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LE MYSTICISME

Le Mystique parvient à la certitude béatifique et s'y installe. Le Mysticisme est un procédé pour franchir les difficultés intellectuelles ou sentimentales qui chargent de leur poids l'existence du croyant, ou bien une attitude naïve qui les ignore. Dans l'unification de la conscience disparaissent toutes les particularités, à travers la complication desquelles se poursuit et se construit la foi ordinaire. Le sujet y éprouve la contrainte de Tobjet. Le plein don de soi-même à la contenu plation efface et abolit tous les intermédiaires, cultuels, dogmatiques, sentimentaux. Mais la plupart du temps, un pareil état est complexe et construit, et suppose un travail antérieur et une réflexion en retour. La vie est franchie d'un élan, mais on y retombe et l'on revient à la justification intellectuelle. L'intelligence encadre, prépare et justifie.

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Du reste, la foi ordinaire tend vers la contemplation mystique. Celui qui a la foi sent toujours que cette foi ne vient pas seulement de lui, mais aussi de l'objet en qui il a foi; ce f don de soi-même est commandé par la puissance à laquelle on se donne : ébauche de passivité mystique. De riiême les objets de la foi sont affirmés au delà de la raison; ils apparaissent à Tesprit, enveloppés d'une puissance d'affirmation qui fait partie d'eux-mêmes. La foi pressent au delà d'elle-même la vision, l'appréhension de la réalité sous-jacente aux objets de la foi et qui les déborde. Enfin, elle aspire à s'assimiler à eux : le sujet tend à se dépouiller de soi-même, à se faire semblable à la réalité en laquelle il a foi (i). ^

Obscurité et pourtant révélation ; donc révélation mysté- ^ rieuse; secret et initiation, tel est le sens originaire du mot Mysticisme, et quelque chose de ce sens primitif est resté dans le mot à travers toute l'histoire de la chose. Union intime et directe de l'individu avec l'être, appréhension immédiate du divin, expérience intime de la présence divine ; fusion avec l'absolu, disparition dans l'absolu, telle est la prétention du mysticisme. Et de cet état d'àme suprême et hyperessentiel rayonne mieux qiie la certitude, puisque l'àme est devenue la vérité : Vérité obscure, sans doute^, puisque l'esprit qui la contemple s'est élevé au-dessus des modes ordinaires de l'intellection. Ainsi, plus que la certitude intellectuelle, et plus que la certitude sentimentale, puisque le sujet est devenu cela même en qui il met sa confiance, cela même d'où lui viendrait, s'il s'en distinguait, la certitude du sentiment.

^i) De même la contemplation mystique laisse après elle un état de vive foi. Sœur Marie-Colette du Sacré-Cœur écrit : « 11 reste au fond de l'àme un souverain respect envers lui et une confiance sans limite », o. c, 288.

Qu'un tel état tente les âmes religieuses, cela va de soi; conquérir l'Absolu, il vaut la peine d'y essayer. Le but attire, et beaucoup d'âmes — nous verrons lesquelles — sont ainsi faites, qu'elles puissent y aspirer. Enfin, indépendamment de certaines conditions historiques et sociales largement adjuvantes, la religion même y conduit. Aux formes inférieures de la religion, abondent les pratiques extatiques pour s'assurer le contact utile avec la force divine; l'aspiration ambitieuse et naïve des fidèles n'est pas encore arrêtée par les restrictions de la sagesse et les tempéraments d'un culte prudent; le groupe religieux, ou certains individus privilégiés, excités par la technique orgiastique ou ascétique de la béatitude, s'identifient avec la puissance divine elle-même. Aux formes supérieures, le ^ïysticisme prend appui sur la religion, pour la dépasser. Il vise à spiritualiser en l'unité d'une intuition, tout ce que le culte et le dogme ont défini, distingué, fragmenté, matérialisé : à rétablir au delà des intermédiaires rituels, sacramentels, intellectuels et hiérarchiques, un contact immédiat et. une entière possession.

Le Mysticisme est un phénomène universel et non point une rareté et une anomalie ; encore que certaines époques et certaines religions soient piarticulièrement favorables à son épanouissement, encore qu'il parcoure bien des formes et bien des degrés, depuis les cultes d'excitation des primitifs, jusqu'à la profonde et savante vie intérieure du mystique bouddhiste, musulman ou chrétien.

L'Art et la philosophie ont aussi leurs mystiques. Contre les formes distinctes, les délimitations, la particularité, contre la raison et ses règles, contre la fragmentation des sentiments et de leurs procédés d'expression, des âmes ambitieuses revendiquent, même dans ces domaines, le hautain privilège de l'illimité.

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