LA GRACE
Une telle force s'appelle la Grâce, et toutes les religions la tonnaissent. Le Mana, ce « théoplasnie », se décèle par l'arbitraire aj)parent de son intervention, qui contredit au cours ordinaire des choses, et par l'énergie particulière qu'il comniunique aux: objets sur lesquels il se porte; Grâce et Miracle, voilà les deux termes dont il est la synthèse confuse. L'inspiration est une grâce, c'est-à-dire un don de Dieu, c'est-à-dire Dieu même ; une grâce actuelle, et non point une qualité permanente'; une grâce gratuite qui fait éclater la puissance divine, plutôt encore qu'elle ne sert à la sanctification.
Entre les faits internes et la doctrine de la Grâce va se jouer l'inspiration. La doctrine, du reste, est en partie construite sur l'expérience, et la systématisation des faits que nous avons décrits. En partie elle est a priori, spéculation sur ces deux ternies : Nature et Surnaturel, et sur leur rapport.
C'est précisément l'ambiguïté de la Grâce, qu'elle a souvent pour le croyant l'aspect de la nature, et que le discernement est malaisé. De sorte que souvent c'est par raison logique qu'il Jconclut à l'action de la Grâce plutôt qu'à celle de la Nature. S'appuyant sur le principe théologique qui veut que ce qui dépasse Tordre créé dépasse la connaissance rationnelle, et dans hi mesure où elles proclament ce principe, certaines théologi"> déclarent que l'état de grâce ne saurait être connu
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naturellement par aucune créature, parce que la vie surnaturelle qu'il confère n'est pas une vie créée, ni créable, mais une participation à la vie môme de Dieu. « Cet état surnaturel de notre propre être est inconscient, parce qu'il dépasse l'ordre créé, sur lequelle s'exerce notre connaissance naturelle, (i) » Tout ce qui est bon vient de Dieu, source de tout bien.
C'est pour la même raison que Kant déclare (2) que nous n'avons pas de marques auxquelles reconnaître les effets de la Grâce, parce que notre concept de cause et d'effet ne peut pas dépasser la nature. Ou peut admettre en théorie les effets de la grâce, mais en les déclarant inconnaissables et incouipréhensibles (3). Car nous ne pouvons reconnaître nulle part un objet supra-sensible dans rexpérience ; vouloir percevoir en soi des influences célestes est une espèce de délire. Le sentiment de la présence immédiate de l'Être suprême et la distinction de ce sentiment d'avec tout autre, même le sentiment moral, serait du ressort d'une intuition, à laquelle, dans la nature humaine, il n'y a pas de sens correspondant.
Seulement le même principe théologique de la distinction du Surnaturel et de la Nature oblige d'admettre que le bien accompli par l'iiomme ne vient pas de lui ; dans la mesure précisément oii on définira le bien comme surnaturel et dans
(i) Vacant, II, 2o5. C'est la révélation seule qui fait connaître l'existence •et l'influence de la grâce et non pas la nature, incapable de la saisir, puisqu'elle est surnaturelle et « positivement indue à la nature ». La grâce n'fl, donc rien à voir avec la conscience psychologique, et ellp entre dans l'àmei sans correspondre à un besoin d'expansion de la nature humaine coninir telle. Ainsi la grâce est objet de foi et non pas de fait ; nous ne connaissons pas nos actes bons comme surnaturels, novis ne les distinguons pas d'acte; natvirels semblables. L'homme se connaît comme concupiscence et liberté, e <îette connaissance lui suflit. Il ne peut pas découvrir qu'il lui manque ui : principe d'activité. « L'homme peut savoir qu'il est capable de décision; termes, d'efTorts énergiques de volonté, que la répétition de tels actes engendr( l'habitus, et que celui-ci donne la facilité et la vigueur dans l'opération... i ne pourra pas constater en lui le besoin d'un principe d'activité qu'il n'; pas. » Dlct. de Tliéol. cath. art. Grâce.
(2) Religion dans les limites de la raisoji^ p. 26.
(3) Kant ajoute une réserve pratique. On ne peut acquérir le bien l'inaction; se défier entièrement de soi-même et compter sur un secou^ étranger énerve les forces de l'homme et le rend indigne de secours.
l'inspiration prophétique 3o5
iii mesure où l'on en distinguera la nature, au summum par , ouséquent, quand on supposera la nature déchue et viciée irrémédiablement (i). De sorte qae la théologie rapportera à la Grâce les bons mouvements et les bonnes actions de l homme. L'homme étant appelé à la vie surnaturelle et ses actes devant être proportionnés à cette lin, donc surnaturels, i!s ne peuvent provenir que d'un principe surnaturel.
Mais la vie corrige la rigueur de la théorie. On dirait qu'il se fait une distinction entre la Grâce actuelle et la Grâce habituelle, et que ce qui est vrai de l'une, cesse d'être vrai de [autre. La Grâce actuelle est illumination, inspiration : des lumières et des mouvements ; dans certains cas, un éclat, une puissance, une direction, une force d'entraînement qui l'élèvent uîanifestement au-dessus des pensées et des aspirations qui se succèdent dans la conscience, suivant les lois de la psychologie et de la logique. Elle peut prendre des allures impérieuses et apparaître comme une violence faite à la nature. Mlle peut s'exercer si suavement qu'elle soit à peine remarquée. Vu lieu d'un aspect radieux et triomphant, elle peut être perçue au milieu d'humbles dispositions. Et, de tout temps, des âmes religieuses ont prétendu agir par dépendance du mouvement rie la grâce, par immédiate inspiration, par motion divine. Pour elles, le Surnaturel est revêtu des qualités extraordiuaires que nous avons signalées, et se distingue « sensiblement et perceptiblement » des mouvements ordinaires. Il y a enfin les mystiques, ceux qui proclament la passivité totale.
Ainsi la Grâce évolue entre le jeu des sentiments et la spéculation Ihéologique sur Nature et Surnature, liberté et
(I) Kant sera bon protestant quand il écrira : « Il se montre de temps en emps dans le cœnr des mouvements vers la moralité qu'on ne peut 'expliquer et dont notre iji^norance est forcée d'avouer : le vent souffle où il /eut, mais tu ne sais pas d'où il vient. » En sens inverse, plus on donnera à a Nature, et plus on tendra à se passer de la Grâce ; pour Pélajj^e, la grâce l'est qu'un surplus et un secours; les bonnes œuvres naturelles sont, d'ellesûêmes, un « titre exigitif » à recevoir la grâce ; pour Molina, il y a une îonnexion infaillible entre la vie honnête naturelle et la concession delà grâce.
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nécessité, Bien et M'ai. Il faut toujours considérer simultanément l'action simultanée de ces deux termes (r).