‹ La religion et la foiChapitre 4 sur 78 · AVANT- PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT- PROPOS

sentiment ; l'àme la plus sentimentale s'attache à quelque idée et raisonne sur son sentiment même. La théorie peut bien dessiner des types purs, mais l'observation, même prolongée par l'histoire, n'en présente probablement pas ; si le docteur scolastique, le symbolofidéiste contemporain, le routinier inculte semblent bien les réaliser jusqu'à un certain point, une analyse plus exacte a vite fait de dégager une réalité plus complexe. Et cela est vrai de toutes les religions; il serait tout à fait inexact de supposer, par exemple, qu'il existe une forme de foi propre au catholique ou au protestant; nous verrons que la Foi catholique ne diffère de la Foi protestante que par un dosage différent de ses éléments, par une valeur différente attribuée à certains d'entre eux. Les différentes religions assignent une valeur différente à certaines attitudes que l'on retrouve dans toutes et elles tendent par là à développer ces attitudes. Il y a lieu aussi de tenir compte de ce fait que la foi des fidèles n'est pas exactement conforme à l'idéal de Foi décrit par les docteurs d'une religion, et de cet autre, que la Foi se développe et varie inévitablement avec l'âge ; une phrase de J.-J. Rousseau dispense de tout commentaire : « J'ai cru dans mon enfance par autorité, dans ma jeunesse par sentiment, dans mon âge mûr par raison, maintenant je crois parce que j'ai toujours cru. » (i) En revanche, nous verrons certaines formes de foi prédominer à certaines époques, sous l'empire de circonstances historiques ; qu'il suffise d'indiquer que la glorification du sentimentalisme tient pour beaucoup au développement de la science, de l'histoire et de la piiilosophie, qui ont rendu difficile à bien des esprits le maintien de certaines positions théologiques ; qu'elle est liée d'autre part à un mouvement général de repli vers la vie intérieure, au primat de l'affectivité, au règne du cœur : réaction contre la culture intellectuelle excessive, le développement de la civilisation scienti-

(i) J.-J. Rousseau, lettre du i5 janvier 1769. Œuvres, Paris, 1820. t. xx, p. 162.

Page 1