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QUELQUES REMARQUES CONFIRMATIVES

Un coup d'œil sur l'histoire du Judaïsme nous montrera dans quelles conditions tend à apparaître la foi dogmatique et comment, même lorsqu'elle est réduite à son minimum, elle tend à glisser du dogme lui-même à l'autorité qui le révèle et qui le transmet.

Le Judaïsmp est, au moins depuis le Deutéronome, une religion de la Loi : une loi de prêtres, conçue sous l'inspiration des prophètes. En la Thora est l'unité du Judaïsme.

C'est autour d'elle que se sont constitués successivement les divers pouvoirs ecclésiastiques; après Esdras, le Synhedrin ; après la chute de Jérusalem, le nouveau Synhedrin, puis l'Ecole d'Iabné ; le Collège de Palestine, les Académies babyloniennes, les Gaoïiim.

Le Commentaire juridique de la Loi est devenu, après la ruine du Temple, la source principale de la vie religieuse (i). Le Talmud de Habylone résume six siècles de l'histoire juive;

(i; En établissant un Synliédrin à lal)né, Jolianan bon Zakkaï montra que l'existence du judaïsme n'était nullement. lice à l'existence du temple, ni à l'institution des sacrifices.

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attachement étroit aux pratiques et développement des subtilités religieuses.

Il est donc vrai de dire, avec la plupart des théologiens Israélites, qu'à travers toute son histoire, le judaïsme n'est pas une foi dogmatique, qu'il n'a pas de théologie officielle. Religion nationale, il a été surtout, et il est demeuré surtout un ritualisme, complété par la confiance, par l'abandon du cœur à Dieu. Mais, sous cette pratique de la loi, il y a inévitablement la reconnaissance implicite et, à certains moments de l'histoire, explicite de certains principes fondamentaux : Dieu, la révélation, la justice divine.

Le Canon contient une doctrine. Il y a une doctrine des prophètes : lahveh avec sa sainteté et sa justice, la spiritualité et l'universalité de Dieu. Les Psaumes et le Livre de la Sagesse enferment des croyances définies (i). Mais l'élément intellectuel n'a pas cristallisé en un dogme rigide. Au cours du cycle biblique, il n'y a pas de théologie à proprement parler, de dogmes promulgués, ni même explicitement formulés. Jusqu'à un certain point, on pourrait dire que pour le monothéisme biblique, la science attente à la toute puissance de Dieu. Vouloir savoir est un attentat à sa puissance. Toute recherche théologique serait un attentat contre Dieu (2).

Quoique Josèphe ait rattaché la lutte des Pharisiens et des Sadducéens à des doctrines (Providence, résurrection du Corps) il semble bien quelle dépende surtout de l'attitude politique de ces deux partis.

C'est là peut-être un trait commun aux religions nationales. L'appartenance au groupe national définit suffisamment le caractère religieux des fidèles, et dispense de toute profession de foi. I

(i) La récitation obligatoire du Scb'nia : « Ecoute, Israël, lahveh est notre —, Dieu », est une confession de foi. (Bousset, Religion des Jiidenthums^ p, i68B et suiv.)

i2j Karppe, Le ZoJiar. Le Canon est l'œuvre du Prophète, du prêtre et du scribe, et non point du théologien.

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Les confessions de foi naissent avec les dissensions internes, les attaques extérieures et la nécessité d'enseigner les prosélytes.

Le strict nationalisme des Juifs les enferme dans leur religion et les élève au-dessus du contact avec le dehors, de la polémique religieuse et de l'Apologétique.

L'intérêt religieux d'Israël est concentré sur la Loi et sur la ^pratique (i).

Dans la Diaspora (2J, la doctrine est contrainte de s'ébaucher, par réaction contre le paganisme. La première tentative pour formuler des articles de foi est due à Philon d'Alexandrie, sous l'influence de la pensée grecque. Dans son De mundi Opificio Philon énonce cinq articles de foi. Le Judaïsme dogmatique est lié à la fois à l'influence de l'Hellénisme et à la réaction contre l'Hellénisme.

L'originalité du judaïsme talmudique, c'est encore sa richesse en pratiques et sa pauvreté en dogmes. La religion cérémonielle fonde une unité extérieure qui permet de traverser victorieusement les siècles d'épreuve. Toute la vie de l'Israélite est définie par la multiplicité des prescriptions du Nouveau Code. La spéculation s'exerce sur la pratique : d oii le caractère particulier de la Halaka.

(ij Le règlement de la réception des néophytes, qui s'est développé au cours des temps, manifeste ce caractère pratique. Accomplir certains rites, haptéme, circoncision, sacrifice, est la preuve de la foi du converti. Il est longuement instruit des détails rituels, et comme profession de foi on ne lui demande que de reconnaître l'unité de Dieu et de rejeter l'idolâtrie, L'essentiel est la connaissance de la Loi et l'obéissance à la Loi. (Jeiri.s/i Encyclopedy. Art. Faith.)

(2) Les Synagogues dispersées correspondaient avec Jérusalem par les offrandes régulières et les pèlerinages. Le judaïsme était une sorte d'église nationale, dispersée dans l'univers.

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L'enseignement dogmatique de l'Agada est dominé par les deux dogmes de la Providence et de la vie future; mais ce n'est point un enseignement didactique. Il procède par sentences, maximes, préceptes, légendes, tout en reposant sur le fond commun de l'exégèse biblique, créée par les organes de la tradition. La raison et la réflexion y interviennent peu (i).

L'École théologique, comme toutes les tiiéqlogies médiévales, se réfère à rHellénisme et surtout à Aristote (i). Avec Maïmonide, on a oit apparaître des dogmes. Avec Saadia avaient commencé les spéculations sur le rapport de la révélation et de la raison.

« Dans tous les milieux où s'est présenté Aristote, les mêmes phénomènes se sont reproduits avec une étonnante régularité. D'abord, envers et contre tous, Aristote, par la vertu de sa puissance éducatrice, fait son entrée, et prend effectivement possession des esprits. Mais, dans ce travail, plus ou moins accéléré, il soulève, d'une part, tout un groupe d'àmes religieuses, qui lui font opposition et quelquefois lui déclarent une guerre acharnée. D'autre part, les esprits portés à la spéculation radicalement indépendante, ou inclinés à se mettre en travers de l'enseignement religieux, l'acceptent dans toute sa

(ij Contre la tradition, il y eut au viii' siècle la réaction Karaïte. Les Karaïtes, niant la tradition, et revenant à l'Ecriture, substituèrent à une orthodoxie tyrannique, mais nécessaire au maintien de l'unité, les fantaisies de l'interprétation individuelle. Us ne tardèrent pas à se subdiviser.

Vers la même époque, dans le monde musulman, les Chiites, c'est-à-dire les adversaires de la Tradition, s'opposaient aux Sunnites.

Le Karaïsme ne possédait ni centre religieux, ni autorité centrale capable de maintenir l'unité de la doctrine. D'où des divergences considérables.

(2 Avec la philosophie grecque et contre elle s'organise la théologie.

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teneur comme le symbole de la liberté de penser, et s'efforcent de mettre en évidence ses côtés irréductibles à la foi. Entre ces deux extrêmes, les esprits convaincus de la valeur de l'œuvre d'Aristote et respectueux de l'autorité religieuse tentent un compromis (i). »

Mais on peut dire, d'une manière générale, que l'influence de la théologie dans le judaïsme n'a jamais été aussi considérable (jue dans le christianisme. A l'exclusion des juifs espagnols, capables de s'assimiler la science et la civilisation arabes, l'horizon intellectuel du judaïsme était des plus bornés. > D'autre part, l'épanouissement de l'école théologique coïncide avec les persécutions d'Espagne, dont le dernier mot fut Texpulsion générale des Juifs (2). Et les masses se rejetaient vers les consolations de la foi traditionnelle. L'Ecole théologique a donc suscité une violente réaction, jusqu'à l'excommunication et l'anathème, chez les Israélites méridionaux, et surtout chez les Provençaux, qui professaient alors l'orthodoxie dans toute sa rigueur et dans tout son exclusivisme. Cette lutte violente dura plus d'un siècle.

(i) Mandonxet, Siger de Brabant, p. 6 l'a* édit.).

A quel point les trois religions vont de pair, c'est-à-dire doivent inévitablement rencontrer les mêmes problèmes, la difficulté d'établir quelle influence elles ont exercé l'une sur l'autre (lorsqu'elles paraissent en avoir exercé une) le prouve suffisamment. Par exemple, la doctrine des Mulazelites (Mutakallim^qui paraît avoir exercé une grande influence sur les doctrines juives Karaïtes, n'a t-elle pas été elle-même influencée par le judaïsme, en particulier sur les deux points de l'opposition à l'antliropomorphisme et de la liberté? (V. Sciireiner, JDer Kalam in der Jûdischen Literatur, Berlin, 1895). D'autre part, la polémique chrétienne n'a-t elle pas joué un rôleVC.-H. Beckkr (Z. fiir Assyriologie, 1912, l'jo] lui rapporte la forme sous laquelle le problème de la liberté a été discuté dans le ma]iométisme;.la discussion sur l'éternilé du Coran est également rapprochée par lui de la question du Logos.

Le problème de la Trinité a comme pendant, dans le judaïsme et dans l'islamisme, celui de la réalité et de la nature des Attributs divins.

(2) L'expulsion des Juifs d'Espagne, à la fin du xv" siècle, marquera pour le judaïsme tout entier une période de trois siècles de confusion, d'abaissement intellectuel, d'agitation stérile. Le souvenir et la crainte des persécutions a entretenu chez les Juifs orthodoxes une piété sombre, exaltée, exclusive, tournée vers le ritualisme ou vers les rêveries du Zohar.

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Maïmonide est le premier qui formula treize articles de foi, comme dogmes obligatoires, excluant de la vie éternelle tous ceux qui ne les acceptaient pas (i). Les grands théologiens, ses prédécesseurs, Saadia, Ba'hya, le Khozari, s'ils avaient bien traité de l'existence, de l'unité de Dieu, de la Providence, ne les avaient jamais formulées en dogmes obligatoires.

Maïmonide a été suivi par un grand nombre de théologiens, Hisdaï, Albo, Isaac Arama.

L^orthodoxie lui objecle (2) que, dans la Bible, tout est article de foi, tout exige la croyance de l'Israélite. Le doute nest pas permis, même à l'égard du passage le plus insignifiant de l'Écriture. Il n'y a donc pas dans la loi certaines croyances fondamentales (3). Autrement pourquoi ne figureraient-elles pas dans le Décalogue ou dans la Tradition. Les Pères de la Synagogue n'ont pas admis de dogmes spéciaux. Ni l'Écriture, ni la Tradition ne formulent des croyances spéculatives, en dehors de la pratique rituelle. La base de la religion, c'est l'étude de la Loi et la pratique des choses saintes (4). Le dogme reste latent dans les faits capitaux de l'histoire nationale et religieuse, dans la célébration périodique des fêtes commémoratives, dans la lecture de la Loi. La conception intellectualiste de la foi n'a pas de place dans le judaïsme bien entendu.

[I) On a, du reste, discuté la portée de cette exclusion. Il est possible qu'il s'agisse de ceux qui, ne se contentant pas de douter dans leur for intérieur, érigeraient l'athéisme en principe. Ainsi ce seraient des actes, et non pas des croyances, qui seraient flétris et condamnés.

{2) Voir p. ex. Abravanel.

(3) Hasdonaï Gresca [Or Adonaï) réduira à 7 les articles de Maïmonide, distinguant ainsi : i° des principes fondamentaux ; 2* des propositions obligatoires, mais non fondamentales ; 3" des conceptions abandonnées à la réflexion personnelle.

(4) De même que pour Abravanel chaque mot de la ïhora, pour David ben Zimra, les 6i3 commandements de la Thora, que R. Simlai avait énumérés au iir siècle, sont articles de foi.

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La Foi — Emuna — ne signifie pas racceptation d'un credo ecclésiastique, mais la confiance de l'enfant dans la paternelle fidélité de Dieu (i).

Quelle sorte de foi impliquent les dogmes, pour les théologiens qui admettent les dogmes.

Pour Saadia (2), la spéculation et Tinvestigation rationnelle servent de confirmation à la révélation prophétique. La révélation, appuyée par des miracles, et reçue par la foi, correspond rigoureusement à la spéculation rationnelle.

Elle est nécessaire pourtant, parce que le travail de la pensée est difficile ; parce qu'on ne peut se passer de la certitude, pendant le temps de la recherche ou du doute, parce que beaucoup sont incapables de recherche spéculative (3).

Il y a ici le pendant de doctrines que nous connaissons déjà : la raison illuminée, d'accord avec le dogme.

De tous les docteurs juifs, Maïmonide est celui qui a fait le plus puissant effort pour accorder avec la raison, c'est-à-dire avec i'aristotélisme, les données de l'Ecriture. On connaît son système d'interprétation allégorique ; on sait qu'il n'hésite pas à contredire parfois le Talmud, qu'il passe sous silence la résurrection et que, dans le « Guide », il fait à peine allusion au Messie. La tendance de sa doctrine, c'est qu'entre le judaïsme révélé et la philosophie il n'y a aucune opposition et qu'au fond ils sont identiques, rÉcriture et la raison étant également d'origiue divine. La démonstration logique vient à l'appui de la Tradition.

i) KoHLKR, o.c, [). 25. Luzzato (£8oo-i865) condamne toute attitude spéculative. Le judaïsme est vie luorale .: un théisme éthiqae.

(2) Le Gaon Saadia ben Joseph, 892-942.

(3) Saadia combat ici le scepticisme juif de son époque, en particulier le rabbanite Hivi Albachi, qui niait la révélation.

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Pourtant la révélation complète la raison. La Création (i), la Providence, le Miracle débordent la philosophie naturelle, sans la contredire (i). La raison ne les exige pas, mais ne les exclut pas (3).

Donc la raison s'incline, au terme, devant l'autorité de la Révélation : « Arrêtons-nous à ce qui est en notre puissance et ne nous fatiguons pas à scruter ce qui nous échappe. Pour ce qui se dérobe au raisonnement, acceptons la parole du grand inspiré Moïse (4J. »

Cette autorité s'appuie, du reste, sur le miracle. « La religion nous a fait connaître ce que nous sommes incapables de concevoir, et le miracle atteste la vérité de ce que nous soutenons (5). »

Il y a ici à la fois ce sens commun religieux pour qui certains signes sensibles extraordinaires sont la preuve d'une doctrine — l'autorité du messager refluant sur le message — et le germe de l'extrincésisme, que nous rencontrons si développé chez saint Thomas ; le contenant garantissant le contenu (Q).

Mais ce germe ne se développe guère, d'abord parce que la théologie ne se développe pas. Et puis la théologie du judaïsme

(i) Pour préciser, selon Maïmonide, l'éternité du monde n'a pas été démontrée par Aristote, et la création n'est pas impossible ; d'autre part, l'Écriture ne proclame pas absolument et sans contestation possible la création du monde. Mais l'éternité du monde n'étant pas démontrée, il ne convient pas de faire violence aux termes bibliques ; admettre l'éternité du monde et la nécessité qui en découle, ce seraU nier le miracle et par conséquent la religion.

(2) Là où il y a conflit manifeste, c'est la raison qui l'emporte : « Il faut avoir recours à l'interprétation allégorique chaque fois que le sens littéral étant réfuté par une démonstration, on sait d'avance que ce texte est sujet à l'interprétation. « Guide II, 25 ; 196.

(3) 11 y a, même du point de vue rationnel, une vraisemblance logique de la Providence; par exemple [Guide III, ch. 17, p. 139.)

i4) Guide II, ch. 24, i\p.

(5) Ihid, ch. 25 ; 198. >

(6) De même pour Joseph Albo, Ikarim, livre I, ch. 24. La Loi est divine : I' par sa valeur morale ; 2° par la preuve surnaturelle de la mission du prophète législateur. La véracité de la mission de l'envoyé a été prouvée, de façon surnaturelle, en présence de toute une nation, dans le cas de la révélation sinaïtique.

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ne contient pas de mystères comme la Trinité, l'Incarnation, la Rédemption. Elle n'a point, comme le christianisme, traversé, pour la formation de ses notions essentielles, plusieurs plans de spéculation, ni fait converger vers le même pointées apports différents et dont la réunion est contradictoire. L'harmonie de la foi avec la raison y est plus aisée à réaliser. Depuis Saadia, le vrai critérium de la révélation et de la prophétie, c'est la valeur de la doctrine. Le miracle ne fait que confirmer. L'Autorité est secondaire, par rapport à la Vérité.

Les écrits de Maïmonide, qui, dans sa pensée, devaient clore les discussions rabbiniques et réconcilier définitivement la toi et la raison, s'ils furent accueillis avec enthousiasme parmi les juifs du midi de la France, suscitèrent l'horreur des rabbins de l'ancienne école.

On connaît les anathèmes de Salomon de Montpellier, la condamnation du synode de Barcelone. Les « obscurants » du dedans travaillèrent en môme temps que les oppresseurs du dehors à la ruine de la théologie juive. En face de la philosophie abstraite des disciples de Maïmonide, la Gabbale se ligua avec l'orthodoxie pour étouffer la philosophie ; le Talmud et le Zohar; la spéculation vertigineuse sur la pratique rituelle, ou la poursuite des puissances célestes par la spéculation gnostique et la magie du grimoire. Les nouveaux Hassidim réagissent contre le Talmud ; mais leur réaction reste au stade de l'émotivité extatique, étroitement liée du reste à un livre et à un ritualisme strict. De nos jours, la théologie dogmatique n a reparu dans le judaïsme de la Réforme que sous l'aspect des formules de concorde.

Nous trouvons aussi bien dans Tlslam et la foi dogmatique, œuvre de la théologie, et la justification par l'autorité, partout

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OÙ cette foi cesse de correspondre strictement à la philosophie, ^lais, chez aucun théologien, le dogme n'a pris un développement comparable à celui du Christianisme, et quelles que soient les divergences avec la raison, elles y sont beaucoup moindres, pour le motif que nous signalions il n'y a qu'un instant.

Au temps de la scolastique arabe, on distingue très nettement la foi purement traditionnelle, la foi de la populace (confiance dans le narrateur, circonstances frappantes, exigence sentimentale); la foi scolastique, par démonstration, exhaustive et complète, ou par probabilité, basée sur des principes généralement acceptés par les maîtres et qu'on ne peut rejeter sans honte ; la foi par expérience profonde, lumière de certitude qui tend vers l'extase mystique (i). On voit la doctrine s'organiser au cours du développement de l'Islam ; formation d'une tradition, à coté du Coran ; doctrine de Tinfaillibilité de l'Eglise qui interprète, apologétique contre les adversaires de l'Islam, controverse au sein de l'Islam (les contradictions du Coran, la foi et les oeuvres, la liberté et la prédestination) questions politiques, influence de FAristotélisme (2).

Le rationalisme pur d'un Averroës fait de la religion une pliilosophie ; et l'Islam, jusqu'à nos jours abonde en sectes rationalistes.

Un Gazali se réfugie dans la foi avec aussi peu de recours que possible à l'intelligence. Le Dieu du croyant est prodigieusement distant du Dieu des philosophes. Un Avicenne rencontre les mêmes problèmes que la scolastique clirétienne.

(i) Macdoxald, The religions Attitude and Life in Islam, 1909. — Garka DE Vaux, Gazali, Maïmonide, Gaide des Égarés, 1, 337.

(2) GoLDZiHER, Vorlesungen iiber den Islam. Goldziher insiste justement Aj sur le faible rôle du dogme dans l'Islam. Il n'y a pas de conciles et desynodesIFl pour formuler les symboles ; il n'y a pas de fonction ecclésiastique qui représente le critérium de l'orthodoxie. Les parties ont de la peine à se mettre d'accord sur la notion du « Consensus » qui assurerait la solution des ques tions dogmatiques.

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