LE FANATISME
! interaction sociale, de l' entraînement collectif pour être dis-
[x'nsés d'insister,
Toutes ces formes essentielles peuvent naturellement se combiner. La foi du Meneur dépend souvent de l'action qu'il exerce : elle s'affermit en se communiquant; la combinaison du premier et du second type est plus fréquente qu'on ne |croit. Le fanatique est le plus souvent un homme de tempéraiment exalté et jaloux de son importance, dupe de son excitation et de sa chaleur oratoire, qui a besoin de s'exciter contre ses déceptions et ses inquiétudes ; volontiers il vitupère (i). Plus vive est l'exaltation, moins elle souffre les divergences. |0n se tue pour une nuance, dans les moments d'exaltation (2).
Ici encore une doctrine soutient plus ou moins lexplosion [sentimentale : l'honneur, la gloire de Dieu.
Charité et fanatisme se sont souvent alliés au lieu de se
lîombattre. Beaucoup de persécuteurs ont vm ardent amour des
hommes, et même de leurs victimes. C'est que la racine du
fanatisme est dans un excès de certitude, dans une certaine
ncapacité mentale à la doser et la contenir. C'est pourquoi la
olérance est une vertu intellectuelle : défiance à l'égard de
'impérieuse certitude, de la foi absolue et sans réserve : relà-
Ihement du rapport entre certitude* et vérité ; compréhension
nue soi-même ni personne ne comprend tout, qu'on n'a point
aison tout seul et à l'exception des autres : sentiment de rela-
Bvité de la connaissance, compréhension de l'incompréhension
11^ Voir, par exemple, rintéressant chapitre de Grisah, Psychologie des \cheltens, dans son Luther. Il, 63.
(2) Et comme Renan le fait remarquer/ souvent, de toutes ces discorlances sort une doctrine unique et un accord parfait règ-ne ou parait régner htre les disciples de g-ens qui se sont anathématisés.
et du refus d' autrui ; connaissance de l'esprit et des esprits; au terme serait la tolérance par scepticisme.
La tolérance suppose donc raffinement de la vérité et la critique de la connaissance; à moins qu'elle ne les anticipe par un sentiment confus ; mais elle s'enhardit et se développe en même temps qu'eux.
Elle est aussi, je le sais, passivité indifférente, ou caractère débonnaire et faiblesse morale ; ou relativisme sentimental ; sentiment qu'il y a chez tous des sentiments communs qui peuvent s'exprimer par des idées différentes et par des actes différents ; ou, comme chez le mystique, croyance que les formules 'ne sont que des approximations ; ou bien encore humilité : que chacun rentre en soi-même et s'occupe à corriger sa vie et non pas à condamner les autres ; ou bien encore respect des personnes et des volontés; ou bien encore charité absolue.
Mais elle est aussi et surtout peut-être, l'effet de la hmitation des groupes sociaux les uns par les autres et de leur pénétration mutuelle.