela sur l'autorité de ceci. Or c'est Dieu qui est cru et qui fait croire. Dieu en se révélant révèle sa véracité ; il révèle qu'il révèle, il se révèle.
C'est le moment fi déiste du système dans l'acte de foi ; l'autorité divine et la révélation ne sont admis que sur la parole de Dieu, c'est-à-dire par motif de foi divine. On adhère par un acte de Foi à l'autorité de Dieu, au lieu d'y adhérer simplement à cause des preuves fournies par la raison.
En effet, la raison humaine ne saurait être le fondement de la Foi; « encore que la raison humaine soit requise, pour percevoir ce qui est proposé à croire, pour le connaître, pour juger qu'il est prudent de le croire et que cela n'est pas impossible, pourtant cela n'est pas le fondement de la Foi chrétienne ».
Ce qui fait que le système n'est pas tout entier fidéiste, c'est qu'avant l'acte de foi, le croyant affirme l'autorité de Dieu et le fait de la révélation, en vertu de motifs autres que le motif spécifique de la Foi divine. C'est seulement dans l'acte de foi lui-même qu'il n'admet plus l'autorité divine et le fait dei la révélation que sur la parole de Dieu, c'est-à-dire par le motif de la Foi divine. Car l'évidence naturelle n'est pas la Foi. Et alors même que, chez les doctes, la Foi se double d'évidence naturelle, elle apporte toujours sa certitude obscure et son acquiescement au jugement de crédibilité.
Il y a donc dans l'assentiment de foi plus de certitude qu'il n'y en a dans les raisons qui le dirigent; entre le jugement naturel, et l'entraînement de la volonté de croire, une illumi-J nation surnaturelle. La raison, soutenue par l'habitude de la Foi, prépare l'acte de foi. L'acte de foi est tout entier un acte surnaturel; la volonté, entraînée par une illumination, dépasse les raisons de croire. L'autorité extérieure de Dieu, proposée à la raison, devient, dans l'acte de foi, l'autorité intérieure, qui fait affirmer Dieu.
D'autres appuieront sur le moment objectif de cette autorité. • La Foi, ce n'est plus la connaissance subjective delà révélation ; c'est la révélation même, agissant objectivement dans le fidèle, j L'autorité du témoin devient l'action de Dieu. La Foi nei
connaît plus d'autorité, mais l'action divine, la vertu infuse aftirme en elle et par elle les « objets matériels », les dogmes en qui consiste l'acte de foi. Ce n'est pas la connaissance de la véracité divine qui fait la Foi, mais la véracité divine elle-même, la toute-puissance divine qui opère et qui élève l'intelligence pour produire l'assentiment. Seule l'autorité de Dieu en ellemême est capable de fonder une adhésion parfaite, et non pas l'évidence de la vérité du témoignage. Seule l'autorité objective, et non pas l'acte subjectif, par lequel l'autorité est affirmée (i).
C'est donc, après les motifs de crédibilité, quelque chose comme une suggestion intérieure, la^ suggestion divine, l'appréhension suasive (2).
D'autres accentueront la différence, l'abîme qu'il y a entre le Dieu de la raison et de la nature et le Dieu de la révélation et de la Foi. Comment le premier introduirait-il le fidèle dans l'ordre surnaturel ? Les Salmanticenses distinguent Dieu comme auteur de l'ordre naturel et de l'ordre surnaturel, et ils enseignent que la Foi n'est surnaturelle qu'autant qu'elle s'appuie sur le témoignage de Dieu considéré comme auteur de l'oi'dre surnaturel.
D'autres encore appuieront davantage sur l'acte de volonté. C'est la volonté qui, après les raisonnements, fait passer l'esprit de la science à la Foi ; l'esprit perd pied dans ce passage et fait un saut dans la nuit; la lumière de la raison s'éteint dans le sanctuaire de la Foi (3). Peut-être même, pour ce coup d'état de la volonté libre, faut-il oublier les motifs de crédibilité, dépouiller Dieu de ses preuves, admettre immédiatement et sans preuves : un coup de volonté dans la nuit (4).
(il Elizaldk, Forma vcvae religionis. (Naples, 1662). — Thyrse Gonzalez, De in/alUibilitate romani ]>ontiJicis, iVomae, 1689, et Maniiductio ad conversionern mahonietanoriim, Dillingcii, 1689. — Cardinal Billot, De virtutibas infusis. {2' éd. Rome 1905.)
(2 Ulloa.
(3i Mazzella.
(4) Akriaga, Vivii.
Volonté éperdue et fascinée qui, après la recherche de l'esprit, vient s'abattre sur le Dieu qui se dérobe à la raison; grâce divine qui illumine et qui suggère : deux manières dilïérentes et pourtant très voisines d'exprimer en termes d'irrationalité une action supra -intellectuelle; quelque chose qui est de l'ordre affectif et sentimental : principes qui se combinent du reste dans de tels systèmes empressés à l'aire coopérer la grâce et la liberté.
Du reste, robscurité n est point totale dans cette nuit de la Foi. Le regard reste tourné vers la vérité première, qui manifeste obscurément, mais avec une efficace que rien ne trouble, la vérité contenue dans l'assertion proposée. L'acte de foi scientilique, qui précède l'acte de Foi proprement dit, laisse des traces dans l'esprit. Tandis que la foi embrasse son objet dans l'obscurité, l'esprit du croyant reste dans la lumière qui Ê lui montre l'objet comme croyable, ,et il ne tient qu'à lui de regarder vers la lumière. L'acte de foi n'est pas une vision de la vérité, mais il se fait dans la lumière.
Tel est donc l'effort de la Foi. Ou bien immanent à la nature et se retrouvant dans la raison même : l'acte de Foi n'est alors^ que la raison exaltée. Ou bien transcendant à la nature et séparant profondément l'acte naturel et l'acte surnaturel. Dans ce dernier même on est amené à dislinguer, selon qu'on le considère comme plus ou moins radicalement distinct de l'acte naturel : selon que l'objet de science se retrouve plus ou moins dans la Foi, ou qu'au contraire la Foi est considérée comme radicalement étrangère à la science (i).
Il) 11 semble que toutes ces doctrines aient un trait commun. Le travail de la raison met l'àme, en présence de Dieu ; mais devant Dieu, la raisoi^ s'efface et c'est la Foi qui apparaît.
Le motif de la Foi est alors l'autorité de Dieu. Mais la notion de. Dieu e^ de son autorité, est-elle rationnelle ou révélée? Ici commencent les diver-1 gences. Est-ce le Dieu d'Abraham et de Jacob, ou le Dieu des philosophes et des savants?
Si l'autorité de Dieu est certaine par raison, et si c'est le concept rationnel de Dieu qui fait l'autorité de la Foi, y a-t-il dans la Foi autre chose que la
LA l'OI RAISONNANTE 120
Quelles que soient les divergences des docteurs, il y a une doctrine catholique et le Concile du Vatican la formule avec netteté. La droite raison démontre les fondements de la Foi. Mais les motifs de crédibilité ne sont pas la Foi et ne l'engendrent pas nécessairement : il se peut fort bien qu'ils soient connus et qu'on demeure incrédule; qu'on soit incapable de les examiner et qu'on ait pourtant la Foi.
Ainsi la Foi veut être raisonnable sans être pourtant rationnelle. Les préambules de la Foi sont une condition nécessaire et pourtant insuffisante. Ceci contre le Fidéisme qui refuse à la raison le pouvoir de connaître les vérités religieuses ou morales d'ordre naturel, et affirme l'absolue nécessité de la révélation pour manifester ces vérités et en donner la certitude. Le Fidéisme, par défiance de la valeur de la raison humaine ou par exagération de l'autorité, fonde la Foi, et même la raison, sur la Foi qui peut seule donner une véritable certitude des principes de la raison. Et contre le semi-fidéisme, qui refuse à la raison, dans la preuve des préambules de la Foi, la possibilité d'arriver à un jugement ferme ; ou tout au moins qui n'exige pas ce jugement ferme comme condition de l'acte de foi.
Le motif de la Foi suppose donc que l'esprit se rende compte de la vérité de plusieurs propositions : Dieu existe ; il ne peut
raison ? Si elle est certaine par révélation extérieure ou intérieure, à quoi l»on la raison ? Si elle est certaine par révélation intérieure, à quoi l)on les Kcritures, l'Ei^lise, la révélation extérieure?
^Jais c'est l'art du Catholicisme, de savoir doser et mélanger les extrêmes et les incompatibles.
Le Dieu de la Révélation peut-il se passer, du reste, du Dieu de la Nature? Qu'est-ce qui fait les dieux divins? Qu'est-ce qui lait reconnaître les dieux comme divins, sinon le concept des Dieux? Même dans le vertige de sa foi, comme dans celui de l'extase, le croyant nemj)()rte-til ])as une notion, une idée, qui éclaire cet abîme ? Tant il est diflicile de se passer de la raison même dans les élans hyperrationnels.
ni se tromper, ni nous tromper ; il a révélé telle doctrine et s'en porte garant. Cela étant connu, la Foi s'établit par son motif propre : propter aiictoritatem Dei revelantis.
Il y a donc un minimum de critique confié à la raison et qui précède l'acte de foi (i).
C'est bien le sens des propositions que l'Eglise fit souscrire à Bautain en i835. Le raisonnement peut prouver avec certitude l'existence de Dieu; la révélation mosaïque se prouve avec certitude par la tradition orale et écrite de la synagogue et du christianisme; la révélation chrétienne se prouve avec certitude par la double tradition écrite et orale, qui établit à son tour les miracles et la résurrection de Jésus-Christ. En un mot « l'usage de la raison précède la foi et y conduit l'homme par la révélation et la grâce ». La Foi est postérieure à la révélation. L'assentiment à la vérité révélée présuppose non seulement le fait de la révélation, mais encore une connaissance suffisamment certaine de ce fait, ainsi que des raisons spéculatives et pratiques d'adhérer à cette révélation. Mais cet assentiment n'a lieu que par un secours intérieur, par l'illumination et l'inspiration.
La raison va même plus loin. La raison éclairée par la Foi trouve quelque intelligence, et même très fructueuse, des mystères, tant par l'analogie des choses qu'elle connaît naturellement, que par le rapport des mystères entre eux et avecj la fin dernière de l'homme, encore qu'elle^ ne devienne jamais* apte à les percevoir comme les vérités qui constituent son objet propre (2).
(Il Leibniz. Discours de la Conformité de la Foi et de la Raison, par. 29 :| « Les motifs de crédibilité justifient une ibis pour toutes l'autorité de h Sainte Ecriture devant le tribunal de la raison, afin que la raison lui cèd( dans la suite, comme à une nouvelle lumière, et lui sacrifie toutes ses vraisemblances... car il faut bien qu'elle ait des caractères que les fausses reli-; gions n'ont pas; autrement Zoroastre, Brama... seraient aussi croyables quf Moïse et Jésus-Christ. «
12) Concile du Vatican.
Cf. Leibniz Discours de la Conformité, par. 54 : « Les mystères reçoivent une explication, mais cette explication est imparfaite. Il suffit que nous"
Ainsi la raison se coordonne à la Foi. « Quoique la foi soit au-dessus de la raison, il ne peut y avoir de véritable désaccord entre la foi et la raison. Cette apparence de contradiction vient ou de ce que les dogmes de la Foi n'ont pas été compris et exposés suivant l'esprit de l'Eglise, ou de ce que les erreurs des opinions sont prises pour des jugements de la raison...
La Foi et la raison se prêtent un mutuel secours ; la droite raison démontre les fondements de la Foi, et, éclairée par sa lumière, elle développe la science des choses divines : la Foi délivre et prémunit la raison contre les erreurs et l'enrichit d'amples connaissances. »